Jean-Marc Lebourg, l’iconoclaste de l’alimentation

Conseiller en nutrition avancée, hygiéniste et naturopathe, Jean-Marc Lebourg revient sur nos modes de consommation dans ce domaine et dénonce la mauvaise alimentation comme un poison à long terme.

Un menu qui casse les codes.

Jean-Marc Lebourg a toujours mené des recherches sur la nutrition. C’est l’astronomie, dans un premier temps, qui l’a amené à réfléchir sur la manière de mieux se nourrir. « En passant aussi par l’informatique, la biologie, j’ai cherché à comprendre l’assimilation des nutriments, pour enchaîner avec des études d’hygiéniste et de naturopathie. » Un parcours complet et original qui a débouché sur un BTS de diététicien. « On est soit médecin nutritionniste, soit diététicien. »

Pour exercer le métier de nutritionniste, ou plus précisément de médecin nutritionniste, il est obligatoire de suivre un cursus de médecine. Suite aux dernières réformes touchant le 3ème cycle de médecine, l’étudiant doit, après ses six premières années de formation en sciences médicales, suivre un DES Endocrinologie, Diabète et Nutrition, ce dernier remplaçant le DES Endocrinologie, Diabétologie et Maladies métaboliques (DES : Diplôme d’Études Spécialisées).

Jean-Marc remercie sa mère pour l’avoir intéressé à la nutrition. « J’aime tout ce qui se rapporte à la nature, à l’écologie. »

 

Quelle différence entre alimentation et nutrition ?

On utilise le terme nutrition dans un but thérapeutique, alors qu’alimentation se rapporte à « se nourrir ». Et de s’enflammer contre la notion de régime. « On est tous faits pour manger la même chose. Il faut plutôt retrouver une manière naturelle de s’alimenter. »

 

Que dire, par exemple, à une personne obèse ?

« Il convient de lui réapprendre à manger correctement, à prendre le temps de mastiquer les aliments. Cela s’avère parfois difficile à appliquer dans le monde pressé. Il faut savoir observer les règles naturelles adaptées à cette vie moderne. »

La pédagogie est évidemment primordiale pour arriver à ces fins.

 

Remontée au néolithique

Jean-Marc Lebourg explique qu’avant, l’homme était cueilleur-chasseur. Il y a 10 000 ans, un changement s’est opéré avec la sédentarisation. « L’artifice est alors apparu avec les cultures de céréales, la mise en farine et surtout la cuisson. Le problème c’est que notre corps n’était pas habitué. Et puis la civilisation est arrivée là-dessus avec des moyens nocifs. »

 

La cuisson est mauvaise pour l’organisme

On se rend compte de nos jours, grâce à la connaissance scientifique, que la cuisson est mauvaise pour l’organisme. « On peut continuer à cuire, mais de manière douce. Le repas peut s’entamer par des crudités qui protègent contre les méfaits de la cuisson. » Il dénonce au passage le sacro-saint barbecue du dimanche estival. « C’est catastrophique pour notre digestion. »

On enchaîne sur les produits laitiers qu’il faut éviter en se tournant de préférence vers les fromages et lait crus, avec une prédilection pour les brebis et chèvres. En Haute-Savoie, on ne manque pas de cru.

 

Manger cru

Autre évitement, les céréales modernes. « Ce sont des monstres qu’on ne sait plus digérer. C’est la porte ouverte aux maladies. Quant à la viande tant décriée, eh bien on peut en manger sans problème. » Cela va contre la rumeur de sa surconsommation? « C’est ce qu’on en fait qui est mauvais. Elle est mal mastiquée, la cuisson n’est pas bonne et l’élevage est à reconsidérer. Écologiquement, je suis d’accord qu’il faut diminuer sa consommation. Mais côté nutritionnel, je ne suis pas d’accord pour sa restriction. L’anatomie n’est pas le critère pour déterminer l’alimentation d’une espèce. Contrairement à ce qui est affirmé, notre intestin est adapté à la consommation de viande, mais bien cuite. Ceci dit, la viande crue est meilleure que cuite. Le fait de mélanger les aliments nous trompe sur les sens olfactif et du goût. »

 

Et le poisson ?

