Par Sandra Stavo-Debauge
Il aura fallu 23 mois après l’attribution officielle Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 à la France et moult atermoiements pour que la carte des sites olympiques[1] et paralympiques soit enfin dévoilée vendredi 19 juin à Décines, siège du comité d’organisation des JOP.
Carte que la commission exécutive du Comité international olympique a approuvée le 22 juin.

Le centre de vacances « les Elfes » au Crêt , racheté par la mairie de St Jean, doit être transformé en village olympique pour les athlètes
Des « concertations » préalables de la SOLIDEO (société de livraison des ouvrages olympiques) et de la Commission nationale des débats publics[2] ont commencé.
Concernant le pôle Haute-Savoie, une réunion publique d’information sur le village des athlètes est programmée à Saint-Jean-de-Sixt ce mercredi 24 juin à 18h30 à la salle Sixtine avec la réhabilitation du centre du Crêt.
La concertation préalable[3] en ligne est ouverte depuis le 15 juin.
Lancement d’une campagne de « concertations »
Ces JOP2030 et la carte des sites ont été décidés sans jamais consulter la population en amont, population qui est pourtant la première concernée et impactée.

Depuis début juin, La SOLIDEO (société de livraison des ouvrages olympiques) fait mine de consulter la population. Une consultation, non pas pour le projet global des JO comme le voudrait le droit à l’environnement (et pour lequel un recours à l’ONU est en cours) pour un événement impactant qui coûtera des milliards, mais projet par projet, sans possibilité d’interroger la pertinence des Jeux Olympiques Alpes 2030.
Quelle valeur a une concertation préalable quand des appels d’offre ont déjà été attribués ?
C’est notamment le cas à Briançon pour le village olympique dans le Fort des têtes classé au patrimoine mondial de l’UNESCO ? Quelle valeur a une consultation dont les dossiers de consultations indigents, ne contiennent aucun chiffrage, ni coût, ni études préalables, ni informations détaillées ? « Il ne faudrait pas non plus que la population puisse découvrir trop rapidement l’envers du décors et le montant de l’ardoise à payer », ironise le collectif citoyen JOP2030 pour qui ces mesures de concertation ne constituent qu’un semblant de débat public : « Toutes les informations qui nous sont données sur ces réunions de concertation et sur les dossiers, ne montrent qu’un vide abyssal : pas de plans, pas de budget, pas de proposition de solutions alternatives, juste une plaquette à la gloire du projet. »
Cette campagne de « concertation » a été lancée pour seulement quelques projets d’aménagements dont le village olympique de Saint-Jean-de-Sixt[8]. Vous avez jusqu’au 14 juillet pour déposer votre contribution sur le site Internet. Une réunion d’information a lieu ce mercredi 24 juin à la salle Sixtine de 18h30 à 20h30.
Grand Bornand
La concertation pour le site du Grand Bornand[9] ouvrira quant à elle le 1er juillet jusqu’au 1er août avec une réunion d’information prévue le mardi 7 juillet de 18h30 à 20h30, à l’Espace Grand-Bo.
Les Confins à la Clusaz
Une autre concertation va s’engager concernant le site de compétition de La Clusaz aux Confins par l’intermédiaire de la Commission Nationale du Débat Public, organisation indépendante[10].
Une réunion publique est prévue fin septembre 2026 par la commune de La Clusaz qui prend son temps pour informer ses administrés…
Retour sur les derniers rebondissements.
Le 24 juillet 2024, alors que « Paris 2024 » n’avaient pas encore commencé et qu’on ne connaissait pas la facture finale, le CIO attribuait les JOP d’hiver 2030 à la France restée seule en lice.
Avec la bénédiction de Macron, paillasson du CIO qui n’a rien négocié alors que la France était en mesure de le faire, deux présidents des régions PACA et AURA, Renaud Muselier et Laurent Wauquiez, le seigneur des anneaux, se sont présentés pour organiser ces Jeux sans projet construit et sans l’aval des citoyens. Ce qui n’est pas sans poser un problème de démocratie et c’est un euphémisme.
