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Qui est fasciste ?


Aujourd’hui, surgit le débat sur la montée de l’idéologie d’extrême droite. Suggéré par un de nos lecteur, nous publions un article de Jacques Fradin paru le 4 novembre 2019 dans l’excellente revue lundi matin (voir description sur wikipedia)   On en profite pour vous conseiller le livre de « Ugo Palheta » « La possibilité du fascisme, Éditeur « La Découverte »

 

ARTICLE DE JACQUES FRADIN

« Depuis quelque temps, et sur le thème
 du retour aux années 30, se développe un 
débat sur le fascisme. Précisément, 
posant les questions : qu’est-ce que le
 fascisme ? Ou, qui est fasciste ? » Jacques
 Fradin nous fait part de son analyse sur le
 sujet en rejetant les approches qui
 traitent le fascisme comme une 
possibilité à venir ou événement du 
passé. Selon lui : « Le fascisme est
 toujours présent, non pas comme 
possibilité dystopique et à venir, mais 
comme état toujours présent toujours
 agissant.

» De Macron à l’économiste 
Pierre Cahuc en passant par Guillaume
 Pepy, il s’agit alors de comprendre : « qui
 est fasciste ? » et comment le fascisme 
opère, ici et maintenant.

Très récemment Médiapart a consacré une
 série d’articles à ce sujet :
 Les signaux faibles du fascisme, Joseph 
Confavreux, 18 octobre 2019. Et un Entretien avec Robert Paxton, 
Mathieu Magnaudeix, 30 octobre 2019.

Inutile de présenter Robert Paxton (lire l’analyse de Wikipédia qui donne une information plus nuancée sur la vérité historique donnée par Paxton dans son livre « La France de Vichy ». Robert Paxton a reconnu avoir été trop sévère sur la participation, bien réelle, de la déportation des juifs sachant que Laval a essayé de protéger les juifs français), qui a 
beaucoup apporté pour que l’on comprenne 
le fascisme à la française (voire La France
 patrie du fascisme), ce fascisme qui a fini
 par être agrégé, dans l’État Français, mais
 qui dépasse de loin cet épisode, comme le 
montre l’Affaire Papon.

L’ouvrage de Paxton, Le Fascisme en 
Action, Typologie des mouvements 
fascistes, est, pour nous, aussi important 
que sa participation à l’ouvrage collectif
 sous la direction de Michel Dobry, Le
 Mythe de l’Allergie française au fascisme.
 Deux ouvrages récents relancent un débat
plus ancien :
Enzo Traverso, Les Nouveaux Visages du
Fascisme. Et, très récent : Ugo Palheta, La Possibilité
du Fascisme.

Nous allons ici tenter de faire
 comprendre, ou simplement entrevoir, que 
le fascisme n’est pas une simple possibilité 
à venir, mais qu’il est déjà là, et, sans doute,
 depuis un long temps déjà ; non pas une
 possibilité, mais une dimension
 souterraine de ce qui s’auto-désigne
« démocratie ».

Mais pour ne pas avoir à rivaliser avec des
 ouvrages savants et longs, nous
 n’examinerons qu’une question explosive :
 Macron est-il fasciste ?
 Ou, pourquoi peut-on affirmer que Macron 
est fasciste ?

« Macron le fasciste » sera l’hypothèse que
 nous testerons.
Et, pour effectuer ce test, nous allons 
devoir transformer l’analyse du fascisme.
 D’abord en passant de 
l’historiographie, la notion de fascisme 
étant la propriété des historiens, à la
 théorie. 
Ceci n’étant pas une nouveauté (pas du
tout), puisque les émigrés allemands aux
États-Unis, les émigrés juifs allemands,
 mais pas seulement, après 1935-1940, 
émigrés qui se sont donné pour mission, 
pour vocation, de comprendre le fascisme
 (et sa forme extrême, le nazisme), ces 
émigrés intellectuels (philosophes ou 
écrivains) ont eu la (mauvaise) surprise de
 découvrir que les traits analytiques qu’ils
 posaient comme étant caractéristiques du
 fascisme (violence institutionnelle ou 
légale, idéologie matraquée par une 
propagande quotidienne, racisme ou
 xénophobie, respect formel de l’État de
 droit, démultiplication de la surveillance
 voire des services secrets de police ou
 autre, etc.), ces traits idéaux étaient, le
moins qu’on puisse dire, pertinents pour
 décrire ces États-Unis, qui se proclamaient
 (propagande) la meilleure des
« démocraties ».

Analyse structurale : pas question de dire
 que tel ou tel chef (style Trump) était 
populiste, démagogue, menteur, etc., mais
 nécessité de dire que la structure politique
 (dont nous venons de résumer les traits
 caractéristiques) des dites « démocraties »
était analogue à celle des pays dits
 fascistes.
 On doit se souvenir des combats 
idéologiques des années 60 : on devrait
 savoir que la critique de la société des 
États-Unis (avec ses Républicains), de 
l’Allemagne Fédérale (d’Adenauer) et de la
 France colonialiste (de Mollet à De Gaulle),
 après 1945 et jusqu’à 1968, était une reprise
de l’ancienne analyse du fascisme produite 
par les émigrés allemands aux États-Unis.
 Et disons le fortement : si l’analyse actuelle 
du fascisme est si limitée (à une
historiographie rigoriste) c’est parce que 
nous nous situons dans un moment contre-
révolutionnaire (au moins proto-fasciste, le 
fascisme ayant toujours partie liée à la 
révolution comme son négatif) où tout est 
essayé pour effacer « le communisme », de 
la Libération à 68. 
Car si le fascisme est un anticommunisme,
il n’est qu’un petit élément
 de cet anti-communisme.
 Pour quelqu’un de la génération de 
68 et de la critique de l’Allemagne
 d’Adenauer ou de la France de De Gaulle,
 ceci, que le fascisme est un descriptif 
adéquat de « la démocratie », ceci était une
 évidence partagée par tous les groupes 
communistes combattants ; évidence qui
 sera théorisée par le couple discipline /
contrôle et par l’idée de société de contrôle.
 Il faut absolument lier le fascisme au
 contrôle ; même si le fascisme historique 
expérimental ne disposait pas des moyens
 techniques de surveillance dont dispose
 désormais la plus banale des
« démocraties ». Et pour réveiller les mémoires atrophiées 
par 40 années de contre révolution, ne
 renvoyons qu’aux études essentielles sur
« la personnalité fasciste », ne renvoyons
 qu’à Reich ou à Marcuse ; plutôt qu’à
Hannah Arendt, plus à la mode en notre 
sombre époque réactionnaire (au moins
proto-fasciste).

