Quel vent de violence souffle sur des mineurs étrangers non accompagnés hébergés à Passy ?

Depuis quelques semaines, les militants de la Ligue des Droits de l’Homme d’Annecy ont été alertés téléphoniquement par des jeunes mineurs accompagnés hébergés dans le centre médical spécialisé de Praz-Coutant à Passy, soumis à des conditions de vie qu’ils considèrent comme insupportables. Une lettre manuscrite de plusieurs pages, signée par plusieurs jeunes, en témoigne.
La situation est devenue particulièrement tendue avec l’internement d’office d’un jeune mineur à l’hôpital psychiatrique de La roche sur Foron.

Depuis plusieurs semaines règne un climat délétère au centre médical spécialisé de Praz-Coutant à Passy géré par Fondation de Village de santé en Altitude où sont hébergés 17 étrangers mineurs non accompagnés.

La prise en charge de ces jeunes est de la compétence du Conseil Départemental de Haute-Savoie à travers son service pour l’enfance. Celui-ci doit assurer leur protection, leur hébergement, et leur suivi scolaire. À la suite d’un appel d’offre, ces jeunes, hébergés en hôtel sur Annecy, ont été mis sous la protection et l’assistance d’une équipe éducative du centre médical spécialisé de Praz-Coutant à Passy.

 

De nombreux appels au secours

Josette Tardivel, Présidente de la LDH de Haute-Savoie a reçu de véritables appels au secours de plusieurs jeunes mineurs non accompagnés (MNA) : ”Des jeunes, que nous connaissons depuis leur passage à Annecy, nous ont appelé de PASSY pour se plaindre de leurs conditions de vie imposées par l’équipe éducative qu’ils jugent contraires à leurs droits et intérêts.

Ces jeunes dénoncent un manque de dialogue avec les éducateurs qui engendre un climat de tension provoquant de fortes réactions  de certains mineurs qu’ils analysent comme étant le résultat d’un manque de moyens matériels et humains de l’association mandatée par le Département, de l’inexpérience des encadrants et le manque de professionnalisme. (1)

Ceci a entrainé chez les éducateurs des mesures plus sécuritaires et répressives qu’éducatives en faisant appel aux forces de gendarmerie pour régler les problèmes qu’ils n’arrivaient pas à gérer. »

 

15 interventions de la gendarmerie à la demande du centre

Josette Tradivel précise que les gendarmes ”se sont déplacées 15 fois sur le site, ont procédé à des fouilles de chambres, ont utilisé un taser et embarqué deux enfants.”

La présidente de la LDH pense que cette volonté d’employer la manière forte, est la conséquence d’une incompétence éducative de l’équipe : ”aucune réponse n’étaient données aux revendications légitimes des enfants en matière d’école, de travail, d’argent de poche, de transport et de loisirs etc.”

 

Un climat délétère confirmé par un membre stagiaire de l’équipe.

Nous avons pu joindre un membre de l’équipe, en contrat déterminé, qui s’est insurgé contre l’attitude du reste de l’équipe : « En tant qu’éducateur sportif, j’ai derrière moi quelques années d’expérience, ce qui n’est pas le cas de la majorité de l’équipe nouvellement arrivée. Incapable de créer un climat de confiance avec les jeunes, les éducateurs se sont enfermés dans leur bureau, laissant les jeunes livrés à eux-mêmes dans la partie du centre qui leur était réservé. Ils n’obtenaient aucune réponse quand ils voulaient envoyer des lettres à leurs familles. Ces jeunes sont en semi-autonomie et préparent leur repas avec les aliments fournis par les éducateurs.

J’ai pu établir un contact avec eux grâce à une approche sportive. Malgré le confinement,  j’ai pu aider certains à préparer leur projet, en particulier avec T…, en prenant des contacts par téléphone et internet. Je passais régulièrement les voir pour savoir si tout allait bien, contrairement au reste de l’équipe, réfugié dans leur bureau devenu un véritable dépotoir ».

A…, en période d’essai, a été remercié par l’association.

 

La LDH intervient auprès des jeunes pour essayer de calmer le jeu.