Depuis le départ le projet est bancal.
Les délais sont contraints, jamais un pays n’ayant eu si peu de temps pour organiser des Jeux olympiques et paralympiques. Pourtant, on ne compte plus les cafouillages, sketchs et atermoiements.
La nomination d’Edgar Grospiron en février 2025 à la présidence du Comité d’organisation des JOP (le COJOP) n’a rien arrangé suite au refus de Martin Fourcade pour ce poste. Pas fou le biathlète avait bien senti que ces Jeux ne servaient qu’à flatter l’ego des politiques à qui le champion au fort charisme aurait pu faire de l’ombre, mais ne servaient ni le sport, ni les territoires. Et puis Martin qui habite au bord du lac d’Annecy et sillonne les Aravis en ski de rando s’est révélé avoir tout de même une petite conscience écologique…
COJOP et le CIO ont beau marteler que ces Jeux seront sobres, cela relève de la pensée magique, ne serait-ce que par l’étalement géographique, la construction de villages olympiques, la prédation sur la ressource en eau pour fabriquer de la neige artificielle à gogo, etc. Le Monde révèle que plus de trois hectares d’arbres sont menacés par les futures pistes de snowboardcross et skicross à Montgenèvre[4]…
Malgré des rebondissements en cascade, des JOP à marche forcée
Depuis la candidature surprise de la France pour les JOP2030, chaque jour ou presque apporte son lot de rebondissements. Ça pourrait être comique si ça n’était pas aussi dramatique pour les finances publiques et pour l’écologie dans une planète en surchauffe avec une loi olympique entérinée à l’Assemblée et au Sénat qui autorise toutes les dérogations et dérégulations au nom de ces sacro saints Jeux. Autant de coups de canif sur notre État de droit et le droit à l’environnement.
Depuis décembre, le COJOP a connu des démissions en série de ses cadres têtes pensantes à peine arrivées à leur poste pour divergences avec le président Grospiron. Le directeur général Cyril Linette, a jeté l’éponge juste après les JO de Milan-Cortina et avant même le passage du drapeau olympique à la France. En nommant un préfet pour le remplacer à la direction générale du COJOP, Vincent Roberti, qui a pris ses fonctions en juin, il semblerait que l’État ait sonné la fin de la récré et repris la main…
Grospiron épinglé par Mediapart
Edgar Grospiron toujours décontracté, ne semble pas vraiment ébranlé, chouchou de bien du monde haut placé et notamment de la station de La Clusaz qui lui avait offert un terrain pour sa médaille olympique. Terrain sur lequel il a construit un beau chalet qu’il a revendu quelque temps après pour s’installer à Annecy. Remarié à la notaire Nathalie Thevenet, la nièce du maire actuel, le champion olympique vient d’être épinglé par Karl Laske[5] dans une enquête de Mediapart[6] (qui a choisi le 19 juin jour d’annonce de la carte des sites olympiques pour publier son papier). Il révèle les faillites de ses business, ce qu’Edgar aurait omis de préciser.
Il révèle aussi que le président du COJOP continue ses activités de conférencier tout en étant président du COJOP. Ce dernier répond par mail avoir déclaré ses activités à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Voilà un an et demi que nous guettons cette déclaration sur le site de la HATVP, mais nous ne trouvons rien à son nom ! Lecteurs·rices, vous aurez peut-être plus de chance ;).
Grospiron est aussi le poulain des co-présidents du comité d’organisations des JO d’Albertville, Michel Barnier — l’ancien 1er ministre de Macron qui a signé juste avant son départ de Matignon le chèque en blanc des garanties de l’État au CIO— et Jean-Claude Killy.
2 ans pour sortir une carte des sites et les emblèmes !