Que signifie ce passage de l’historiographie 
étriquée, descriptive, typologique, atteinte
 par le fétichisme du passé (à ne surtout pas
 déplacer) – l’historiographie est un socle
 indispensable, mais combien insuffisant –
 que signifie ce passage de l’historiographie
 à la théorie politique ?
 En partant des traits principaux qui
 décrivent le fascisme historique, en posant
 que les modèles idéal typiques de ce 
fascisme sont la France, l’Espagne et le
Portugal, en déflatant l’Italie, à l’origine du
 nom, et surtout l’Allemagne nazie, nous
 découvrons vite que ces traits n’ont rien
 d’exceptionnels et qu’ils décrivent un
 ensemble de réalisations, ensemble qui
 s’est prolongé bien après guerre, après la 
défaite supposée (et surtout proclamée) du 
fascisme. Parlons de l’Espagne ! Mais 
parlons aussi de l’Allemagne Fédérale, de
 la France (de l’amnistie des
« collaborateurs » et de l’amnésie d’État,
 toujours Papon) et des États-Unis 
protégeant le « sudisme », la forme locale
 du fascisme.
 Nous renvoyons toujours à ce qui était sens 
commun vers 1965 et la guerre du Viet
Nam.
 Ces traits caractéristiques (violence 
institutionnelle ou légale, idéologie 
matraquée par une propagande 
quotidienne, racisme ou xénophobie,
 respect formel de l’État de droit,
 démultiplication de la surveillance voire
 des services secrets de police ou autre, etc.) 
permettent de décrire une histoire longue 
contre-révolutionnaire ou anticommuniste.
 Si la société se caractérise par la
guerre civile permanente, non pas la guerre
  de tous contre tous, mais ce qui était,
 autrefois, justement vers 1965, nommé 
guerre de classe, si l’État se maintient par
 la guerre civile et, donc, maintient la guerre
 civile, la maintient, la tient, la contient, 
l’agite comme menace, comme opération 
coloniale (dragonnades et carnages) qu’il 
peut à tout moment déclencher sans
 déclaration, pouvoir d’exception, alors 
l’éther politique est celui du conflit civil
 violent et l’histoire politique suit les
 méandres de cette guerre permanente, plus
 ou moins froide ou chaude.
 La violence est à la base de l’ordre, de la 
mise en ordre.
 Et ceux qui réclament l’ordre d’abord, 
l’obéissance avant, justifient les violences.
 Violences modulables depuis la menace,
 jusqu’à l’intervention policière et judiciaire
 et jusqu’au déferlement, état de siège, état
d’urgence, couvre-feu, etc.
 La violence, donc, qui semble un trait
 caractéristique du fascisme est bien
 partagée ; ne citons que les grandes dates
 de l’histoire française : 1848, 1871, 2018.
 L’écrasement de la Commune de Paris lors
 d’une opération militaire de style colonial
 (sous le regard des occupants allemands)
 n’est-ce pas déjà du fascisme ? Et qui
  permet la république !
 Comme l’Espagne est un royaume restauré 
par la grâce de Franco !

La violence légitime de l’institution (qui 
cherche à se maintenir), voilà le socle du 
fascisme, voilà ce qui rend le fascisme 
insubmersible.
 Glissons alors vers le milicien qui prétend 
réprimer au nom du droit, au nom de l’État
 de droit.
 Évidemment toute répression est
 légale (par construction auto-justifiée :
 circularité de la violence étatique). Mais
 cette légalité n’a aucun autre sens que 
celui d’une domination sans cesse à
 réassurer ; et la constitution des faisceaux
 fascistes de miliciens n’est qu’une
 réassurance parmi d’autres, sans doute de
 dernière instance (au sens
 psychanalytique mobilisé par Althusser –
l’inconscient « démocratique » ou
 républicain).
 L’amour de l’ordre et de la discipline ; l’idée
 qu’il est impossible de vivre sans ordre,
 impossible de vivre sans ! Le légitimisme
 foncier d’anciennes cibles des missions
 religieuses : voilà le terreau de l’autorité, de 
l’autoritarisme, de l’ordre républicain et de 
toute dictature.
 C’est l’esprit foncièrement anti-démocrate
 ou a-démocrate, à la fois des oligarchies
 ploutocrates et de leurs obligés (les 
citoyens obéissants), qui est à la source du 
fascisme ; l’esprit militarisé des
 personnalités grégaires (en mal
 d’agrégation).
 Deuxième trait caractéristique du 
fascisme, mais bien partagé par tous les 
régimes d’ordre, de droite ou de gauche : la
 légitimation et la propagande, la
 légitimation par la propagande.
 Le gouvernement autoritaire, ou à tendance 
autocratique monarchiste ou 
technocratique, énonce toujours que son
action, discipline, répression, contrôle, est
 légitime. Et cette légitimité s’appuie sur un
 immense appareil de propagande ; 
appareillage dont l’objectif est de faire 
croire que l’ordre établi est le seul possible 
(TINA crie l’appareil). 
Le pouvoir est d’essence religieuse : il
 repose sur la croyance, sur des rituels, des 
défilés, des habitudes – cela vaut pour
 n’importe quel pouvoir, républicain ou
 fasciste.
 Nous savons que le Second Empire de
 Napoléon le Petit, une des sources vives du
 fascisme, avait théorisé l’usage de la
 propagande, l’usage de « la presse libre ». 
Propagande qui pouvait marteler que 
l’Empereur, ou n’importe quel roi
 républicain, était ÉLU, était l’élu ! Était le 
représentant légitime désigné par
l’élection et confirmé, si besoin, par 
référendums.
 En camouflant la technique électorale,
 charcutage, choix biaisés, et toujours le
 matraquage publicitaire (qui peut dépenser 
le plus gagne !) : les slogans !
 Penser par slogans, par mots d’ordre (sous 
le titre : tout le monde doit comprendre !), 
empêcher toute réflexion, pratiquer 
l’enfumage, le mensonge désinhibé,
 contrôler la pensée, ne voilà pas un trait 
bien commun dont le fascisme n’est qu’un
 révélateur, le révélateur du mode commun
de gouvernement par l’interdiction de 
penser (autrement que ne le décide le
 gouvernement, l’économie obligatoire par
exemple), mode commun hérité des 
théocraties ; la haine de la pensée qui 
soutient la haine de la démocratie.