Pendant toute cette période conflictuelle, les militantes de la LDH précisent qu’elles ont rencontré les jeunes sur place pour essayer de calmer le jeu : « Contrairement aux dires des autorités, nous n’avons jamais incité les jeunes à se révolter, précise Josette Tardivel. Au contraire, à chaque rencontre, nous leur avons demandé de ne pas s’opposer frontalement avec les éducateurs et d’accepter certaines règles de vie. Néanmoins, il est normal qu’ils défendent leurs droits qui sont reconnus pas la loi, sans pour autant entrer en conflit direct. »

 

La LDH regrette que le discours de la protection de l’enfance n’est pas toujours très clair

« Je ne comprends pas parfois l’attitude de la protection de l’enfance, souligne Josette Tardivel. J’ai pu dialoguer souvent et franchement avec Monsieur Denis pour essayer de trouver des solutions pour ces jeunes, et nous sommes souvent tombés d’accord sur les mesures à prendre. Mais dernièrement, Monsieur Denis est monté à Passy, accompagné de deux éducatrices du service pour dialoguer avec les jeunes.

Ces jeunes m’ont expliqué que la rencontre, très courte, les a beaucoup déçu. Monsieur Denis n’aurait pas pris le temps de dialoguer avec eux. Il les aurait plutôt sermonné en leur précisant que les 100 € mensuels, comprenant 70 € de vêture et 30 € épargnés pour leur majorité, n’étaient pas obligatoires. Pourtant, ces éléments sont inscrits dans le contrat légal que chaque jeune aurait dû signer. Aucun n’en a vu la couleur ! 

Le plus grave est que, selon les jeunes, les éducateurs les auraient prévenus que s’ils continuaient à manifester leur mécontentement, leur dossier en ferait état, ce qui pourrait les obliger à repartir dans leur pays à leur majorité.  »

 

Un jeune, ligoté sur un brancard avec l’aide de la gendarmerie, a été interné à l’Hôpital Psychiatrique de La roche sur Foron .

Le jeune T… , placé dans le centre de Passy, a vécu une situation traumatisante en ce début du mois de mai. Très soucieux de son avenir, il n’obtenait aucune réponse de l’équipe éducative confinée dans son bureau sur la rédaction d’une convention de stage et sur une aide pour préparer le test du CIO (Centre d’Information et d’orientation de l’Éducation Nationale)  pour évaluer son niveau scolaire. Si cette situation de confinement ne permettait pas d’engager des démarches concrètes pour la formation de ces jeunes, cette équipe ”éducative” n’a pas été capable d’établir un véritable dialogue, les laissant livrés à eux-mêmes.
De nombreuses altercations verbales ont contribué à créer un climat délétère. Incapable de maîtriser la situation, l’équipe a dû faire appel en permanence aux forces de l’ordre pour contenir les jeunes.

Lors d’une nouvelle dispute, la situation s’envenima pour T… : « je me sentais mal dans le centre et en insécurité » Il s’entailla le pouce en signe de détresse.

La version donnée par le directeur adjoint de l’association est qu’il aurait menacé les éducateurs, ce que conteste catégoriquement T…. . D’ailleurs, cette version de la Direction parait invraisemblable pour les adhérents de la LDH qui ont bien connu T… pendant 6 mois à Annecy : ”T… est un garçon, calme, posé, bénéficiant d’un bon niveau scolaire. Certain le trouvait même trop discret, soutient Josette Tardivel.”

T… fut hospitalisé à Sallanches. Il s’est senti totalement abandonné. « Personne de l’équipe n’a pris de mes nouvelles ». De retour au centre plus tôt que prévu, les éducateurs n’avaient pas acheté la nourriture pour préparer son repas. Expliquant qu’il n’avait pas mangé depuis deux jours, il ne reçu aucune réponse, ce qui provoqua une grand colère chez ce jeune.

Face à cette situation,  le médecin local fut alerté, qui contacta un psychiatre. Ce dernier  signa la demande d’internement d’office sans avoir vu le jeune. Les gendarmes obtinrent l’accord du Préfet.

