Par Sandra Stavo-Debauge`
Alors que la concertation préalable concernant le site du biathlon du Grand-Bornand pour les JO 2030 s’achève ce 1er août à minuit, revenons sur les projets d’aménagement du village des Aravis dans la perspective de 2030. Des projets qui vont changer le visage du cœur de bourg et alourdir les impôts locaux – la maire l’a annoncé, avec une enveloppe de plus de 50,5 millions d’euros d’investissements dont 20% financés par la commune soit 11 millions d’euros. Les travaux commenceront pour certains dès septembre 2026.

Retour sur les réunions publiques d’information qui se sont tenues à l’Espace Grand Bo les 1er et 7 juillet derniers. « On fait les JO 2030 avec l’existant » !

Organisée par la Mairie le 1er juillet, la première réunion a réuni environ 400 personnes. Elle a présenté les projets d’aménagement, le calendrier et le cadre budgétaire des futurs Jeux de 2030 en présence des élus locaux, de la SOLIDEO (Société de livraison des ouvrages olympiques), du COJOP (Comité d’organisation des Jeux olympiques) et des cabinets d’architecture et paysagistes parisiens qui ont remporté l’appel d’offre pour la requalification du cœur de village, consistant en une refonte de la place de l’église, jusqu’au Borne, avec notamment un futur bâtiment de services étagé avec une crèche, un centre de loisirs, l’office du tourisme, une médiathèque, un pôle d’échange multimodal, la police municipale, un espace « mutable » et un parking de 202 places.
Un bâtiment présenté dans une envolée poétique par l’architecte : « L’objectif dans la conception c’était de ne pas faire un bâtiment, de ne pas faire un objet. Mais plutôt de créer des conditions d’habiter la vue. » L’enrobage, c’est tout un art !

Les Jeux, prétexte à l’aménagement ?
Madame la Maire, Hélène Favre-Bonvin tenait à organiser cette réunion publique d’information, avant que la SOLIDEO ne fasse la sienne, pour exposer dans les détails les investissements prévus au Grand-Bornand dans le cadre des Jeux Olympiques dont la refonte du centre bourg[1].
Une façon de tenter de garder la main sur sa commune ?
Les maires fraichement élus en mars 2026 n’ont pas vraiment voix au chapitre concernant les JO[2], même si dans les faits, la carte officielle des sites olympiques et paralympiques n’a été officiellement validée que le 29 juin par le COJOP.
« C’est désormais officiel, le Grand Bornand a été désigné site d’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2030. C’est une immense fierté pour notre commune », introduit la Maire. Notez bien que si le Grand-Bornand accueillera les épreuves de biathlon des JO, c’est La Clusaz qui, en plus de recevoir le ski de fond des valides, a été désignée site hôte pour le para-biathlon et para ski de fond.
Les stations de Aravis accueilleront plus de 25 journées de compétition en cumulé.
Dans son mot d’introduction, elle souligne que les projets d’investissement ont été pensés pour l’après-Jeux : « Les Jeux Olympiques constituent aujourd’hui une opportunité d’accélérer la réalisation de ses projets et pour les plus structurants d’entre eux de rendre leur financement tout simplement possible. »
50,5 millions d’investissements hors-taxes pour le Grand-Bornand, dont 11 millions financés par la commune

