Tir groupé des Français sur la chasse

En trois ans, deux accidents de chasse ont donné la mort à un joggeur et un Vététiste en Haute-Savoie. Un climat d’insécurité semble s’installer dans la nature pratiquée par un nombre croissant de particuliers. Face à cela, la Fédération de chasse du département et la Frapna réagissent.

 

André Mugnier est président de la Fédération de chasse de Haute-Savoie, chargé, entre autres de la sécurité et du partage de la nature. Il réagit après l’accident qui a causé la mort du Vététiste de Montriond, le 13 octobre. « J’ai une pensée pour la personne décédée. C’est dramatique. Je ne me félicite évidemment pas de cet acte du jeune tireur. Il avait été formé par la fédération. Cette erreur n’est pas explicable. C’est un acte individuel. Une enquête est en cours. Je ne l’ai pas encore rencontré, car il est à l’hôpital. »

 

Quelles sont les mesures envisagées ?

Le président rappelle que c’est un accident et qu’il y a 1 million de chasseurs en France (8000 en Haute-Savoie). « Combien d’accidents de voitures sur le nombre total du parc automobile, combien de morts ? » Une manière de comparaison qui lui fait dire que le risque zéro n’existe pas – quelle que soit l’activité, ajoute-t-il -, et que la chasse fait nettement moins de dégâts que la voiture.

Après l’accident du Semnoz en 2015, des mesures de sécurité ont été prises, avec une formation renforcée et un travail sur les zones dangereuses par rapport à la fréquentation de la population.

 

Supprimer la chasse le dimanche ?

 Une enquête récente IPSOS annonce que 19% des Français approuvent la chasse. En face, 82% réclament l’interdiction de la chasse et du piégeage non seulement le dimanche, mais un second jour par semaine, et l’intégralité des vacances scolaires.

M.Mugnier bondit. « Les gens qui sont contre ne connaissent pas la chasse. Nous avons un rôle dans la gestion de la biodiversité. Ce serait illégitime d’interdire la chasse à des personnes, professions libérales ou autres, qui ne peuvent chasser la semaine. Et si on interdisait le VTT le samedi, que dirait-on ? »

Il ajoute que des conventions ont été signées entre la fédération de Haute-Savoie et des associations (Fédération française de cyclotourisme, Fédération française de randonnée, Fédération française des clubs alpins et de montagne, Fondation pour la protection des habitats de la faune sauvage) pour une meilleure cohabitation.

Ce qui ne veut pas dire qu’elles représentent pour autant les pratiquants individuels ou familiaux de la nature. A chaque sortie, faudrait-il consulter les panneaux posés dans la nature « Partageons la nature » afin de savoir si on peut marcher ou faire du VTT en toute sécurité, quitte à rebrousser chemin ?

Le président renchérit. « On ne peut sacrifier le dimanche des chasseurs : ce sont des citoyens comme tout le monde. Il peut y avoir des accidents en semaine également. »

En Haute-Savoie, deux jours de fermeture par semaine ont été institués – cela se traduit par 5 jours de chasse possible (dont le week-end), contre 2 jours libres pour les randonneurs. « C’est quand même le premier département à l’avoir fait, avec un total 55 jours de chasse sur 365. »

Pourtant, dans certains pays européens (Angleterre, Pays de Galles, Pays Bas) la chasse n’existe pas le dimanche. En Suisse, la chasse est interdite le dimanche dans certains cantons, dont celui de Genève depuis 40 ans, tous les jours. D’autres pays limitent la chasse à trois jours par semaine (Italie) ou deux (Portugal). « Chaque pays a sa réglementation, » rétorque André Mugnier.

 

Méthodes de chasse archaïques ?

Il y a cinquante ans, la pratique de la nature était nettement moindre. Et puis ce sont développés le VTT, la marche à pied et toutes activités de nature, ce qui a amené les citoyens à fréquenter de manière accrue cette nature. La chasse, malgré quelques mesures de sécurité, n’a pas varié dans sa pratique, dont le week-end entier alors que le dimanche, les chemins sont plus sillonnés que d’autres jours. Les méthodes de chasse ne sont-elles pas devenues archaïques en regard de l’évolution des mœurs ?