Arrive alors un troisième trait
 partagé : le mensonge, le bagout
 publicitaire (à la Trump), le secret, le 
bidonnage ; regardons l’empilement des
« lois » (scélérates) pour protéger le secret :
 n’est-ce pas une échelle pour accéder au
  fascisme ?
Et qui dit secret dit services secrets ! Quelle
 république se passe d’une surveillance
s tyle RG : de l’information nécessaire, diton
!
 Ou se passe d’un empilement de services 
(tous plus secrets les uns que les autres) de
 surveillance ?
 Un signe indubitable de la pénétration 
générale de l’esprit fasciste est bien
 l’accoutumance à la surveillance ;
 n’importe quel vigile peut exiger une
 fouille complète ; ne parlons même pas des
 aéroports et de la paranoïa qui y règne.
La paranoïa ! Trait de personnalité fasciste
 (qui dicte la xénophobie ou le racisme à la
Sarkozy) ; trait caractéristique de la société
 américaine.
 Qui s’inquiète de la surveillance 
électronique universelle (style NSA) ? Ou 
s’interroge sur le développement des
 logiciels d’espionnage et des startups
 dédiées ? Ou des caméras à 
reconnaissance faciale ? N’est-ce pas du
 fascisme technicisé ? Surveillance
 totalitaire, Stasi, aurait-on dit ! 
Et pourquoi ce qui est visiblement un
 héritage, que l’on a fait fructifier, un 
héritage direct des régimes expérimentaux
 de surveillance globale – le fascisme
 historique doit être considéré comme un
 régime expérimental, comme une
 expérience qu’il a fallu corriger mais
 jamais rejeter, les gouvernements dits
 démocratiques héritant d’un savoir-faire
 inoubliable – pourquoi cet héritage n’est-il
 jamais considéré pour ce qu’il est : 
violence, peur, terrorisme d’État ? 
Parce qu’un voile de mensonge (et
  d’ignorance et de propagande) transforme 
notre vision brute des actes de violence, de 
surveillance ou de mensonges éhontés, en 
regard Disney, nous devenons des
« somnambules » guidés par des voix 
enjôleuses.
 La prétention démocratique !
 Nous sommes en démocratie !
 Et ce mensonge martelé agit comme une
 drogue hallucinante.
  Mais quel « conducteur » n’est pas élu ?
Voire est l’élu !
 Quelle dictature ne résulte pas d’élections
 ou ne s’appuie pas sur des élections ?
 Y a-t-il des États sans droit ? Sans État de
 droit ?
 Même l’intervention la plus arbitraire se 
légitime d’un droit !
 Qu’est-ce qu’une justice indépendante ?
 Les juges nazis n’ont-ils pas été
reconduits ? Comme les policiers français 
lors de la grande amnistie (qui conduisit 
les maquisards résistants, terroristes, en
prison, après « la libération » !)
 Existe-t-il des actions policières illégales ?
 Ou hors la loi ? Et de quel droit parle-t-on ?
 Il faut un vaste régime néo-religieux, 
réactivant les plus infantiles soumissions
 (à une religion de tradition familiale), pour
 permettre ce somnambulisme : toute
 république (qui se prétend démocratique)
 comme tout régime d’ordre (plus ou moins
 durci) exigent des légions de somnambules 
(des zombies !) – le légitimisme sans 
pensée, voilà une clé du fascisme et de tout 
gouvernement ; l’interdiction de penser, le 
dressage intellectuel, la lutte contre la
culture critique, voilà une autre clé 
commune.

