Mobilisation festive contre l’A412 à Machilly : si le chantier avance, le front s’intensifie

Ce samedi 26 septembre, le cadre habituellement paisible du lac de Machilly s’est transformé en un rassemblement festif, d’ampleur nationale et transfrontalière. Alors que les premiers abattages et travaux préparatoires de l’A412 continuent dans le Chablais, ravivant de vives tensions entre le concessionnaire AMEDEA d’un côté, soutenu par les autorités, et les opposants de l’autre, atterrés que l’on puisse encore couper des arbres par centaines après l’été caniculaire que l’on vient de passer, ces derniers reçoivent de plus en plus de soutien de personnalités politiques. Il va bien falloir trouver une autre voie de sortie que le passage en force actuel, au risque sinon de détériorer fortement les relations avec Genève, en plus de saccager la nature :  

Bord du lac de Machilly, samedi 26 septembre 2026 ©Camille Content

Ce samedi 26 septembre, un petit air d’été règne dans le Chablais et les bords du lac de Machilly commencent à se remplir doucement en cette fin de matinée. Militants brandissant des pancartes, familles avec poussettes, agriculteurs locaux, aux couleurs de la Confédération Paysanne… la foule, plusieurs centaines de personnes, est souriante et bigarrée. Organisée sous la forme d’un grand pique-nique militant à l’appel du collectif Stop A412 et dans le cadre des marches pour le climat du 26 septembre, la journée est conçue pour se dérouler dans une atmosphère chaleureuse, mais déterminée.

Car derrière la convivialité ambiante au bord du lac, le message principal reste sans équivoque : refuser catégoriquement l’A412 et la destruction de plus de 180 hectares de terres agricoles, de forêts et de zones humides au profit du béton et de la voiture individuelle.

Ces trois dernières semaines, depuis la signature de l’autorisation environnementale par le nouveau préfet de Haute-Savoie Jérôme Bonet le 28 août dernier, les travaux de l’A412 ont avancé à marche forcée, détruisant d’ores et déjà plusieurs hectares d’espaces naturels et abattant des milliers d’arbres, parfois centenaires, sans autre forme de procès. Des dizaines de militants et habitants déterminés ont tenté de freiner les machines, subissant alors des gardes à vue pour plus d’une dizaine d’entre eux, dont le célèbre défenseur des arbres Thomas Brail[1].

Travaux stoppés pour la journée et visite très politique du « chantier »

La première victoire de l’organisation de ce samedi festif au lac de Machilly est l’arrêt des travaux au moins pour la journée, les autorités et AMEDEA ayant visiblement considéré que continuer à arracher des arbres et saccager des zones humides en cette journée nationale de marches pour le climat[2] était peut-être une provocation susceptible de troubler l’ordre public.

Une petite délégation de personnalités politiques part ainsi ce samedi en début d’après-midi constater l’ampleur du chantier à proximité de Machilly. Parmi elles, Cyrielle Chatelain, députée de l’Isère et présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale qui s’est déplacée pour apporter un soutien institutionnel fort au combat local. Se filmant devant un énorme tas d’arbres arrachées, celle-ci appelle à la résistance contre cette « nouvelle A69 » et réclame « un moratoire sur cette autoroute A412 »[3].

Cyrielle Chatelain en compagnie d’Elisabeth Charmot de l’ACPAT, et de Rafael et Jérôme de la Confédération Paysanne, 26.09.2026 ©Camille Content

A ses côtés, deux anciens maires de Genève ayant également fait le déplacement, Alfonso Gomez et Rémy Pagani, tous les deux atterrés par l’ampleur des arrachages d’arbres.

Le soutien suisse : Genève vent debout contre l’A412

De retour sur les bords du lac de Machilly, les deux personnalités genevoises prennent la parole aux alentours de 15h et ne mâchent pas leurs mots concernant leur opposition farouche à l’A412.

Pour Rémy Pagani[4], maire de Genève (en 2009, 2017 et 2021) et figure de la gauche genevoise, c’est uniquement la logique financière qui tire profit de cette infrastructure inutile au détriment du bien commun et de la santé publique. « Danone est derrière tout ça ! » martèle-t-il. Pour lui il n’y a aucun doute, cette autoroute ne va pas servir à emmener les transfrontaliers à Genève, mais « principalement à apporter les eaux d’Evian partout en Europe ».

Prenant la parole juste après lui, Alfonso Gomez, maire écologiste de Genève (2023-2024 et 2025-2026) et toujours conseiller administratif de la ville, déclare qu’à ses yeux ce chantier est « un écocide », et que « quand on est responsable d’un écocide, on doit pouvoir y répondre devant les tribunaux ». Ainsi la ville est en train de préparer un recours « pour que les travaux soient déclarés illégaux ».

Rémy Pagani et Alfonso Gomez à Machilly le 26.09.2026 ©Camille Content

Ce recours genevois vient s’ajouter à la véritable guérilla juridique engagée depuis des années contre l’A412 des deux côtés de la frontière. Parmi les personnalités politiques genevoises, à noter la présence également ce samedi de Delphine Klopfenstein-Broggini[5], députée écologiste du canton de Genève au Conseil national, ou encore Philippe De Rougemont[6], député écologiste au Grand Conseil genevois. 

Delphine Klopfenstein-Broggini et Philippe De Rougemont (à droite) le 26.09.2026 ©Camille Content

« On peut gagner et on va gagner ! »

Anne Lassman-Trappier, présidente de France Nature Environnement Haute-Savoie[7] et figure emblématique des luttes environnementales locales, prend ensuite la parole pour rappeler le recours sur le fond déposé devant le juge le 14 septembre par un collectif d’associations et 40 riverains pour faire annuler l’autorisation environnementale. Celle-ci rappelle les victoires juridiques engrangées ces dernières années contre des grands projets, comme la retenue collinaire à la Clusaz, avant de conclure par l’affirmation qu’ « on peut gagner et on va gagner ! », galvanisant alors la foule présente. Première réponse le 14 octobre puisque le juge a un mois pour statuer.

Anne Lassman-Trappier sur scène le 26.09.2026 ©Camille Content

La Confédération Paysanne prend également la parole pour insister sur l’impact terrible du chantier sur les agriculteurs locaux, avant de laisser la place à la musique et aux ateliers participatifs.

Pour les organisateurs et les collectifs de défense du territoire, la réussite et l’affluence de ce samedi, en présence notamment de personnalités politiques de poids, démontrent bien une chose, c’est que la résistance populaire ne faiblit pas et ne renonce pas face à l’avancée des machines. Si des milliers d’arbres sont d’ores et déjà malheureusement abattus, le béton n’est pas près de couler et l’avenir n’est pas pour autant écrit dans le Chablais.

Les autorités et AMEDEA devraient lire d’urgence Jean Giono qui écrivait : « L’arbre est un édifice de vie, le détruire sans absolue nécessité est un crime contre la création. »

Camille Content

[1] Lire notre précédent article : https://librinfo74.fr/chantier-de-la412-dans-le-chablais-passage-en-force-et-droit-de-travers/

[2] Voir https://26septembre.org/

[3] Voir https://www.facebook.com/watch/?v=1130076739975518

[4] Lire https://fr.wikipedia.org/wiki/Rémy_Pagani 

[5] Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Delphine_Klopfenstein_Broggini

[6] Voir https://verts-ge.ch/philippe-de-rougemont/

[7] https://www.fne-aura.org/haute-savoie/

Auteur: librinfo74

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