C’est une bonne nouvelle, quoiqu’en demi-teinte, pour les opposants au chantier de l’A412, la fameuse « autoroute du Chablais » dont les travaux ont été lancés début septembre : la justice vient d’imposer à AMEDEA la mise en conformité immédiate du chantier avec les normes en vigueur de protection de la biodiversité. Si les travaux ne sont malheureusement pas suspendus, cette décision du tribunal d’Annecy donne toutefois raison aux mobilisations citoyennes qui ne cessent de dénoncer depuis des semaines les manquements graves au droit de l’environnement des travaux de l’A412. La logique voudrait que ce chantier s’arrête :

Pelle-abatteuse en pleine action dans le Chablais le 18 sept. 2026 ©Camille Content
Alors que depuis le début du mois de septembre les travaux ont débuté à marche forcée, provoquant des dégâts irréversibles sur des espaces naturels pourtant censés être protégés, le tribunal judiciaire d’Annecy vient tout de même de freiner les ardeurs destructrices d’Amedea, le concessionnaire, filiale du groupe Eiffage, en charge de la réalisation du chantier de la future autoroute A412, ces 16,5 km de béton entre Machilly et Thonon ayant déjà fait couler beaucoup d’encre[1].
Une décision de justice en demi-teinte
Saisi par la Procureure de la République d’Annecy[2], le juge des libertés et de la détention vient d’ordonner ce mardi 27 octobre la mise en conformité du chantier dans un délai de huit jours, faute de quoi Amedea sera soumis à une astreinte de 20 000 euros par jour de retard.
Dans un communiqué du parquet d’Annecy, le magistrat estime néanmoins que l’arrêt du chantier « paraît en l’état à la fois disproportionné quant au but à atteindre, la réalisation des correctifs considérés comme nécessaire n’imposant pas factuellement le prononcé d’une telle mesure, et temporellement inutile, ces correctifs pouvant être réalisés sur un temps court ».
Traduction, même s’il ne respecte pas actuellement le droit de l’environnement, le chantier n’est pas suspendu car il peut rapidement s’améliorer en l’espèce.
Si cette décision peut s’avérer décevante pour tous les « écureuils »[3] et les dizaines de militantes et militants mobilisés actuellement dans le Chablais pour freiner les travaux, elle s’avère néanmoins essentielle en confirmant ce que dénonçaient depuis des semaines les associations et quelques élu-es des deux côtés de la frontière[4] : le non-respect manifeste et répété des prescriptions de l’autorisation environnementale signée par le Préfet Jérôme Bonet le 28 août dernier.
Des manquements graves constatés sur le terrain
Si FNE Haute-Savoie regrette que le juge n’ait pas prononcé la suspension pure et simple du chantier[5], qui aurait été, du point de vue de la protection de l’environnement, la seule option réellement prudente, cette décision acte néanmoins noir sur blanc les irrégularités d’Amedea dans la réalisation actuelle des travaux :
- Un carnage écologique pour les espèces protégées : les manquements relevés par l’Office français de la Biodiversité (OFB) concernent directement la protection de la faune locale, notamment le castor, les poissons et les amphibiens (comme la salamandre et les grenouilles rousses). Des populations entières ont subi de plein fouet les destructions évitables de ce début de chantier mené sans égards pour les règles de protection.
- Une procureure qui qualifiait la situation d’« inexpliquée » : face à l’accumulation des infractions relevées, les autorités judiciaires elles-mêmes avaient pointé du doigt la dérive du concessionnaire sur le terrain.
- L’obligation de redresser la barre sous contrainte financière : avec cette astreinte de 20 000 euros par jour de retard au-delà du délai de huit jours, Amedea est contraint de mettre enfin en œuvre les mesures d’évitement et de réduction des impacts sur la biodiversité. Une pression financière inédite pour rappeler que les lois environnementales ne sont pas optionnelles.

Arbres rasés sans sommation sur le chantier de l’A412 le 18 sept. 2026 ©Camille Content
La bataille judiciaire est loin d’être terminée
Pour les défenseurs de l’environnement, les collectifs, les riverains et les agriculteurs, cette étape judiciaire s’ajoute à un front juridique global très actif. La mobilisation ne faiblit pas et de nouveaux rendez-vous cruciaux se profilent pour contester le fond du projet :
- La Cour d’appel de Lyon : l’examen du référé-suspension lancé par la ville de Genève est examiné aujourd’hui, ce 28 octobre. La décision au fond devra intervenir sous 10 mois.
- Le Conseil d’État : un pourvoi des associations et des opposants pour demander la cassation de la décision du 15 octobre refusant l’arrêt total du chantier doit encore être examiné avec une décision attendue là aussi sous 10 mois.
Il y a urgence, car comme le rappelle Anne Lassman-Trappier pour FNE Haute-Savoie : « Chaque jour, sur le chantier de l’A412, le non-respect des mesures de protection de la biodiversité aggrave les atteintes irréversibles portées aux forêts et aux espèces protégées. Nous déplorons que ni l’État ni le juge ne reconnaissent l’impératif de suspendre ces travaux, alors que les atteintes et les irrégularités sont avérées. »
En tous cas, pour Amedea et l’ensemble des autorités et partisans de l’autoroute qui ne cessent de vouloir passer en force sur ce dossier, la justice vient de rappeler qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation et qu’il y a des règles à respecter.
Sur ce chantier de l’A412, les autorités devraient surtout méditer cette citation accordée à Gandhi : « La vitesse n’a pas d’importance si vous allez dans la mauvaise direction. »
Camille Content
[1] Lire nos précédents articles, dont https://librinfo74.fr/chantier-de-la412-dans-le-chablais-passage-en-force-et-droit-de-travers/
[2] Voir https://librinfo74.fr/la-procureure-dannecy-demande-la-suspension-immediate-des-travaux-de-la412/
[3] Lire https://librinfo74.fr/les-forces-de-lordre-empechent-la-ravitaillement-des-ecureuils/
[4] Lire notamment l’article de notre confrère du Dauphiné et du Messager : https://www.ledauphine.com/environnement/2026/10/09/sur-la-zad-trois-elus-ecologistes-denoncent-le-chantier-de-l-a412 et https://www.lemessager.fr/649357944/article/2026-09-22/autoroute-a412-deux-elus-ecologistes-saisissent-le-procureur-sur-les-conditions
[5] Lire https://www.fne-aura.org/communiques/haute-savoie/a412-le-juge-des-libertes-ordonne-la-mise-en-conformite-du-chantier/