Résumons : dans une série de textes
 estivaux, pour agrémenter le pastis à la
 plage, nous avons introduit le concept d
e DESPOTISME [1].
 Le Despotisme recouvre des formes
 variables et diverses de gouvernement :
 de ce qui se prétend démocratie ou 
république, etc., république monarchique
 autoritaire ou technocratique et glissant
 vers le policier sécuritaire ;
 puis la quasi dictature, avec l’État 
d’Urgence permanent, jusqu’au fameux
 fascisme des historiens.
 Il faut donc parler en termes de de spotisme
 incluant le fascisme comme un état de ce
 despotisme ; mais il faut parler de la
 république de la même manière, comme un
 état du despotisme.
 Ce qui permet de dire : le fascisme n’est pas 
une possibilité à venir, c’est une actualité
permanente, un état du despotisme, 
despotisme qui est le régime évolutif et
  variable dans lequel nous sommes jetés.
Les formes variables du despotisme ne 
sont pas exclusives ; toujours la discipline 
soutient le contrôle, avec des mélanges 
opportunistes : un gouvernement dit 
démocratique d’extrême centre peut 
soudainement se transporter à la droite 
extrême en ressuscitant les techniques 
fascistes, les milices par exemple.
 Les états du despotisme, république 
parlementaire, technocratie, état de police, 
peuvent se convertir les uns dans les 
autres, les uns avec les autres, selon 
l’opportunité et les circonstances ; une soi disant 
démocratie peut devenir du jour au 
lendemain un état policier, et ce, par la 
grâce d’un gouvernement « de gauche »,
 d’un gouvernement « socialiste »,
mollétisme appliqué ! Ou blairisme
 d’opportunité !
 Et de telles mutations internes, plus ou
 moins accélérées, peuvent se produire sans
 que personne n’y voit goutte ou n’y trouve à
 redire. La prégnance du fascisme est telle
 que tout esprit démocratique (ou de
 résistance) est pulvérisé. Le mouvement t
récent, dit de dé-démocratisation, vers
 l’autoritarisme sécuritaire est à la fois bien
 documenté (lire Wendy Brown) et, en
 même temps, ignoré, dénié. 
Disons alors, pour insister :
 entre la soi-disant démocratie ou la
 république ploutocrate avec ses
 technocrates corrompus, et le dit fascisme
 historique, il n’y a pas de différence de
 nature, il n’y a qu’une différence de degrés 
dans le chemin vers l’autoritarisme.
  Ce ne sont pas les fascistes désignés par le
 pouvoir, en un geste fasciste, qui menacent
 (dans l’à venir), ce sont les technocrate s
armés (et enfermés dans leur idéologie) qui 
non seulement menacent mais exécutent
 (aujourd’hui).
 Il n’a jamais existé, sauf dans La Voie Pauvre, moment
 révolutionnaire, de démocratie véritable. 
Et c’est l’insurrection de ces moments 
démocratiques, car il n’y a de démocratie
 que par l’insurrection [2], qui explique la
 réaction contre-révolutionnaire, 
l’amplification des moments
r évolutionnaires « communistes »
conduisant au durcissement de la 
répression, des ratonnades coloniales à
 l’extermination militaire et au fascisme.
 Au fascisme comme état interne du 
despotisme, non pas comme possibilité 
externe.
 Le noyau du fascisme est à trouver dans
 l’anti-communisme ; mais cet anticommunisme 
caractérise toutes les formes 
possibles du despotisme et, donc, n’est pas 
spécifique au fascisme. Ce noyau fasciste 
est bien commun aux dites démocraties 
parlementaires autant qu’aux régimes
 militaires de redressement moral.
 Comme ce qui caractérise le despotisme
est le rejet dégoûté de toute démocratie (ou
 de toute forme insurrectionnelle) il est 
normal que l’on retrouve partout, dans tous
 les états du despotisme, la lutte contre la
 démocratie ; qui se confond avec la lutte
 contre le communisme.
Alors Macron est-il notre nouveau 
Franz von Papen ? Ou notre nouveau
Thiers ? Qui n’a pas besoin du fascisme (au 
sens ordinaire), qui peut même prétendre 
le combattre, tout en adoptant une posture
 autoritaire technocrate racialiste, parce
 qu’il est habité par la foi révolutionnaire
 (de la révolution conservatrice), parce qu’il 
est porteur d’une idéologie générant la
 violence. 
Macron est donc un fasciste, disons un
pétainiste. Seulement déguisé ! 
Si le terme fascisme est peut-être
 adapté à un point de vue descriptif
 historiographique, c’est la désignation du 
mouvement révolutionnaire (conservateur) 
par lui-même, mais le cas espagnol devrait 
servir de modèle plutôt que le cas italien, il
 n’est plus pertinent d’un point de vue 
analytique. 
Il faut alors parler du despotisme
 économique, du capitalisme comme
 régime de domination politique, avec
 l’ordre de l’entreprise au centre, on peut 
parler de ploutocratie.
 Et le fascisme n’est pas une possibilité à 
venir de ce despotisme ; il en est une
 dimension intégrale, dimension enfouie 
qui se révèle opportunément lorsque ce
 despotisme quitte les eaux tranquilles de la
servitude sans résistance, lorsque le
 despotisme (« de droit divin ») se sent 
menacé.
 État de siège, État d’urgence, État
d’exception, article 16 de notre constitution
 chérie, qui sont autant de dimensions
 dictatoriales, fascistes, mais cachées,
 cependant bien présentes, activables à la 
commande.
 Pour le dire autrement : si un groupe
 désigné comme fasciste par des
 adversaires (aussi fascistes que ceux qu’ils
 dénoncent) arrivait légalement (par les 
méthodes électorales ordinaires – ce qui 
impliquerait un contrôle de l’information,
 ce contrôle que détient le gouvernement en 
guise de clause de no entry), arrivait 
légalement au pouvoir, il n’aurait rien de
 spécial à faire, que de mettre en œuvre les
 ressorts autoritaires du despotisme, rien de
 spécial à faire que de copier ce qui se
 pratique communément, de la désignation
 des préfets à la désignation des juges.
 Et, peut-être, au lieu de trouver un contrôle
 serré de l’éducation et de l’information 
d’abord dans un sens favorable à
 l’entreprise (culture économique
d’entreprise) nous pourrions trouver un
 contrôle de l’éducation dans un sens plus 
conservateur religieux, plus évangélique ou
 baptiste – mais c’est plutôt un mélange de 
culture d’entreprise (néolibéralisme) et de 
culture conservatrice (républicaine) que
 nous devrions trouver, Blanquer pouvant
 parfaitement servir de pont. 
Si l’on veut, et pour simplifier à 
l’extrême, posons que le despotisme est
 notre « matière », ce dans quoi nous
 sommes incarcérés : le régime politique de
 l’économie dominante avec ses règles
 irréfragables de compétition,
 d’individualisation, de division (politique 
du travail), d’efficacité, le réalisme
 capitaliste [3].
Cette « matière » présente des états :
 les états de la matière : le parlementarisme 
croupion, la dite « démocratie » (encadrée,
 surveillée, enfermée, humiliée), la 
technocratie (le gouvernement de « la
caste »), l’autoritarisme (lorsque Noske se
 réveille en Castaner (ou castagneur), après 
un long sommeil dogmatique), la dictature
 d’un état d’urgence, le fascisme (avec
 milices, vigiles et bandes de « gros bras »).
 Les états de la matière ont tous pour 
fonction de protéger & défendre les règles
économiques (ou la propriété, comme on
 disait autrefois – l’épargne placée et qui
 doit rapporter).
 Ces états ne sont pas exclusifs les uns des
 autres ; au contraire, ils peuvent se
 superposer en couches : la matière est
 feuilletée ; et les feuilletages ou les
 couches peuvent s’interpénétrer ; on 
parlerait d’une métaphore géologique.
 Les couches sont toujours présentes et en 
mouvement permanent : elles peuvent se
mélanger, ou l’une, passagèrement (opportunément), peut supplanter les
 autres et les renvoyer au fond (effet d’un
article 16).
 Ainsi le fascisme est-il toujours présent,
 non pas comme possibilité dystopique et à
 venir, mais comme état toujours présent 
toujours agissant.
 Macron se présente comme un rempart 
face au fascisme (attribué aux concurrents
 qu’il veut disqualifier). Il tente ainsi de
 verrouiller l’avenir : n’est-ce pas une bonne
 méthode fasciste (moi ou le chaos, moi ou
la terreur, moi ou la ruine, etc.) ?
 Et cela, de plus, est une « opération de
 com » ! De la bonne propagande à 
l’ancienne, relayée par des réseaux
 contrôlés ! Nouveau trait fasciste : le
 contrôle de l’information, le mensonge !
 La censure à l’ancienne qui réapparaît 
brutalement, à mesure que l’atmosphère se
 charge.

