Le potager éphémère ferment du développement durable à Annecy ?

L’été annécien s’animait de Noctibules. Puis, il y a trois ans, le concept prenait le nom de « Déambule ». Lequel se transforma peu à peu en « Annecy Paysages ». Des œuvres d’art éphémères jalonnaient la ville, cette année sous forme végétale. Le potager en est le fleuron.

 

Bonlieu Scène Nationale, épaulé par la ville d’Annecy, et d’autres partenaires, s’est donc chargé de ces animations estivales. « Ce festival, explique Carine Altermatt, coordinatrice du projet, est imaginé comme un itinéraire en ville et en plein air. Quelque 23 installations artistiques et paysagères ont pris place dans les sites emblématiques d’Annecy. »

Ainsi a-t-on pu voir « Le rideau de la Méduse », « Le Mont des possibles », ou encore « Le soulèvement des graines ».

Quant au « Potager dans la ville », il est installé parc Charles Bosson. Sa constitution est l’œuvre du Collectif Cultures urbaines, par Guillaume Popineau et David Trigolet. Le premier est ingénieur paysagiste, formé à la permaculture. Le second, diplômé de l’Institut national d’horticulture, dirige une entreprise d’agriculture urbaine et d’aménagements paysagers.

 

Coloniser les espaces urbains libres

De forme circulaire, ce potager d’agrément, mais aussi dynamique, privilégie la diversité végétale et les variétés anciennes. On peut échanger en son sein grâce à une table de discussion – en quelque sorte l’arbre à palabres. On ne peut pas planter ou cultiver, mais on peut prélever.

Conçu comme un mandala, il suit les principes de la tradition
indo-tibétaine, indexé sur les quatre points cardinaux. « Le dégradé végétal symbolise également l’idée que le potager doit conquérir les interstices, coloniser les espaces urbains libres pour rendre fertile la ville. Produire en ville, c’est aussi créer du lien social et sensibiliser les citadins aux problématiques d’autonomie alimentaire et de qualité des produits. »

On y trouve des variétés anciennes de la région telles que le poivron d’Ampuis, la courge romaine de l’Ain ou le pois nain d’Annonay.

 

Pas bio, mais sans pesticides

« C’est un jardin didactique, poursuit la coordinatrice. Des explications sur les plantes, leurs catégories, leurs vertus, sont apposées sur la table de partage. »

Ce potager ne rentre pas dans le cadre des jardins gérés par la ville. Ceci dit, il a tout de même été mis en forme par Cultures urbaines avec l’aide de ce service municipal. Le concept n’a rien à voir avec celui des Incroyables comestibles.

Aucun pesticide n’entre en compte dans sa gestion. L’ensemble des végétaux ont été mis en culture au centre horticole – qui lui non plus n’a pas utilisé de pesticides – d’Annecy, du semis au repiquage au potager, en mai. Donc, ni engrais, ni pesticides, ni insecticides.

« Nous avons choisi le végétal pour cette animation, car c’est un sujet important, sur lequel on réfléchit de plus en plus. C’est un médium utilisé par les artistes. »

 

Pourquoi un tel choix ?

Il s’agit de celui des paysagistes. C’est un jardin potager comestible et il allait de soi de privilégier une culture de végétaux la plus saine possible. Ceci dans le respect du public et de la nature, sans pollution des sols.

L’idée était également d’associer des plantes qui se protègent mutuellement des insectes et autres attaques, dans la même logique que la permaculture. En résumé, tout est lié et tout sert à tout.

 

Vers une culture durable

Ce potager, destiné au départ, comme les vingt-deux autres œuvres, à avoir une durée de vie éphémère, le temps d’un été, chantera plus longuement. Et même durablement.

« Il s’agit de pérenniser certaines choses, en dialogue avec la mairie et transformer l’éphémère en durable. »

L’entretien d’un tel espace est lourd. Cultures urbaines collabore à cette perspective durable.

Le public respecte l’endroit, récolte, ou simplement admire la beauté du lieu avec ses couleurs disparates et équilibrées.

 

Alors, ce potager dont l’élaboration a débuté en novembre 2017, né en mars 2018, planté en mai, semble donc continuer sa vie au bord du lac.

Et s’il devenait un point de départ de développement vraiment durable pour la ville.

 

 

 

 

 

Auteur: Loïc Quintin

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