Sur une enveloppe de 50,5 millions hors taxes, près de 80 % du budget est pris en charge par des partenaires institutionnels extérieurs, à savoir l’État, les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur pour 33 millions d’euros, ainsi que le département de la Haute-Savoie pour 6,5 millions d’euros, ce qui reste de l’argent public !
La participation de la commune du Grand-Bornand s’élevant à 11 millions d’euros est « limitée » à 20 %, ligne rouge financière fixée par la municipalité pour préserver ses capacités budgétaires. Il n’empêche que ces 11 millions interrogent l’équilibre budgétaire étant donné le niveau d’endettement de la commune
Les impôts locaux, déjà très lourds, vont encore augmenter
L’encours de la dette du Grand-Bornand n’a en effet cessé de grimper depuis l’an 2000 pour s’élever à quasiment 15 millions (14,767 millions[3] d’euros) au 31 décembre 2024, ce qui représente une dette d’environ 7 000 € par habitant. Ce stock de dette va grimper dans les quatre ans à venir. « La capacité d’autofinancement de la Commune est très nettement insuffisante pour équilibrer ces montants sans avoir recours à une hausse notable des impôts locaux qui sont les plus importants de la strate », analyse l’association Mountain Wilderness. La maire n’a d’ailleurs pas caché que les charges locales augmenteraient fatalement pour les résidents. Or Les impôts locaux sont déjà très lourds, atteignant un plafond avec des taux de 26,15 % pour la taxe d’habitation et de 31,6 % pour la taxe foncière (chiffres de 2024), qui représentent respectivement « 1 981 € par habitant pour la taxe d’habitation (contre 34 € pour la strate) et 1 760 € par habitant pour la taxe foncière (contre 474 € pour la strate) », souligne le responsable financier de Mountain Wilderness.
Une faible marge de manœuvre financière
Avec un budget de fonctionnement de 15 millions d’euros, la marge de manœuvre financière de la commune paraît faible et sa capacité de désendettement frôle dangereusement le seuil maximum d’annuité de la dette qui est de 10 ans.
Si la mairesse souligne que les projets d’investissement ont été pensés pour l’après-Jeux, au regard de ces chiffres, les Jeux Olympiques risquent surtout de plomber les finances et laisser des dettes pour héritage pour les 15 prochaines années. D’autant plus que les Jeux d’hiver ont toujours été déficitaires et que la politique du CIO consiste à privatiser les profits et socialiser les pertes pour l’État et les collectivités…
Quant aux différents aménagements, amèneront-ils du mieux-vivre pour une population locale qui décroît ? ou accélèreront-ils au contraire la gentrification déjà bien à l’œuvre dans les Aravis eu égard au prix de l’immobilier ? N’accentueront-t-ils pas plutôt l’exclusion sociale et la dépendance au tourisme de luxe ?
Comme La Clusaz et le secteur du Crêt pour le village olympique à Saint-Jean-de-Sixt dont Bouygues vient de remporter le marché, le village du Grand-Bornand sera en chantier dès septembre 2026 pour certains travaux et jusqu’en 2030, ce qui, outre les nuisances pour les habitants, fait craindre une érosion du tourisme.
Une réunion de la Solideo lénifiante
Nous ne nous attarderons pas sur la réunion d’information organisée par la SOLIDEO le 7 juillet. Expédiée en 1h30, elle n’a fait se déplacer qu’une cinquantaine de personnes. Son contenu était un copier-coller de la réunion publique du 24 juin à Saint-Jean-de-Sixt et s’est révélé aussi pauvre que le dossier de présentation de 20 pages qui s’apparente plus à une plaquette publicitaire qu’à un dossier de concertation. Il est téléchargeable ici https://participationcitoyenne.solideo-2030.com/fi/vzmLOrWTIRYf1/OVeI5uiydeiEF/SOLIDEO_DC_Haute-Savoie_Grd-Bornand_Web__1_.pdf .
Une restitution repoussée en novembre 2026 !!
Une fois encore, le public n’a eu que peu sinon pas de réponses précises à ses questions. Concernant la restitution de sa concertation préalable concernant le stade de biathlon (qui s’est achevée le 31 juillet 2026, la Solideo a annoncé ne pas la faire avant le mois de… novembre 2026 ! Alors que les travaux dont elle sera maître d’ouvrage débuteront en 2027.
Comme à Saint-Jean-de-Sixt, la captation vidéo de cette réunion pourtant publique était interdite, même pour la presse : les cadres de la Solideo ont beau jeu de se vanter de transparence…
Les aménagements prévus au Grand-Bornand
Opérations sous maîtrise d’ouvrage communal :
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- Aménagement du carrefour du Borne