Posons alors la question : 
Qu’est-ce qui distingue un
gouvernement bourgeois (des patrons, des 
propriétaires ou des financiers) répressif,
autoritaire puis militarisé, style Monarchie
de Juillet et sa descendance républicaine,
toujours Thiers, gouvernement dont le
credo est : ordre & obéissance (aux lois de
l’économie), dont ce credo est l’expression
d’une idéologie, d’une croyance (relire
Stiglitz, cité en note 3), celle du
« développement économique libéré »
(enrichissez-vous), idéologie armée qui
peut se dire « révolutionnaire » [4] : tout le
pouvoir aux entrepreneurs pour la
croissance illimitée et pour le bien de tous
(de nouveau, lire la critique exhaustive de
cette idéologie, de ce mensonge religieux,
de l’hypocrisie ploutocrate, par Stiglitz),
qu’est-ce qui distingue un gouvernement
autoritaire des capitalistes (gouvernement
allumé à l’idéologie), qu’est-ce qui
 distingue une ploutocratie offensive et un
 gouvernement fasciste (converti au
 néolibéralisme, style brésilien [5]) ?
 Qu’est-ce qui distingue une
monarchie républicaine, avec ses tics de
courtisanerie, avec un monarque
intouchable (déifié comme guide suprême),
avec une censure autocratique, et des
milices armées, monarchie comprenant
l’impossibilité de mettre en cause la
définition économique de l’ordre (où l’ordre
est supposé être égal à la démocratie),
qu’est-ce qui distingue cette monarchie
d’un régime à idéologie obligatoire
(toujours celui de l’économie) ?
Qu’est-ce qui distingue le directeur
Blanquer d’un quelconque agent des
services ?
Qu’est-ce qui distingue le plus ancien
« diviser pour régner » (à la base de la
présente république) de toutes les
stigmatisations spécifiques (comme le
racisme et le racisme anti-pauvres – les
sans dents !) et de la criminalisation
permanente de tous les stigmatisés ?
Là où apparaît toujours un bouc émissaire !
Là où chacun peut se dire : ce n’est pas moi
qui suis visé, je ne suis pas concerné, ni
pauvre, ni chômeur (assisté ou welfare
queen), ni cheminot, ni gilet jaune, ni
indigène, ni musulman, ni femme indigène
pauvre (et voilée), etc. Le trait
caractéristique des régimes fascistes : la
fracturation sociale, l’indifférence de
protection. LA PEUR.
On retrouve, en plein république, la plus
vieille méthode de la stratification sociale,
avec des épargnés indifférents (les
épargnants, les bobos des villes
impériales), des ploutocrates heureux qui
impulsent la ségrégation (comme outil
économique de l’efficacité), et les ennemis
à abattre.
Indifférence, repli, individualisation,
atomisation, guerre à la pensée critique,
nouvelle censure (par l’argent),
reconfiguration de l’enseignement en
dressage économique.
L’observation de la révolution contrerévolutionnaire,
du redressement
économique par la violence (se rappeler
l’affaire des lois travaille – nous arriverons
au dogmaticien Pierre Cahuc un peu plus
loin), l’instauration du « risque partagé »,
l’arbitraire, l’incertitude légale pour les
classes inférieurs, tout ce qui soulève
l’ahurissement des esprits sains, tout cela
désigne une guerre sauvage menée par des
revanchards (sarkozystes – Macron et la
commission Attali).
Alors qu’est-ce qui distingue cette guerre
sociale, cette guerre civile CONDUITE par
des technocrates à l’idéologie armée et
RÉALISÉE par des milices brutales aux
ordres (les forces de l’ordre), qu’est-ce qui
distingue cette guerre de classe (contre les
nouveaux Canuts ubérisés) CONDUITE par
des prophètes hallucinés, reprenant le plus
vieux chant du « don de soi », de la
certitude et de la vérité, qu’est-ce qui
distingue cette destruction systématique
de la violence fasciste ?
Limitation du droit de grève, limitation du
droit syndical, limitation du droit de
manifester, dictature de « la
représentation » (disqualification de toute
autre voix), puis (don de dieu) guerre contre
le terrorisme, ébauche d’un pouvoir
militaire dictatorial menant la guerre
(conte le terrorisme) à l’infini, etc.
 Où trouver la spécificité du fascisme ?
 Il y a déjà, maintenant (et pas dans l’à
venir), une « extrémalisation » de tous les
 traits autoritaires que recèle tout régime 
dit démocratique mais à ordre économique
 obligatoire ou imposé. Encore une fois,
pour parler du fascisme supposé 
extraordinaire, limite ou tendance
 cependant irrépressible, il faut d’abord
 parler du despotisme commun.
 Macron est peut-être libéral, au sens
 économique, certainement pas au sens
politique – c’est un technocrate
narcissique – il n’est certainement pas
« démocrate » : son libéralisme est anti démocratique 
(comme tout libéralisme
 économique).
 Macron n’est pas un bouclier qui
 protégerait du fascisme, c’est un versaillais
 autoritaire qui joue de la PEUR, manipule la
PEUR, comme la peur du fascisme 
fantasmé (puisqu’il est déjà là !) pour mieux
 cacher la pulsion autoritaire (et infantile)
 qui mène le gouvernement Macron à droite 
toute et vers la droite la plus extrême 
(toujours le conseil sarkozyste de
« braconner » dans les terriers les plus
 glauques du racisme) .
S’il y a donc une « possibilité du fascisme »,
elle se tient, armée, devant nous, dans la 
bande des technocrates allumés.