« C’est très bien en consommant des petits poissons (sardines, anchois, maquereaux). Les gros poissons sont pollués par la chaîne alimentaire. Cela pose évidemment un problème écologique. » Attention à la pêche toujours plus loin, toujours plus profond, toujours plus petit.

 

Vivre 120 ans en mangeant mieux

Mais est-ce qu’on ne se torture pas trop l’esprit ? On rencontre des gens qui ont 90, 95 ans et qui sont bien arrivés là en se nourrissant sans nutritionniste ?
« Cela ne veut pas dire qu’ils sont en bonne santé. Ils seraient en bien meilleure santé en ayant pris des précautions. On peut viser les 120 ans aujourd’hui grâce à une alimentation adaptée. »

Selon Jean-Marc Lebourg, on obtient de très bons résultats avec une alimentation naturelle. « Le docteur Seignalet était un pionnier dans ce domaine. » Clinicien, biologiste, maître de conférence, chercheur, le docteur Jean Seignalet s’est intéressé à la nutrition en 1985, date à laquelle son régime est mis au point. Les nombreux patients volontaires, ses multiples aptitudes médicales et sa conception « globale »du corps humain, lui ont permis d’identifier les mécanismes qui provoquent de nombreuses maladies chroniques d’origine inconnue.

Et d’appuyer ses travaux. « Jusqu’au 20è siècle, on a constaté que ces maladies ont cru en exponentiel avec la mauvaise alimentation. Contrairement à la pollution, contre laquelle notre corps se défend, ce n’est pas le cas pour la nourriture. Il faut une vie sportive, saine. La sueur élimine les toxines (sauf pour les aliments cuits). »

 

Et le bio dans tout ça ?

« Il est préconisé par rapport à l’environnement (pas de pesticides), la richesse des aliments bio en ce qui concerne les nutriments. Ils nourrissent mieux et sont moins transformés, de meilleure qualité. On trouve de plus en plus de cantines bio, mais il y a encore beaucoup de travail. Cependant de plus en plus de gens sont convaincus. »

 

Tant qu’on y est on parle du sucre, du sel et du pain.

Jean-Marc Lebourg n’est pas pour l’ajout de sucre, de surcroît le blanc, dans les aliments. « Le seul qui est bon pour l’organisme est le miel. Naturel, il est écologique et favorise en outre l’apiculture. » Alors, à quand un petit café au miel ?

Quant au sel, sa préférence va au gris, non raffiné, mais il n’est pas utile d’en mettre.

Et le pain ? À supprimer ! Car on utilise le blé, bio ou pas. « Pour moi, le blé, c’est de l’OGM. »
Devant la cascade d’affirmations contraires à la pratique générale, que faire ?

« Éduquer. Ça devrait commencer par l’école où on applique les données nationales : cinq fruits et légumes par jour. Ça n’a pas de sens. Ça ne veut rien dire. » Vlan ! Encore un pan des habitudes ou préconisations qui vole en éclat. Comme aussi « le gras qui ne fait pas grossir. »

 

Tous les naturopathes parlent-ils la même langue ?

« On se rejoint sur l’alimentation hypotoxique (régime Seignalet), surtout en cas de maladies auto-immunes. C’est à dire sans laitages animaux, sans blé ni maïs, sans cuisson excessive (à la vapeur) et avec des aliments de qualité. »

 

Selon Jean-Marc Lebourg, une journée alimentaire type ne se déroule pas nécessairement avec trois repas.

« Le petit-déjeuner peut se passer… sans café, en mangeant un fruit, de la viande.

Le midi, choucroute crue et un carré de chocolat noir,

Le soir tartare de légumes crus.  Il ne faut pas avoir peur de s’ouvrir à une autre alimentation. Le goût s’éduque et on peut casser le codes. »

« La vieillesse tordue n’est pas une fatalité. L’espoir est là, car en vingt ans, les choses ont évolué en laitage, en cuisson. La malbouffe est montrée du doigt. »

Auteur: Loïc Quintin

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