« C’est de la provocation, s’insurge le président. Nous avons une obligation de service public, notamment pour la régulation de la faune. Il faut savoir respecter la nature et certaines personnes ne la respectent pas en se promenant. Priver de chasse des gens qui n’ont pas d’autre loisir, n’est pas la solution. Il faut rester objectif, dans un sens comme dans l’autre. » Et d’ajouter. « Je suis moi aussi un homme de la nature. »

 

Des propositions à venir

La fédération a rencontré le Préfet : « Nous allons faire des propositions dans les six mois qui viennent. Quant à la baisse du prix du permis de chasse décidée par le gouvernement, ça ne changera rien, si ce n’est permettre à plus de monde de chasser. Et si on supprimait la chasse le dimanche, l’économie en souffrirait. »

 

De son côté, la FRAPNA (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature) a publié un communiqué sous le titre « Combien faudra-t-il de morts ? »

Jean-Pierre Crouzat, administrateur de la Frapna Haute-Savoie et vice-président de la Frapna région, donne l’avis de l’association.

 

« Il y a convergence de plusieurs choses. L’accident de Montriond qui fait suite à celui du Semnoz, et aussi une accumulation des accidents mortels en France, soit 130 en une vingtaine d’années, promeneurs et chasseurs compris. »

D’autre part, M. Crouzat dénonce la baisse du tarif du permis de chasse à 200€, ainsi que l’autorisation de chasser des espèces supplémentaires après la date de clôture (exemple l’oie cendrée), et la décision de laisser les chasses traditionnelles, telles que la chasse à la glu. « Ce sont des mesures électoralistes – dixit les chasses présidentielles de Chambord remises au goût du jour par le président de la République actuel. »

 

Lobbies de la chasse

Poursuivant sur le même registre, J-P Crouzat, s’insurge contre les 3 millions d’euros distribués aux fédérations de chasseurs de la région Rhône-Alpes-Auvergne par le président de cette région. « Plus 380 000 € pour le matériel de chasse dans les abris réservés à cet effet. Ça n’a jamais été autant. Ce sont des décisions politiques aberrantes, au détriment des ONG de protection de la nature. »

Suite à l’accident de Montriond, la Frapna rappelle que 900 000 chasseurs (plus d’un million selon la fédération de chasse) pratiquent, soit 1,5% de la population française. « Il y a donc une contradiction sociétale entre la majorité de Français (82% selon l’enquête IPSOS) et la puissance des lobbies de la chasse. La commission de la chasse au Sénat est la plus forte. Des élus d’en haut (Parlement) et d’en bas (Conseils départementaux) sont concernés et impliqués. »

Le militant s’étonne de l’accident, rappelant que 98% des chasseurs sont formés.

La Frapna demande donc que la chasse soit interdite les jours où la nature est le plus fréquentée.

« Nous ne sommes pas opposés à la chasse de régulation dans des cas particuliers (la peste porcine par exemple). A contrario, la chasse pour le plaisir, celle qui tue des espèces en danger de disparition, nous sommes contre. »

Sur un plan plus philosophique, la Frapna peut se poser la question de la chasse alimentaire – évidemment pratiquée jadis – au regard des élevages industriels et abattoirs qui donnent lieu à des excès.

 

Évoluer dans la pratique de la chasse

Pour revenir à la sécurité, Jean-Pierre Crouzat estime que le monde évolue et qu’il faut s’interroger sur les pratiques de la chasse face à ces changements.

Outre le communiqué de presse, une lettre vient d’être adressée au Préfet. Elle stipule que « la vie d’autrui est mise en danger. » « Les informations qui remontent du terrain à la Frapna indiquent que les pratiquants de la nature se sentent en insécurité. »

Pour la Frapna, « la nature n’appartient pas aux chasseurs, pas plus que l’écologie… Au 21è siècle, dans un état de droit, tout citoyen devrait pouvoir se promener dans la nature sans avoir peur d’être tué par un chasseur… Il s’agit d’un conflit latent entre individus armés et citoyens ne l’étant pas. »

 

Selon l’ONG, il faut renverser le raisonnement

« Quels sont les jours où des personnes non armées fréquentent le plus la nature ? Les mercredi, samedi et dimanche. Ces jours doivent être sans chasse. »

Au terme de cette missive au Préfet, signée de la présidente Anne Lassman-Tappier et de J-P Crouzat, la Frapna demande d’interdire la chasse ces jours.

 

Un collectif franco-anglais s’est constitué à Morzine, en lien avec la Frapna. Des actions sont en vue
Plus haut, la FNE (France nature environnement) va intervenir auprès du gouvernement.

 

Une table ronde devient nécessaire, afin de discuter et résoudre ces questions de société, en présence de tous les usagers de la nature et des élus.

 

 

 

 

 

 

Auteur: Loïc Quintin

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