- Aménagement du carrefour du Borne
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- Reconstruction du pont de la Broderie
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- Création d’une passerelle au Chinaillon

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- Requalification du cœur de village

Opérations sous maîtrise d’ouvrage déléguée SOLIDEO 2030 :
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- Stade de biathlon : amélioration des équipements techniques avec le prolongement du tunnel d’accès, l’extension du garage à dameuses

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- Aménagement des zones spectateurs

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- Aménagement de piste
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- Création d’une voie d’accès à la zone équipe et d’un ouvrage de franchissement du Borne (pont)

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- Prolongement de la piste, secteur de la Broderie avec de nouveaux canons à neige

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- Renforcement du réseau de production de neige
Vidéo de l’ensemble des projets ici : https://youtu.be/u8TTUYLP8j8
Questions du public lors de la réunion du 1er Juillet et réponses apportées
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- Le programme présenté est-il compatible avec les conclusions environnementales attendues du « Grand Labo » (Université Savoie-Mont-Blanc) ?
Une question jugée pertinente, mais la réponse est qu’ils vont « attendre cette restitution finale pour poursuivre la discussion ».
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- Quel est le lien entre la passerelle du Chinaillon et les épreuves olympiques?
Initialement, la résidence MMV au Chinaillon était fléchée comme village olympique (les athlètes devaient emprunter la passerelle à pied). Bien que le village ait été transféré à Saint-Jean-de-Sixt, la résidence reste utilisée pour l’hébergement du COJOP, ce qui maintient le financement de la passerelle.
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- Le prolongement de la piste olympique implique des canons à neige obligatoires, malgré la promesse de ne pas prélever plus d’eau ?
La commune restera à l’« autorisation de prélèvement actuelle ». Des arbitrages redirigeront l’eau vers le nordique au détriment de l’alpin. L’installation et la localisation de nouveaux canons ne sont pas encore arbitrées.
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- Des précisions sur la réhabilitation du lac de la Cour ?
Le lac ne sera pas agrandi. Il s’agit de réaliser une canalisation depuis le lac de la Cour pour produire de la neige au meilleur moment avec l’eau du lac du Maroly.
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- Pourquoi le biathlon paralympique à La Clusaz plutôt qu’au Grand-Bornand
Ce choix répond à un besoin de compacité et d’optimisation des coûts pour les Jeux paralympiques (moins d’athlètes). De plus, le pas de tir para est spécifique et temporaire, évitant de modifier celui du Grand-Bornand.
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- Un habitant s’inquiète des transports et de la saturation routière entre Annecy, Bonneville et les Aravis.
Les études sont lancées. Un « comité des mobilités » associant l’État, les Régions et les autorités organisatrices va être créé pour définir les articulations de transport.
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- Les risques de catastrophes naturelles (rappel du débordement dramatique du Borne) et le niveau de la plateforme de la place publique ont-ils été pris en compte ?
L’élu admet que ce n’était pas prévisionné et s’engage à recevoir rapidement l’habitant pour analyser les tenants et aboutissants de la rivière.
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- Le COJOP s’appuiera-t-il sur les compétences locales de la Coupe du monde de biathlon ou déléguera-t-il les JO à des entreprises privées ?
Les discussions sont en cours avec les experts locaux. « A ce stade, il n’est pas prévu d’appel d’offre ».
[1] Vous trouverez le document de présentation sur le site Internet de la Mairie https://mairielegrandbornand.com/wp-content/uploads/2026/07/REUNION-PUBLIQUE_pourweb.pdf.
[2] Comme on l’a vu à Saint-Jean-de-Sixt : https://librinfo74.fr/le-projet-de-village-olympique-a-saint-jean-de-sixt-beaucoup-de-questions-peu-de-reponses/
[3] Compte administratif de la commune consultable sur le site du ministère