Après avoir fait un lobbying intense en faveur de Val d’Isère, ces derniers ont vu la station avaline revenir sur la carte des JOP dévoilée le 19 juin[7]. Val d’Isère qui accueillera les épreuves de slalom et de géant, a été préférée à Méribel pourtant inscrite sur la maquette initiale des sites. Ce qui disperse encore un peu plus les athlètes. La descente et le super-G se dérouleront bien à Courchevel ainsi que le saut à ski et le combiné — s’il est maintenu au programme des Jeux —, le para-ski alpin et le para-snowboard.
La tragi-comédie de Nice
Parmi les rebondissements, vous avez peut-être suivi la tragi-comédie de Nice.
Portée depuis le début de la candidature par Renaud Muselierqui rêvait aussi d’une cérémonie d’ouverture, la ville azuréenne qui devait accueillir les épreuves de glace a été rayée de la carte d’Alpes 2030 après l’élection d’Eric Ciotti à la mairie. Ciotti qui, dans un élan de lucidité (et oui ça arrive même pour la droite extrême !), permet d’économiser 150 millions à sa commune et annonce les réinjecter dans le sport pour tous·tes. On ne sait pas si Muselier s’en remettra, lui qui va quitter le navire de la Région pour s’en aller pantoufler au Sénat.
C’est Lyon qui récupère les épreuves de glace (les plus lucratives en terme de billetterie). Gregory Doucet, le maire écolo de Lyon s’est soudainement déclaré, patins aux pieds et un 1er avril (ça ne s’invente pas), un amour pour les Jeux, alors qu’il avait fustigé à raison le Tour de France et alors que ses petits copains Les écologistes à la Région et des députés de son bord s’opposent aux Jeux, n’ont pas voté la loi olympique et se sont portés en justice contre les Jeux avec les ONG Mountain Wilderness, FNE et le collectif citoyen JOP2030.
Bel esprit de solidarité chez les verts… Située dans le Rhône, Lyon se retrouve au cœur d’Alpes 2030. Belle pirouette.
Quid du budget pour la Région AURA ?
Quid du budget alors que les 2 Régions abondaient à 50/50, maintenant que les Alpes du Nord et Lyon ont récupéré le gros des épreuves, ne laissant que des miettes aux Alpes du Sud ? Dans leur communiqué « JOP 2030 : qui paiera la facture ? », les élu·es régionaux écologistes s’en inquiètent. Ils dénoncent un déséquilibre qui pourrait coûter cher à l’Auvergne-Rhône-Alpes : « Cette décision fait peser de nouvelles incertitudes quant aux financements de ces Jeux : qui va payer l’addition ? Quelle sera la contribution réelle de la Région et quelle part reviendra aux départements, aux intercommunalités et aux communes concernées ? À ce stade, personne n’est en mesure de répondre à ces questions », déclare Claudie Leger, conseillère régionale de Savoie.
La Clusaz servie par le COJOP avec le ski de fond et les épreuves nordiques paralympiques
En ce qui nous concerne en Haute-Savoie, la rumeur enflait dans les Aravis. Elle n’en est plus une le 19 juin : en plus des Jeux Olympiques de ski de fond, la Clusaz accueillera les Jeux paralympiques de ski de fond et de biathlon sur le site (protégé) des Confins du 1er au 10 mars 2030. A 920 m d’altitude, le stade de biathlon du Grand-Bornand retenu pour les Jeux olympiques de biathlon ayant été jugé trop bas en altitude pour les épreuves de para-biathlon en mars. Trop bas, il l’est aussi pour des épreuves des valides en février, mais ça ne semble pas effleurer les porteurs du projet… Quant aux Confins, ils ont beau être à 1438 m d’altitude, le plateau prend le soleil du matin jusqu’au soir et ça reste de la moyenne altitude et les Confins ne sont pas équipés d’un pas de tir…
Les canons à neige s’accaparent l’eau
Le site sera déjà « remodelé » pour ne pas dire terrassé pour les Jeux, enneigé avec jusqu’à 20 canons à neige (contre 3 actuellement). Où prendront-ils l’eau : dans la retenue du Lachat au pied de La Balme, ce qui fera des kilomètres de réseaux souterrains à creuser, dans le lac des Confins ? Dans une nouvelle retenue collinaire ?
