Les verts en montagne. Les maires en campagne.

Fabienne Grebert, conseillère régionale écologiste

François Astorg, maire d’Annecy

En apercevant François Astorg, maire d’Annecy, des élus de la majorité municipale, et Fabienne Grebert conseillère régionale écologiste au milieu des marcheurs, certains se sont demandé ce que ces élus annéciens venaient faire dans une commune des Aravis. La réponse de François Astorg et de Fabienne Grebert a été claire. Ils considèrent que cette retenue collinaire aurait des conséquences négatives sur le réchauffement climatique. Des conséquences qui dépassent le seul périmètre de la commune. D’où leur présence. Une présence qui n’aura pas gêné les marcheurs puisque la plupart sont des défenseurs de l’environnement. On peut dire que les verts étaient « en famille ».

Bien sûr, certains auront tôt fait de se saisir de la question : qui avait la parole ? Le maire d’Annecy ou le militant écologiste ?

 

L’enquête publique diligentée par le Préfet

Il s’agit de bien séparer l’intérêt général représenté par les services publics de l’État, et en particulier celui de la MRAE ( Mission régionale d’autorité environnementale) dépendant du Ministère de la transition écologique, et les intérêts des collectivités territoriales, représentées par la commune de La Clusaz et celles des Aravis, concernant le projet de retenue collinaire de la Colombière.

Intégrée à cette enquête l’avis de la MREA pointe un certain nombre de dangers sur l’environnement engendré par la retenue :  » Bien que l’emprise des nouveaux équipements reste en catégorie N, l’impact est notable en termes de consommation d’espaces naturels. De ce point de vue, la gestion économe de l’espace n’est pas démontrée.
De ce fait, l’Autorité environnementale recommande d’approfondir toute alternative à la création de la retenue en lien avec le changement climatique. (…)

La retenue s’implante dans un milieu naturel préservé, au milieu d’un couvert forestier accessible seulement par des pistes. Son emprise est de 3,8 hectares avec une digue de 12 mètres de hauteur. Même si l’ouvrage est imposant, sa position en altitude le tient à l’écart des points de vue les plus fréquentés. Malgré tout, la retenue de la Colombière s’apparentera à un “plan d’eau” sommital en décalage avec la géomorphologie naturelle du territoire. (…)

La retenue de la Colombière sera en outre la cinquième retenue sur la Clusaz. Ces équipements dans des zones naturelles maille désormais le territoire communal. Ce nouveau point d’accroche visuel s’avère en contradiction avec l’orientation III. 2 du PADD “Préserver et valoriser le patrimoine paysager et culturel identitaire de la station”.

 

Les maires des Aravis droits dans leurs bottes de ski

Pour eux, il n’y a pas photo. Tout doit être entrepris pour soutenir l’activité ski de piste, condition indispensable au maintien de l’économie locale et sauver les nombreux emplois qui s’y rattachent. Une économie soutenue par la Région Rhône-Alpes par la mise en place d’un plan montagne. Laurent Wauquiez est venu annoncer la bonne nouvelle en personne ce jeudi 16 septembre au Grand Bornand devant une assemblée très enthousiaste.

Du maire de La Clusaz en passant par ceux du Grand Bo et de Thônes, de Marcel Saddier, président du Conseil départemental, et de tous les professionnels du ski, tous ont écouté religieusement Laurent Wauquiez, qui apportait dans sa bourse des milliers d’euros.

Des mesures sensées soutenir l’avenir des stations de ski, en développant le tourisme « quatre saison », en rénovant le bâti nécessaire à loger les professionnels du ski et les futurs touristes, mais surtout renforcer l’activité du ski de piste, pénalisé par le manque de neige, par la multiplication des canons à neige et des retenues collinaires.

Des mesures qui ont tendance, non pas à réduire l’impact sur l’environnement, mais, au contraire, selon les écologistes, à aggraver le réchauffement climatique.