Rappelons que dans le monde pétainiste
 français (notre modèle du fascisme) – en
1940 comme en 2015, il y a deux groupes
 pour faire fonctionner ou tourner ce
 fascisme à la française (de tradition très
ancienne, thermidorienne anticommuniste,
 toujours 1848 et 1871),
 l’extrême centre thermidorien de la 
technocratie économique acoquinée au 
monde patronal (patrons, patronages,
 guides conducteurs, entrepreneurs, etc.) et 
la droite extrême milicienne de la lutte 
armée (contre l’ennemi intérieur, 
aujourd’hui l’indigène, le musulman, etc.).
 Et pour tenir ces deux forces énergétiques
 (de la dynamo pétainiste) il faut un bouc
émissaire, un ennemi désigné par l’autorité
 (religieuse) supérieure.
 Républicains (marcheurs au pas) et
 Nationaux (de la chasse au bouc), loin de
 s’opposer, constituent une unique machine,
 d’abord une machine à produire du mirage :
 celui de l’opposition entre démocrates et 
fascistes !
 Républicains et Nationaux profitent à part 
égale de cette gigantesque illusion. 
Le style de « choix électoral » (cuvée 
2017 à renouveler) entre un technocrate 
pétainiste et un milicien agité par la
 revanche coloniale, tous deux également 
néolibéraux mais avançant masqués pour 
un carnaval raciste (démagogique), le
« choix » entre deux engrenages d’une
 unique machine de destruction, ce
 « choix » (évidemment truqué) doit être
 refusé : DÉSERTION, partir au maquis,
 recours aux forêts, rejet de la fonction
 « citoyenne ».
 La lutte contre le fascisme implique 
donc le rejet de l’économie, la sortie de 
l’économie.
 Autant que l’économie est la puissance
 agissante (matérielle, idéologique,
 dogmatique), est l’infrastructure du
 despotisme (dont le technocratisme et le 
fascisme milicien ne sont que deux états
i mbriqués).
 Le nouveau pétainisme (à deux pôles,
 technocrate + milicien) exige la fuite en
 avant productiviste et repose sur cette fuite
 (il vend du bonheur consumériste). Mais il
manipule, en arrière-plan, la peur, 
l’angoisse, l’épouvante, le cauchemar
 dystopique du MANQUE, des restrictions,
 du contingentement, du retour au
 rationnement. 
L’économie ne tient, malgré les 
inégalités fantastiques (qu’il faut dénier :
 voilà un objet pour le racisme, la 
dénégation offensive), que par le mirage de 
la consommation croissante, le mirage de
 la croissance retrouvée (que Stiglitz chérit
 encore). 
Mais comme ce dilemme : croissance 
nécessaire (pour maintenir l’ordre) 
croissance impossible (pour raisons
 écologiques), comme ce dilemme est 
«disruptif » ou est lourd d’insurrections, le
 capitalisme doit se militariser, passer à
 l’état fasciste, n’accepter aucune
 contestation (surtout aucune contestation
 de l’ordre économique) [6].
 Et, en particulier, mobiliser ses
 idéologues, comme l’économiste de cour
 Pierre Cahuc, le père sous X de la loi 
travail. Bien sûr les courtisans (ou
 conseillers occultes) constituent des
 bandes ; à Pierre Cahuc il faudrait rajouter
 Philippe Aghion et, plus, peut-être, un
 proche de Macron, Marc Ferraci, préposé à
 la surveillance de la DRH Muriel Pénicaud. 
Néanmoins nous résumerons cette bande 
sous le nom CAHUC. 
L’économiste Pierre Cahuc, en tant 
qu’économiste « scientifique », est un 
idéologue du retour au servage [7], le travail
 ubérisé, comme « solution » au problème
 du chômage ; après tout, il n’y a pas de 
chômeurs dans un système esclavagiste de
 STO ! Et voilà la grande découverte : il n’y a
 plus de chômeurs lorsque le droit de 
protection du travail (et des travailleurs) a
 été aboli, lorsque tout chômeur DOIT 
travailler sous peine de mort, par
 suppression de toute allocation,
 rémunération, etc. Il n’y a plus de chômage 
lorsqu’il n’est plus possible d’établir une 
différence entre chômage et misère
 mortelle.
 Le STO, n’est-ce pas une invention
 fasciste ?
 Le retour aux Misérables et (encore =
modernisation) à la Monarchie de Juillet, le 
cadre des Canuts et des Misérables, n’est ce
 pas l’objectif grandiose de l’économiste
 de cour, qui ne jure que par « le travail sans 
qualité », les livreurs fliqués et exploités,
 qui ne jure que par le travail abstrait 
concrétisé ! 
Si la bourgeoisie à l’ancienne moralisait en 
clamant : tout travail mérite salaire, la 
nouvelle bourgeoisie fasciste crie : tout
 salaire exige n’importe quel boulot
 merdique (même les bagnards sont nourris,  
quel désastre !).
Bien sûr, nous pouvons dire que
 l’économiste Cahuc (et en tant 
qu’économiste « scientifique ») est un fieffé
 réactionnaire (qui vise le retour à la grande 
époque bourgeoise du 19 siècle !). Mais
 l’économiste Cahuc n’est-il pas plutôt
 fasciste ? Autant que le fascisme reposait 
sur la soumission totale, sur « les contrats
 de mission » comme forme de soumission,
 sous missions pour sous hommes ?
 STO mon amour !
 Posons alors au chevalier de la science 
(nobélisable après le prophète Jean ?) un
problème un peu plus compliqué que celui
 qu’il a l’habitude de traiter (Cahuc ne 
traitant que des problèmes réduits
 idéologiquement : les salariés ne sont pas
 des êtres humains mais de lignes de
 compte). 
Supposons que le travail ait deux
 dimensions et pas seulement une seule : la
 
