Problème de stratégie posé par les « gilets jaunes ».

 

Certains s’offusquent de ce que le mouvement des « gilets jaunes » ne soit pas un mouvement clairement identifiable sur le plan politique. Les syndicats, prudes, craignent une accointance compromettante avec des éléments de droite, voire d’extrême droite qui participent, en effet, au mouvement et ne s’en cachent pas.

Il est vrai qu’en cas de déstabilisation du régime macroniste en place, les partis de gauche sont mal placés pour assurer la relève et garantir une transition démocratique, surtout si l’on décrébilise à tour de bras la France insoumise parce qu’elle serait la seule (électoralement parlant) à pouvoir jouer ce rôle et qu’à gauche on n’aime finalement que l’utopie parce que on craint trop d’assumer la responsabilité du pouvoir dans la réalité.

Il faut savoir si nous voulons conserver ce système en nous adaptant et en essayant de le rendre supportable à une minorité de privilégiés ou si nous voulons vraiment changer de modèle et donner une chance à la démocratie, à l’égalité des humains, à la justice sociale, à la solidarité des citoyens et à la coopérations entre les peuples, au salut de la planète aussi.

Si la deuxième option nous paraît préférable alors nous ne pouvons pas faire la fine bouche et choisir avec délicatesse avec qui nous voulons lutter et qui nous voulons exclure de la lutte pour des différences de goût et d’opinion.

Voici ce qu’écrivait Vladimir Ilitch Oulianov après la conférence de Zimmerwald en 1916 dans son débat avec Rosa Luxembourg :

« Croire que la révolution sociale soit concevable sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, clérical, monarchique, national, etc., c’est répudier la révolution sociale. C’est s’imaginer qu’une armée prendra position en un lieu donné et dira « Nous sommes pour le socialisme », et qu’une autre, en un autre lieu, dira « Nous sommes pour l’impérialisme », et que ce sera alors la révolution sociale ! C’est seulement en procédant de ce point de vue pédantesque et ridicule qu’on pouvait qualifier injurieusement de « putsch » l’insurrection irlandaise.

Quiconque attend une révolution sociale « pure » ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. »
(Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes – Sur la question irlandaise) Lénine 1916

Mais la question est là, parlons nous de révolution ou de réformes?

Parce que pour les réformes et pour une meilleure adaptation à la mondialisation financière, nous avons ce qu’il faut, nous avons qui il faut. Il suffit d’attendre que le travail soit avancé et que soient enfin exclus  ceux qui n’ont pas été sélectionnes pour survivre.

Si nous parlons de changement profond, il est clair qu’il faut faire confiance à ceux qui l’auront obtenu. Quand on se libère d’un maître on court toujours le risque de devenir « Les grenouilles qui veulent se donner un roi » mais on prend aussi la chance de découvrir que l’intelligence est une propriété collective du peuple quand celui-ci s’est libéré des maîtres qui lui en avaient interdit l’usage.

Auteur: jefdelhaye

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7 commentaires

  1. Voila une bonne réflexion
    Personne ne peut nier que des gens souffrent et aujourd’hui ils ont réussi à créer l’ évènement pour être visibles. Ce sont tous ces gens dont l’histoire, les médias n’ont pas l’habitude de parler. Ils osent l’opposition manifeste. Et ce n’est pas la peine d’essayer de parler de récupération par l’extrême droite (même si des gens bien proches de ces idées se sont joints à ces rassemblements) pour essayer de disculper les responsabilités de la gauche qui les ignore depuis bien longtemps. Cette même gauche qui fait semblant de ne pas voir les avancées destructrices du libéralisme et des institutions qui en permettent le déploiement !
    Marie-Lou Benoît.

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  2. Le problème de la révolution c’est la récupération
    C’est ce qui a donné 70 ans d’URSS et de « dictature du proletariat »
    Alors forcément on est tous d’accord que la concentration des richesses par 1% de la population est insupportable, que les inégalités qui se creusent sont le tombeau de l démocratie, etc
    Mais on n’est pas forcément prêts à se jeter dans les bras du premier populiste venu

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    • Vous avez raison. Nous devons tenir compte des erreurs du passé, et nous savons comme elles ont été énormes, et surtout ne pas se précipiter mais, sur le plan théorique, il faut aussi savoir ce que nous voulons très clairement pour ne pas se contenter de rafistolages et de cinéma et pour prendre les bonnes orientations.

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    • Il serait décent de ne pas se mêler de ce qui ne ñous regarde pas…. Quoi que? Sans le sacrifice des 27 milions de martyrs soviétiques qui ont libéré 50% du territoire européen, où en serions-nous?
      En 2018, la majorité des russes regrettent la période de l’Union Soviétique… ce qui n’est guère étonnant étant donné que les soviétiques s’étaient massivement prononcés contre la fin de l’URSS, à plus de 70%, lors du référendum organisé sur le sujet (Comme en France en 2005 d’ailleurs… vive la démocratie n’est-ce pas?). Ce vote des soviétiques a été piétiné par les grands démocrates Gorbatchev et Eltsine qui ont plongé le pays dans le chaos et l’ont livré, avec ses richesses, aux mafias et aux oligarques… Ces deux derniers dirigeants sont les plus détestés par le peuple russe. Par contre 46% ont une opinion positive de Staline…. comme quoi!

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  3. Il est claire qu’autant que cela puisse être considéré avec enthousiasme comme un début de révolution, on ne peut pas en connaitre la trajectoire et encore moins l’issue, tant on en connait peu les contours et les aspirations aujourd’hui, ni même la possibilité de récupération des extrêmes, si ce n’est dire que le peuple ayant le regard constamment attiré à droite, c’est cet extrême là qui représente plus ce danger. Néanmoins, au delà des considérations condescendantes que j’ai pu être le premier à avoir envers ce mouvement, il appartient peut être désormais à ceux qui d’habitude manifestent pour les droits de l’homme, l’égalité, la démocratique, et l’écologie, de manifester leur écoute à ces gilets jaunes, qui n’obtiennent pas celle du gouvernement. Parce que les gilets verts et assimilés, pourront toujours demander aux gilets jaunes où ils étaient quand ils manifestaient contre l’état d’urgence permanent qui les menace aujourd’hui, mais cela ne les avancera pas si les extrêmes en récupère des forces politiques. Parce que si ce sont les membres diverses du peuple qui se tourne vers eux même pour soulever leur problèmes, alors c’est une façon de considérer que le régime politique actuel n’a plus d’utilité, et donc le début d’une vrai révolution. Un vrai début de révolution ne serait il pas que les gilets verts rejoignent les gilets jaunes, malgré toute les difficultés et les antagonismes que cela comporte ?

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  4. il faudrait que les gilets jaunes rejoignent les gilets verts et les gilets lilas

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