« J’ai rendu visite à Georges Ibrahim Abdallah, le plus vieux prisonnier politique d’ Europe. » Un témoignage de J. Lavy.

Manifestation de soutien à Georges Ibrahim Abdallah, devant sa prison, en 2016.

« Franchies les lourdes grilles, les imposantes portes de fer du centre pénitentiaire de Lannemezan, c’est au parloir, un local exigu où l’on se serre autour d’une petite table de jardin, que j’ai rencontré le 5 septembre 2018, un homme debout, libre et d’une extraordinaire force physique et mentale.

Nous avons échangé longuement sur la vie en prison, le proche-Orient et les pays de l’arc arabe, l’internationalisme, le nécessaire soutien à apporter aux prisonniers palestiniens – mineurs, femmes, leaders politiques… et bien d’autres sujets. Le lendemain, la visite s’est poursuivie avec des militants du Collectif de Tarbes pour la libération de Georges qui lui rendent visite régulièrement.

Georges est un détenu cultivé, curieux, accueillant et bienveillant, un homme qui continue le juste combat pour son idéal de révolutionnaire communiste internationaliste et pour la lutte contre l’impérialisme et le sionisme. Ce résistant embastillé, prisonnier exemplaire, se bat pour la justice sociale, l’émancipation des peuples et la libération de la Palestine sans jamais renier ses idées et son engagement.

Georges entamera sa trente-cinquième année derrière les barreaux, le 24 octobre prochain.

Qui est Georges Ibrahim Abdallah ?

Il est né le 2 avril 1951 dans le nord du Liban. A partir de 1975, son pays est plongé dans une guerre civile confessionnelle qui a forgé sa conscience politique. Il est le cofondateur, en 1979, des «Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises », un petit groupe marxiste anti-impérialiste.

Le 6 juin 1982, le Liban est envahi par l’armée israélienne avec la complicité des puissances occidentales. La guerre fait des milliers de morts parmi les civils. Les 16 et 17 septembre 1982, les phalangistes chrétiens libanais, sous le regard bienveillant des militaires israéliens, massacrent 5000 civils, principalement des femmes et des enfants, dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila. En réponse à cette barbarie, les combattants libanais et arabes portent alors la guerre contre le sionisme et l’impérialisme dans le monde. Les Fractions armées révolutionnaires libanaises se revendiquent comme mouvement de résistance.

Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, Georges Ibrahim Abdallah est condamné à perpétuité, en 1987, par la Cour d’assises spéciale de Lyon pour « complicité d’assassinat » par les FARL, à Paris, du lieutenant-colonel Ray, attaché militaire adjoint des USA en France, et de Yacov Barsimentov, conseiller à l’ambassade d’Israël. Les États-Unis se sont constitués partie civile.

Georges Abdallah, cet ancien instituteur a déclaré devant ses juges : «« Je suis ici, Messieurs, pour vous demander simplement de bien vouloir laver vos mains maculées de notre sang et du sang de nos mômes, avant de prétendre nous juger, car celui qui accepte de fouler aux pieds le sang de vingt-cinq mille morts tombés au Liban lors de l’invasion impérialo-sioniste de 1982 ne peut qu’être le complice direct de Reagan et de Begin dans leur guerre d’extermination contre notre peuple. Je suis un combattant pas un criminel ». Il a ajouté « La voie que j’ai suivie m’a été imposée par les atteintes aux droits de l’homme perpétrées contre les Palestiniens »

Le procès a souffert de nombreuses irrégularités. Pendant plusieurs années, son premier avocat, Jean-Paul Mazurier, n’étant autre qu’un agent des services spéciaux… Le patron de la DST de l’époque, Yves Bonnet, a déclaré, en 2012, à La Dépêche du Midi « J’ai un problème de conscience  dans cette affaire ». On a parlé de « vengeance d’Etat ». Les « preuves » contre Abdallah ont été fabriquées de façon rétroactive par les services de renseignement français, américain et israélien.

Selon la loi française, Georges Abdallah est libérable depuis 1999. La défense de Georges Abdallah a déposé neuf demandes de libération conditionnelle. A deux reprises, la justice française a estimé que Georges Abdallah pouvait être libéré à condition qu’il soit expulsé vers son pays, le Liban . Les États-Unis se sont systématiquement opposés à toute libération, même conditionnelle, de Georges Ibrahim Abdallah et ont, à chaque fois, obtenu satisfaction du pouvoir français.

La dernière exigence du département d’État américain remonte à avril 2014, sous la présidence de Barack Obama, lorsqu’il est intervenu auprès du gouvernement français pour empêcher la libération et le retour au Liban d’Abdallah. Le premier ministre Manuel Vals s’est empressé d’obtempérer et a refusé de signer l’arrêté d’expulsion! L’avocat de Georges Abdallah, Jean-Louis Chalanset, a déclaré à cette époque: « L’atteinte à la séparation des pouvoirs (était) flagrante (…). Une nouvelle fois, les États-Unis ont imposé au gouvernement français leur volonté de se venger ». Et à l’époque, l’Humanité écrit : « Washington a gagné, sous les applaudissements de Tel-Aviv (…). Le procès Abdallah a été de bout en bout piloté pour et par une puissance étrangère. »

Le 31 mars 2016, Jean-Claude Urvoas, l’ancien ministre de la Justice d’un gouvernement dit « socialiste », a osé déclarer sur France Inter: « Nous avons la peine perpétuelle réelle avec Georges Ibrahim Abdallah » réinstaurant une sorte de peine capitale en condamnant Georges Ibrahim Abdallah à demeurer « en prison en France sans avoir de perspective de sortie »,

Il est grand temps de mettre un terme à cette injustice : 35 ans ça suffit !

Face à l’enfermement, quelques mots suffisent pour apporter un peu de soleil. Pour écrire à Georges…

Monsieur Georges Ibrahim ABDALLAH,

numéro d’écrou 2388/A221

CP de Lannemezan

204 rue des Saligues

BP 70166

65307 LANNEMEZAN

 

Le Collectif Justice pour la Palestine Annecy (justice.palestine@gmx.com) demande la libération de Georges Abdallah.

Appel de la campagne 2018 « (…) Ce combat s’inscrit pleinement sur le terreau des luttes actuelles. C’est le combat des révoltes justes et légitimes de celles et ceux qui s’opposent à l’offensive capitaliste et à ses guerres impérialistes de pillage. C’est le combat de toutes celles et ceux qui font face à la violence répressive d’Etat, qui s’abat sur eux pour tenter de les bâillonner, que ce soit dans la rue, dans les quartiers populaires ou pour les militants politiques et syndicaux. Ce combat de toute une vie est aussi le nôtre ! (…) »

A l’appel de tous les collectifs de soutien, une manifestation nationale se déroulera devant le centre pénitentiaire de Lannemezan, le samedi 20 octobre 2018 (départ à 14 heures devant la gare). L’objectif est d’être le plus nombreux possible. »

Jacqueline Lavy. ( Membre du Collectif Justice pour la Palestine Annecy)

 

Auteur: jefdelhaye

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