 

Pierre Bibollet, maire de Thônes

Pierre Bibollet, maire de Thônes, accuse son opposition d’avoir organisé la marche du 12 septembre.

C’est au cours d’une rencontre inopinée avec quatre organisateurs de la marche en marge de la venue de Laurent Wauquier au Grand Bornand, que Pierre Bibollet s’est lâché. Il considère que cette marche est une opération politicienne organisée par sa minorité « Transition participative » destinée à lui nuire.

En réaction à cette affirmation, les personnes présentes, membre des associations environnementales, ont protesté indiquant qu’elles n’avaient que faire des questions internes de la municipalité de Thônes. Leur seule motivation est d’alerter les citoyens sur le danger sur l’environnement et le climat que représente cette retenue qui, selon l’avis de scientifiques, risque d’assécher la tourbière par l’énorme trou réalisé pour contenir les 148 000 m3 de la retenue, dont 50 000 m3 seront destinés à l’alimentation en eau potable.

Didier Thévenet, maire de La Clusaz

Pour Pierre Bibollet et Didier Thévenet, maire de la Clusaz, (voir leurs interview dans le reportage filmé en fin d’article), il n’y aura aucun risque de porosité entre la tourbière et la retenue, comme l’explique le maire de la Clusaz, « Il n’y a pas de danger sur la tourbière puisque des études ont été très sérieuses  pour savoir s’il y avait une porosité entre la tourbière et la future retenue collinaire, il n’y en a pas ». Par ailleurs, l’eau de la tourbière arrive du sommet du Beauregard, ce qui fait qu’il n’y aura aucun souci sur la maintien de cette tourbière ».

Quand à Pierre Bibollet, il ne cache pas son agacement quand les médias parlent du plateau du Beauregard au sujet de la retenue : « Le plateau de Beauregard est situé majoritairement sur la commune de Thônes, et n’a rien à voir avec la retenue collinaire située sur la commune de La Clusaz. »

 

Le bureau d’étude ABEST, auteur de l’étude technique de faisabilité du projet de la retenue collinaire de la Colombière, est commandité par le maître d’ouvrage.

Sans mettre en doute la compétence des professionnels de cette société reconnue sur la Région, et du sérieux de leur investigation, un doute persiste en permanence sur l’indépendance réelle de ces bureaux à partir du fait que le commanditaire est la collectivité territoriale à l’initiative de la retenue collinaire.

La question est de savoir si leurs conclusions doivent correspondre aux attentes des élus. C’est ce que subodorent les scientifiques opposés au projet. Ils considèrent que des études techniques ont été « oubliées » comme l’étude morphologique du sous-sol pour déterminer les risques d’assèchement de la tourbière provoqués par la dislocation des couches souterraines.

Le maire de La Clusaz conteste cette version considérant qu’entre la tourbière et la retenue il y aura une zone de senescence, une ceinture de protection qui interdira toute intervention humaine pendant 80 ans : Pour Didier Thévenet, selon les scientifiques « qui ont travaillé pour nous » (c’est à dire rémunérés par la commune), les travaux de la retenue n’auront aucune incidence sur la tourbière, contrairement aux craintes exprimées par les scientifiques proches des écologistes.

Il en va de même de l’utilisation de la source qui alimente la rivière « Le Nom ». De l’avis des scientifiques, cette rivière utilise la source à la Gonnière qui doit, en cas de sécheresse, alimenter la tourbière, avec des milliers de M3 d’eau, diminuant considérablement le débit du nom et mettant en péril les truites fario.

Un point de vue contesté par le maire de Thônes considérant que, selon le dossier du cabinet d’étude, l’impact serait très faible sur l’alimentation en eau de la rivière du « Nom ».

Dans ce reportage vidéo, nous avons pu confronter les avis des élus écologistes, celui de Martial Saddier, président du conseil Départemental, et des maires des Aravis :

 

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