Le naufrage de l' »Education Nationale »

Une semaine après la diffusion de la vidéo dans laquelle un élève de Créteil braque avec une arme factice sa professeur, les ministres de l’éducation, de l’intérieur et de la justice ont présenté, vendredi 26 octobre, plusieurs mesures pour faire face aux violences scolaires. Parmi elles, Christophe Castaner a déclaré qu’il « n’excluait pas la présence physique de forces de l’ordre » dans les établissements.

Quelles que soient les causes de la dégradation catastrophique des conditions d’enseignement et d’apprentissage dans les Lycées et les collèges, dégradation illustrée par le comportement insupportable de cet élève de Créteil, la présence de policiers à l’intérieur des établissements scolaires signe, pour la plupart des enseignants, l’échec du projet républicain de l’enseignement gratuit et obligatoire pour tous.

N’oublions pas que l’Education Nationale se donnait pour vocation de former des citoyens libres et capables de participer aux décisions collectives dans le respect de l’égalité de tous et dans la recherche du bien commun.

Souvenons nous que le droit à l’enseignement a été acquis tardivement et de haute lutte pour qu’aucun enfant ne soit privé de ce qui était auparavant le privilège des riches, l’accès au savoir et à l’exercice de la réflexion personnelle afin d’être en mesure de penser par soi-même et de n’avoir plus à obéir à des maîtres.

Rappelons nous que l’école est pour chacun une chance et que l’obligation ne s’applique pas à l’enfant qui apprend mais à ceux qui pourraient l’en empêcher.

Les enseignants ont pour fonction de répondre au désir de savoir, de se former. Il sont eux-mêmes formés pour satisfaire la curiosité des jeunes gens en transmettant leurs connaissances et leurs compétences.

Ces principes, qui sont ceux de la démocratie, peuvent aujourd’hui prêter à sourire tant nous nous en sommes éloignés depuis quelques décennies.

Les jeunes gens qui vont au collège ou au Lycée ont le sentiment de plus en plus fort qu’ils y vont pour être empêchés de vivre, ils seraient tellement mieux si les vacances étaient illimitées.

Ils ont l’impression, et ils n’ont pas tort, qu’on les contraint à entrer dans un moule qui fera d’eux des êtres obéissants, soumis aux lois du marché du travail et menacés de chômage et de précarité.

Ils sentent que les enseignants ne sont pas respectés par le pouvoir qui les emploie, qu’ils sont mal payés malgré leurs études prolongées et que la réussite sociale n’est pas leur lot.

Ils sont victimes, en fait, d’une volonté contre-républicaine de les dégoûter de la culture et surtout de l’indépendance intellectuelle qui pourrait faire d’eux des citoyens critiques du système et réfractaires à l’oppression économique qui nous est imposée.

La présence de forces répressives à l’intérieur des établissements scolaires confirmerait clairement que les enseignants ne sont que des agents du pouvoir, que l’école est un instrument de servitude, que le savoir est une aliénation et, finalement que la liberté consiste à s’en évader comme d’une prison.

Les philosophes qui nous firent émerger de l’obscurantisme et nous permirent de penser un moment qu’un progrès humain était possible, doivent se retourner dans leurs tombes du Panthéon en voyant les lumières s’éteindre.

Ce gouvernement nous aura conduit au plus profond de la régression en envisageant que la police devienne l’auxiliaire de vie scolaire de ces délinquants que nous appelions autrefois des élèves parce que nous pensions alors que s’élever dans la connaissance valait mieux que s’enfoncer dans l’ignorance.

Sans doute vaut-il mieux ignorer où ces irresponsables nous mènent faute de quoi nous devrions choisir entre le désespoir et la révolte.

Auteur: jefdelhaye

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2 commentaires

  1. * »Rappelons nous que l’école est pour chacun une chance et que l’obligation ne s’applique pas à l’enfant qui apprend mais à ceux qui pourraient l’en empêcher. »*

    Une chance oui, devenu un droit-devoir, comme les services de santé …

    * »La présence de forces répressiveS à l’intérieur des établissements scolaires confirmerait clairement que les enseignants ne sont que des agents du pouvoir, que l’école est un instrument de servitude, que le savoir est une aliénation et, finalement que la liberté consiste à s’en évader comme d’une prison. »*

    Cette attitude qui parait imbécile est peut-être une manière de fabriquer des délinquants volontairement.
    Il faudrait écouter des experts dans le domaine pour évaluer cette disposition. Le coté répressif versus le coté dissuasif (pour certains).

    Ce qui est clair c’est la monté de la violence étatique face aux contestations des diktats économiques, versus les non-prises de décisions pour remédier aux catastrophes en cours, dans un contexte de totalitarisme (domination de tous les pouvoirs institutionnels) avéré bien qu’erratique des ultra-riches.

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  2. C’est effectivement avec cet état d’esprit que la société fabrique des Bolsonaro en puissance depuis 30 ans de libéralisme outrancier où les 1% avec la complicité des gouvernants et de la commission européenne organise le chaos .Il ne s’agit pas seulement comme le fait Hollande de signer un manifeste contre cette élection au Brésil pour s’acheter une virginité quand lui-même et ceux qui l’ont précédé ont organisé la montée de l’extrême droite en France avec l’aide zélée de la presse mainstream ….mais de faire le bilan de ces politiques neo-libérales responsables de cette situation avec in fine le fascisme aux portes du pouvoir .

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