Des infirmiers psychiatriques de l’hôpital de La Roche se rendirent au centre, accompagnés par plusieurs véhicules de la gendarmerie. Comme T… ne comprenait pas pourquoi on l’emmenait il refusa de partir. Aussi, il fut ligoté sur le brancard avec l’aide des gendarmes et transporté à La Roche sur Foron en ambulance.
La scène révolta nombreux de ses camarades témoins des protestations de T… qui considérait ne pas être ”fou” mais simplement « qu’on lui refusait de la nourriture ».

 

« Tu n’as rien à faire ici !« , c’est ce que lui a dit le psychiatre de l’hôpital de La Roche sur Foron après l’avoir examiné. « Un camouflet pour le psychiatre demandeur de l’internement d’office du jeune mineur » commente une des militantes de la LDH.

Jointe au téléphone sur la situation du centre de Passy, Martine Lévêque, directrice du pôle de protection de l’enfance du Conseil Départemental, n’avait pas été mise au courant de cette procédure expéditive et pense qu’un placement d’office ne peut concerner qu’un adulte. Toutefois, elle réserve son avis si le médecin avait pris cette mesure pour préserver la santé du jeune.

Elle considère que cette équipe est à conforter, confrontée à la période difficile du confinement : « Je me rendrai sur le centre la semaine du 25 mai  pour prendre des mesures en terme de formation et de supervision de l’équipe. »

 

La LDH encourage ces jeunes à écrire au juge des enfants

Face à ce climat tendu que Josette Tardivel explique par l’impéritie des pouvoirs publics depuis des années, la LDH estime qu’il est de son ”devoir d’apporter le soutien que ces mineurs étrangers demandent. Notre vocation étant de les écouter, de les convaincre de pas recourir à la violence, de les inviter à écrire une lettre au juge des enfants” .

En soutien, la LDH a envoyé un courrier à la Juge des enfants pour l’alerter de la situation dans lequel il est écrit : ”Considérant que ce grave climat de tension risque de dégénérer en violences généralisées faites aux personnes et aux biens, nous tenons à vous alerter afin que lumière soit faite sur ses causes  et  que des solutions bienveillantes en faveur des mineurs soient trouvées rapidement par tous les acteurs concernés.”

 

(1) Selon le directeur adjoint de l’association, cette situation serait justifiée par l’attitude agressive et violente des jeunes, créant un climat de peur dans l’équipe éducative.

 

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6 commentaires

  1. À quoi sert cet établissement ?
    Un dépotoir.

    La startup nation n’a que faire des coûts sociaux.
    le capitalisme n’a que faire de ces salauds de pauvres.
    Le capitalisme veut du beau, de la rente, du marchand.

    Le capitalisme détruit toute capacité d’empathie, de solidarité, de toute notion de société, il veut des zombies compulsifs
    ET IL LES A OBTENUS.

    Et nous le cautionnons depuis 40 ans sans faiblir.

    Répondre
    • bien vu; ce système économique basé sur la réussite individuelle au détriment des autres, et le plus souvent en écrasant les autres, grâce à des lois protégeant les propriétaires de l’économie, qui par voie de conséquence sont aussi propriétaires de leurs salariés. Le socialisme s’impose d’urgence.

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  2. La loi française stipule que tout mineur privé de l’autorité parentale doit être considéré « en danger » et pris en charge par l’Etat (en l’occurrence, le Conseil Départemental).

    Ni le Code civil, ni le Code de l’action sociale et de la famille (CASF) qui encadrent les modalités de cette prise en charge, ne font de distinction entre mineurs étrangers ou autres.

    Donc, la première chose à dire concernant ce « dispositif spécial mineurs étrangers » est qu’il est tout à fait contraire à la loi et que le Conseil départemental se croit au-dessus des textes quand il écrit noir sur blanc qu’il investit à Passy pour loger des « MNA » !.

    Eh oui, Monsieur Monteil, la loi vous enjoint de traiter ces jeunes comme vos enfants ! Vous vous en étrangleriez, bien-sûr, vous qui êtes si prompt à les traiter de fraudeurs. Vous ne manquez pas de cynisme !

