Une loi européenne inhumaine contre la brucellose

Mis à jour le 18 décembre 13h12

Il en a fallu du courage à cet éleveur haut-Savoyard, quand le couperet brutal de la Préfecture est tombé leur demandant d’abattre les 220 vaches de leur troupeau alors qu’une seule est porteuse saine de la brucellose*.

Pour Éric et Maryse, leurs vaches de race abondance ne sont pas de simples « machines » à produire du lait. Ce sont des animaux qu’ils aiment, qu’ils choient, qu’ils soignent. Un troupeau familial qu’ils ont réussi à entretenir et à protéger depuis plusieurs générations : « On s’est engagé à avoir des bêtes en bonne santé » explique le père d’Éric.

La vache « infectée » a été abattue. Les deux veaux qu’elle portait ont été testés négatifs comme tout le reste du troupeau.

 

Les bouquetins du Bargy montrés du doigt

Comme le troupeau occupe régulièrement l’alpage du Bargy, de toute évidence, la présence de la brucellose dans le troupeau des caprins est à l’origine de l’infection de la vache.**

La FDSEA et les jeunes agriculteurs demandent l’abattage de tous les bouquetins du Bargy. Une solution qui semble illusoire car tirer avec des armes à feu par hélicoptère sur le troupeau aura pour effet de disperser les bouquetins qui transmettrons la maladie dans d’autres vallées.

Un point de vue que partage l’éleveur. Celui-ci demande aux autorités préfectorales de prendre les mesures adéquates pour éradiquer la maladie :  » Ce n’est pas à nous à trouver des solutions. Nous, on élève des vaches et on continuera à les emmener en alpage ». On est propriétaire des alpages, et les bouquetins sont dessus. Mais nous, on est au courant de rien. On voit bien passer des représentants de l’office de la chasse, des vétérinaires, mais personne ne se présente, personne demande l’autorisation de passer. On a appris par hasard qu’on était sur la partie la plus infectée de l’alpage. »

Remonter en alpage, ne fait aucun doute pour l’éleveur :  » On a pas le choix, mais il faudra bien qu’ils se débrouillent pour enlever cette maladie. Le bouquetin, c’est une belle bête, mais certains croient que la maladie disparaîtra d’elle-même. C’est complètement faux ! »

 

Un élan de solidarité.

De toute part, une solidarité s’est exprimée en faveur des éleveurs dont le troupeau sera abattu. Une solidarité venue du monde agricole – la FDSEA des Savoie, les Jeunes agriculteurs, la confédération paysanne 74 – mais aussi de citoyens indignés par une telle décision imposée par une loi européenne qu’ils considèrent « dépassée et archaïque. »

Pour empêcher le départ du troupeau à l’abattoir qui était prévue les 14 et 15 décembre, des paysans, principalement locaux, sont venus avec les tracteurs manifester leur colère devant l’exploitation agricole.

 

Le Préfet mal à l’aise

Éric explique que des échanges avec les services vétérinaires et la Préfecture ont permis de repousser la date de l’abattage  : « Le Préfet semblait comprendre notre désarroi, mais il nous a expliqué qu’il était contraint d’appliquer la loi européenne relative à la brucellose. Il a accepté de repousser l’abattage du troupeau aux alentours du 10 janvier. »

 

Une loi à réformer

C’est ce que demande Coralie Amar, vétérinaire de terrain, très proche des éleveurs, qui s’élève contre cette loi ancienne, sclérosée, entretenue par des technocrates incapables de se mettre à la place du monde paysan.

 

 

* provoquée par des bactéries appartenant au genre Brucella.

** Plusieurs hypothèses.  Selon le ministère de l’agriculture, la maladie peut-être transmise par les équidés, les chiens. et d’autres ruminants. L’éleveur avance la possibilité que l’herbe broutée par son troupeau peut être infectée par le passage des bouquetins.

3 commentaires

  1. Je connais un Castex positif à la covid 19, je préconise d’abattre tout le troupeau.

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  2. Même si le nom de la maladie pourrait faire penser à Bruxelles!, en fait la réglementation est internationale sous couvert de l’OIE (organisation internationale de santé animale). En l’occurrence l’Union Européenne ne fait que transcrire des règles qui permettent d’obtenir le statut indemne pour un pays, ce qui lui permet d’exporter des animaux vivants plus largement.Critiquer l’Europe alors que les 27 pays n’ont pas tous ce statut est inapproprié, car c’est bien la volonté française de faire un large commerce international qui lui impose d’appliquer cette réglementation.

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    • La brucellose est une maladie de répartition et d’importance mondiales. Seuls quelques pays du nord, du centre et de l’est de l’Europe (France, Grande-Bretagne, pays scandinaves, Pays-Bas, Belgique, Autriche, Suisse), le Canada, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande en sont indemnes chez les ruminants. En Europe, les pays méditerranéens et les Balkans sont encore affectés par cette maladie.L’Italie et l’Espagne ont obtenu le statut indemne pour quelques régions administratives.

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