quantité, l’emploi, et la qualité, la
 démocratie au travail et le travail comme 
producteur de démocratie. Supposons que
 nous n’acceptions pas le réductionnisme
 quantitatif (le nombre et le compte) qui 
oblitère tous les raisonnements
 économiques, et ceux de Cahuc en 
particulier : combien d’emplois de livreurs
 ubérisés ?, et que nous placions la qualité
 du travail au-dessus de la quantité 
(renvoyons à Stiglitz, ouvrage cité en note
 3, pour plus de détails).
 Qualité du travail : travailler dans un
 collectif démocratique d’auto-organisation 
ou, au moins, de participation aux
 décisions – conseils d’administration qui 
ne seraient plus réservés aux
 «propriétaires».
 Qualité du travail : le rejet du despotisme
 d’entreprise, fondé sur le pouvoir des
 «actionnaires», comme élément décisif de 
la démocratie (politique) et du refus du
 despotisme global – qui commence 
toujours au travail.
 Alors, Monsieur le Chevalier Cahuc, quelles
« règles » préconiseriez-vous pour assurer
« le plein emploi », plein emploi consistant
 en travail démocratiquement organisé ou
 en travail d’impulsion de la démocratie
 (sortie du despotisme) ?
 Voilà un problème plus difficile que celui
 qui consiste à gérer un état lamentable, en 
considérant (implicitement ou pas) cet état
 comme indépassable (toujours TINA,
 toujours la structure hiérarchique
 considérée comme « naturelle »).
 Le problème que se pose à lui-même le 
Chevalier Cahuc, sous l’ordre de ses 
maîtres despotes, celui de la simple
 quantité d’emploi, à état hiérarchique
 donné, quelle que soit la qualité, ou même
 avec une qualité dégradée (cette
dégradation supposée nécessaire pour
 assurer « le plein emploi ») et faisant
 tendre le travail vers le servage (toujours 
les Canuts) en maintenant l’ordre
 despotique, avec la peur & l’obéissance, ce 
problème réduit est une caricature. 
Il est désolant que des personnages
 « instruits », formés dans les écoles et les 
universités ouvertes, se soient transformés 
en idéologues esclavagistes (« sudistes ») !
 Dira-t-on que Macron est « intelligent » ?
 Certainement pas, lui qui a utilisé «sa 
formation » pour devenir une sorte de 
réincarnation tardive (et démodée) de ce
 que le néolibéralisme propose de pire –
aucune invention, aucune imagination,
 aucun travail d’innovation – la
« révolution » proposée n’étant qu’une copie 
sans âme, rédigée par une intelligence
 dévoyée ou corrompue. Macron est la 
caricature du « bon élève » (et peut-être pas 
le gendre parfait !).
 Et la corruption des oligarques (de la caste)
 s’étend à leurs employés, aux chevaliers de 
la science – pour résoudre des problèmes 
simplistes, quelle « intelligence » faut-il ?
 Le Chevalier Cahuc « cherche » l’emploi qui
 conforte l’ordre despotique, avec la PEUR 
comme aiguillon.
 Allez, donnez-vous de la peine, autoentrepreneurs,
 investissez dans des 
camions, des food trucks !
 C’est pourquoi nous pouvons dire : comme 
son patron, Cahuc est un fasciste, pétri de 
méchanceté, incapable d’invention. Il ne 
pense qu’en termes d’obéissance par la
 peur, en termes d’ordre par la violence.
 Au lieu de se perdre dans des débats
 historiographiques (pour faire plaisir aux
 maîtres), la question du fascisme aurait dû 
être très simple : c’est la question de l’ordre,
 de la hiérarchie et de l’obéissance, de
 l’ordre à réaliser par tous les moyens,
 essentiellement violents, du licenciement 
facilité au jeu des milices et à la justice
 expéditive (pour les plus pauvres ! – le cas 
Sarkozy pouvant servir de contre  exemple
!), moyens dont l’objectif est de 
susciter la PEUR, fermer les esprits (y
 compris, par contagion, ceux des
 chevaliers et de leurs maîtres), empêcher
 toute pensée, ne parlons même pas de
 pensée critique !
 Revenons aux pensées sûres des années
1960 !
 Pourquoi l’ordre et l’obéissance, son ombre,
 devraient-ils venir avant tout ?
 Regardons l’opportuniste Guillaume Pepy, 
le plus médiocre, qui cherche à imposer la
 casse violente, décidée au château, qui
 cherche à anéantir toutes les structures de 
défense des salariés pour transformer ces
 salariés en travail abstrait , comptable,
 évaluable, négociable (sur un futur marché
 avec des esclaves en vitrine).
 Comme tout bon fasciste ne doit-il pas 
mettre en scène la fable du « bouc 
émissaire », du «protégé», du «planqué»,
 qui devrait être ramené au pas commun de 
la servitude commune et envoyé au front
 (de la privatisation) dans des bataillons 
disciplinaires ?
 Quelle est la différence entre «un gros
bras» milicien qui tabasse à mort des
 manifestants ou des émigrés, tous les
 nouveaux ennemis désignés, et Guillaume
 Pepy « la petite frappe », le casseur 
institutionnel qui met à mort, par 
opportunisme, pour la carrière, et avec 
indifférence, et en toute sûreté ? 
Le premier représente une violence 
individuelle (mais qui est toujours 
incorporée, constituée en corps de 
violence) qu’il est, peut-être, facile de
 combattre corps à corps ; mais le second,
 dans toute sa faiblesse physique voire
 maladive, représente la violence 
institutionnelle, la criminalité en col blanc,
  l’espace mafieux des gouvernements,
violence diffuse qui ne peut être combattue
 qu’en se démultipliant aux différents 
niveaux qui organisent les institutions :
 combattre le pouvoir exorbitant des
 entreprises et de leurs chefs, combattre le 
pacte mafieux enregistré dans l’idéologie
 technocratique, ne pas hésiter à mettre en 
cause les capacités personnelles [8].
 Si Cahuc est un faux scientifique mais un 
vrai dogmaticien, c’est parce que son esprit
 a été mal éduqué ; si Guillaume Pepy est un
 personnage sartrien, un salaud, un pur
 agent criminel d’une bande mafieuse, c’est
 parce que l’impunité, la sûreté de pouvoir 
faire n’importe quoi, lui a «donné une 
grosse tête », si grosse qu’il ne peut plus la
 porter.
 Voilà ainsi une phénoménologie
 limitée du gouvernement «démocratique»
 qui mène à l’incapacité de distinguer entre 
la répression républicaine et la répression 
fasciste. Différence de degré seulement (et
 parfois).
 Contrairement à ce qui a pu être écrit, il n’y 
a pas « possibilité du fascisme », il y a
présence constante du fascisme comme 
ombre, support, compagnon indéfectible de 
la dite démocratie du parlementarisme
 ploutocrate.
 Si donc le fascisme est un adversaire, plus,
un ennemi (dans la guerre civile
 permanente), il n’est ennemi qu’autant qu’il 
est un état mobilisable du despotisme 
économique.