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  3. Peut_être n’était il pas possible d’amorcer cet article très « éclairant » sous un autre angle mais j’ai été perturbée par le fait que les educ ont été accablé(e)s particulièrement à travers le témoignage de l’éduc sportif.
    Leur responsabilité peut paraitre réelle mais on ne parle pas (ou peu) de la responsabilité de leur employeur,la fameuse fondation qui devait être contrôlée par son « client  » le CD.
    Comment ces éducateurs et éducatrices ont _ils (elles) été recruté(e)s ,formé'(e)s,payé(e)s et surtout aidé(e)s ,soutenu(e)s par leur employeur? Pourquoi les a-t-on abandonné(e)s en même temps que les 17 jeunes au point que la situation s’est détériorée et que les éduc n’ont pas d’autre solution que d’appeler la police (les gendarmes?)Pourquoi a-t-on laissé pourrir la situation?Comment le CD a-t-il choisi le gestionnaire de cette maison?Il y a eu déjà des incidents dans ce foyer : ce n’est pas la 1ère fois! Pourquoi le CD n’a-t-il pas réagi face à ce prestataire qui, apparemment ne faisait pas l »affaire?Je voulais juste pointer du doigt la responsabilité du gestionnaire peu évoquée alors que celles du CD ont été évoquées largement à juste titre et celles des educ TROP largement. Si j’ai fait des erreurs ,je peux recevoir des réponses argumentées.Mais surtout n’accablons pas les éducateurs (trices).

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  4. Premièrement, pourquoi envoyer les gens au milieu de la forêt, comme dans un camp de concentration ; des jeunes, des adolescents, loin de la vie, de la société, quel non sens, pour ne pas dire « crétinisme » ! J’ai connu le plateau d’Assy,en poste cure, il y a 60 ans ! le Plateau oui, Praz-coûtant, c’est le néant ;
    deuxièmement, pour quelle raison envoyer des migrants dans une foret ? c’est scandaleux, ces lieux étaient réservés pour les tuberculeux, le grand air , l’air pur, c’était la solution , mais présentement, pour des migrants, comme acclimatation, intégration, c’est le contraire et semble-t-il, les animateurs, ne sont pas animés des meilleures intentions, incapables de maîtrise d’eux et des autres, par manque de formation; les pouvoirs publics se déshonorent !!! C’est la coutume, avec cette monarchie, qui représente le monde immonde qui permet de voir des gens crever de faim et de froid au pied d’un cinq étoiles où , juste pour dormir une nuit, les privilégiés, les possédants, se paient une piaule à 5 fois le SMIC !!!

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  5. La situation est probablement similaire dans certains centres d’hébergement hivernaux pour adultes sur Annecy.

    En 2018, j’allais souvent aux Capucins pour déposer quelques gâteaux. Derrière la lourde porte en bois, le son résonnait très bien dans le couloir. J’ai entendu deux parties d’échanges assez révélateurs

    Le premier échange était entre un gardien et son responsable plus âgé, lui aussi gardien. Le responsable lui reprochait de ne pas suivre les consignes de la directrice, et lui disait qu’il fallait «les dresser». Le gardien lui répondait qu’il suffisait simplement de parler avec eux, et il a ajouté «Je ne parle pas arabe mais je sais ce qui s’est passé dimanche. Tu n’as pas à les humilier.» La discussion était calme jusque là, mais à ce moment le responsable a hurlé au gardien de sortir immédiatement, qu’il n’était rien, que lui était le chef, que lui aussi il allait le dresser.

    Le deuxième échange, très vif, était entre le responsable et un autre gardien lui disant «Je n’ai pas signé pour faire ce sale boulot. Et je n’ai pas signé pour être harceler».

    Depuis, le responsable est toujours en poste, mais pas les gardiens…

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  1. Arrestation musclée d’un jeune mineur étranger par la gendarmerie au foyer Saint Exupéry de Marnaz. | Librinfo74 - […] à l’hôpital psychiatrique de Laroche sur Foron avec l’aide de la gendarmerie, (voir article dans librinfo), c’est le cas…

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