Quid du village olympique pour les para-athlètes ? Une rumeur dit qu’il serait aux Confins, site pas franchement configuré pour accueillir des personnes à mobilité réduite… L’occasion de bétonner sachant qu’avec la loi olympique, tout est permis ?
Les habitants pris en otage
Quoi qu’il en soit, les travaux prévus dès 2027 dans les Aravis engendreront des dérangements pour les habitants, les sociopros et les touristes, sans compter des offenses faites au site, à la nature, à la biodiversité.
Pendant les JOP, la route des Confins sera coupée. Le parking de l’Arpettaz où se garent les randonneurs pour accéder aux combes des Aravis sera réquisitionné et réaménagé pour les seuls Jeux. Les combes des Aravis seront-elles interdites aux pratiquants de ski de rando ? Les pistes de ski de fond des Confins fermées aux usagers ?
Avec des épreuves olympiques et paralympiques en pleine vacances de février, les socioprofessionnels de La Clusaz peuvent s’attendre à faire une croix sur leur chiffre d’affaires de l’année en 2030. Les sites hôtes olympiques sont généralement désertés par les vacanciers et voient en moyenne leur chiffre d’affaires chuter de 40% l’année des Jeux. Des Jeux qui ne sont décidément pas un cadeau, sauf pour le CIO avec la privatisation des profits et la socialisation des pertes pour l’État et les collectivités.
La contestation monte.
Alors que nous sommes écrasés par la canicule, qu’il fait plus chaud à Annecy qu’à Tunis, Dakar ou Abidjan, que les services publics sont exsangues, que, ironie de la situation, la fédération françaises pleurniche sur ses manques de moyens — le directeur technique national de la FFS Pierre Mignerey se montre inquiet sur les finances des équipes de France qui sont dans le rouge comme le révèle Ski Chrono le 20 juin —, que les glaciers fondent, que des routes sont régulièrement emportées par des chutes de roches, que l’avenir des sports d’hiver est mort à basse altitude, en sursis à moyenne altitude, etc., etc., la machine olympique avance à marche forcée et dans l’opacité, mais la contestation monte.
[1] Les disciplines additionnelles seront annoncées en juillet.
[2] https://www.debatpublic.fr/amenagement-du-site-de-competition-de-ski-de-fond-de-la-station-de-la-clusaz-9082
[3] https://participationcitoyenne.solideo-2030.com/village-des-athletes-a-saint-jean-de-sixt-4331
[4] https://www.lemonde.fr/sport/article/2026/06/18/jo-d-hiver-2030-dans-les-haute
[5] Karl Laske est le journaliste qui a révélé avec Fabrice Arfi l’affaire des financements libyens de Nicolas Sarkozy dans « Mediapart », en 2011
[6] https://www.mediapart.fr/journal/france/190626/l-agenda-cache-d-edgar-grospiron-patron-des-jo-d-hiver-2030
[7] La veille, ce sont les emblèmes des JOP qui ont été dévoilées à Briançon. Malgré le racolage et la promesse d’un concert gratuit (enfin gratuit, avec les deniers publics), il n’y avait pas foule : à peine 1000 personnes pour une jauge de 2000. « Cérémonie des emblèmes d’Alpes 2030 : “Un flop retentissant” selon les anti-JO » titre le Dauphiné Libéré https://www.ledauphine.com/jeux-olympiques/2026/06/19/ceremonie-alpes-2030-un-flop-retentissant-selon-les-anti-jo.
[8] https://participationcitoyenne.solideo-2030.com/village-des-athletes-a-saint-jean-de-sixt-4331
[9] https://participationcitoyenne.solideo-2030.com/site-de-competition-de-biathlon-au-grand-bornand-4456
[10] https://www.debatpublic.fr/amenagement-du-site-de-competition-de-ski-de-fond-de-la-station-de-la-clusaz-9082

Saint-Jean-de-Sixt