Jacques Fradin

article paru dans lundimatin#215, le 4 novembre 2019
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lundi_matin_(revue)

[1] Qu’est-ce que le Despotisme économique ?
LM 203, 6 août 2019, LM 204, 16 août 2019, LM 205,
23 août 2019, LM 206, 9 septembre 2019.


[2] Renvoyons à notre texte, L’Insurrection des
 Gilets Jaunes, LM 192, 21 mai 2019.


[3] En compléments de notre série, citée à la note 1,
 renvoyons à :
Mark Fisher, Le Réalisme Capitaliste, qui peut se 
lire comme une reprise actualisée des thèses de
 l’École Critique (les Allemands émigrés), un
 descriptif des nouveaux systèmes de contrôle, en
 insistant sur le contrôle de la pensée et de
 l ’éducation – point n’est besoin d’un fascisme à 
l’ancienne pour exécuter le projet fasciste de la 
surveillance (néo-théologique ou néo-théocratique),
 un gouvernement néolibéral technocrate y suffit
 bien, enfermé dans ses dogmes idéologiques.
 Et sur l’assaut contre « la classe ouvrière » ou contre 
les travailleurs, sur la volonté de briser toute 
résistance et de pousser à l’adaptation forcée (à
l’économie) :
 Gérard Filoche, Macron ou la Casse Sociale ;
 Romaric Godin, La Guerre Sociale en France ;
 enfin le nouvel ouvrage de Joseph Stiglitz, Peuple,
 Pouvoir et Profits, peut se lire comme une analyse 
détaillée, sur le cas des États-Unis, de la guerre
 sociale et de ses objectifs économiques ; guerre 
civile qui met en œuvre les trois piliers du
 fascisme : la violence, souvent armée, la destruction
 systématique de l’éducation ou l’assaut contre la
 culture, la « révolution » (conservatrice) ou l’action
 impulsée par l’idéologie, la croyance.
 Le livre de Stiglitz parle de Trump le démagogue ; 
mais les analyses peuvent s’appliquer sans
 difficulté à notre guide national. 
De plus, il convient d’étudier la critique, que mène 
Stiglitz, grand économiste keynésien, social démocrate 
à l’ancienne, la critique de la dogmatique
 néolibérale (de l’économie de l’offre) ; la pensé e
économique néolibérale (Reagan, Thatcher),
 adoptée par les nouveaux sociaux-libéraux 
(Mitterrand, Blair, Hollande), est déconstruite
 comme simple idéologie, mythologie ; la mythologie
 directrice (de la révolution conservatrice) étant,
 peut-être, le trait fasciste par excellence de cette
« révolution » contre révolutionnaire.


[4] Renvoyons au célèbre ouvrage de Macron,
 Révolution, qui reprend (sans le savoir ?) le thème 
archi-usé de toutes les droites (« révolutionnaires »),
 de toutes les droites fascistes ; car « la révolution »
 de Macron (« la modernisation » des élites
 pétainistes) est évidemment une révolution 
conservatrice, une rétrovolution.


[5]  Notre article, Fascisme ou économisme ultra :
 nous voulons les deux, LM 164, 8 novembre 2018.


[6] Nous avons traité cette question extensivement
 dans La Voie Pauvre, LM 186, 9 avril 2019.


[7] Pierre Cahuc est un idéologue du retour au
s ervage, comme tous les économistes
« scientifiques » (libéraux, néolibéraux, ultralibéraux),
 comme son collègue, plus prestigieux,
J ean Tirole ; lire Le Prophète de la Soumission, LM
114, 24 septembre 2017.
[8]  Pour aller plus loin sur cette question de la
 violence, sur cet engrenage qui lie « démocratie » et 
fascisme, voir notre article, Violence légitime ou
légitime défense, LM 168, 7 décembre 2018.
 Jacques Fradin (Jacques-Fradin) Économiste anti-économique,
mathématicien en guerre contre l’évaluation, Jacques Fradin mène
depuis 40 ans un minutieux travail de généalogie du capitalisme.

Auteur: librinfo74

Mots-clés: fascisme, Jacques Fradin, Robert Paxton

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