On peut voter mieux.

Je n’oublierai pas les élections présidentielles de 2002. Je m’étais offert le luxe de voter pour ce qu’on appelle « un petit candidat », c’est-à-dire un candidat qui, selon les sondages, n’avait aucune chance d’être élu. Aussi, le 21 Avril le ciel me tomba sur la tête quand je pris conscience que, faute de n’avoir pas voté « utile », je devrais, au prochain tour, choisir par défaut le candidat le moins épouvantable.

Ce fut une leçon et j’en tirai les conséquences. Ce qui n’empêcha pas la catastrophe de se reproduire aux dernières élections où, entre la peste et le choléra, cette fois je refusai de choisir.

Cela ne se serait pas produit, cela ne se produirait plus avec une autre façon de voter. En 2011, des chercheurs au CNRS, Michel Balinski et Rida Laraki, conçoivent et proposent un nouveau système de vote pour remplacer le scrutin uninominal, le jugement majoritaire.

Au lieu de voter pour un seul candidat, ce système permet de voter pour tous les candidats en exprimant notre jugement à l’égard de chacun d’eux.

Le bulletin de vote se présente alors comme une grille d’évaluation (voir ci-dessus) présentant 7 possibilités pour chaque candidat, depuis la mention « à rejeter », pour les candidats que l’on refuse de voir élus, jusqu’à la mention « excellent » pour celui que l’on préfère, en passant par les mentions « insuffisant », « passable », « assez bien », « bien » et « très bien ».

Le candidat qui obtiendra la meilleure mention (en calculant la médiane des jugements) sera élu.

Cette méthode a l’avantage de permettre à chaque citoyen de s’exprimer sur tous les candidats en lice et il n’est pas interdit d’attribuer la même mention à plusieurs candidats. D’ailleurs, l’abstention, dans ce contexte, consiste à attribuer la mention « à rejeter » à tous les candidats.

Les avantages de cette nouvelle manière de voter sont évidents :

-la présence de « petits candidats » ne perturbe pas le résultat final. Contrairement à ce qui se passe dans le scrutin majoritaire, un « petit candidat » ne peut pas faire perdre un candidat important de la même famille politique comme ce fut le cas lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2002 avec élimination de Lionel Jospin.

-Il permet aux électeurs de s’exprimer même si aucun candidat ne leur convient.

-Il les incite à s’exprimer honnêtement, sans calcul politique (vote sanction, vote de rejet, vote par dépit, vote utile.)

-Il dispense les partis politiques des calculs stratégiques.

-Il est indifférent aux consignes de vote.

Il donne des résultats clairs dans lesquels les votes d’adhésion ne s’additionnent pas avec les votes de rejet ou les votes tactiques (Cf. les 82 % de Jacques Chirac au second tour en 2002 et les 66% de Macron en 2017).

-Il permet d’élire le candidat le plus consensuel, le plus apprécié par la majorité.

-C’est un moyen de réduire la frustration des électeurs ainsi que le taux d’abstention.

-Un seul tour est nécessaire et il ne nécessite pas l’organisation de primaires.

-Si tous les candidats obtiennent la mention basse, « insuffisant » ou « à rejeter » une nouvelle élection peut toujours être organisée avec de nouveaux candidats.

Sans doute, cela peut-il perturber nos habitudes et le mode de calcul (facile mathématiquement mais un peu plus complexe que celui du scrutin majoritaire et, pour cela, peut-être un peu plus obscur) peut-il effrayer certaines personnes. Mais la qualité démocratique de ce mode d’élection vaut la peine qu’on y réfléchisse.

 

 

 

 

Auteur: jefdelhaye

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2 commentaires

    • La méthode de vote expérimentée à Grenoble n’est pas exactement le jugement majoritaire et il est évident que cela ne pouvait pas être validé puisqu’il s’agissait d’une expérience sur un groupe de personnes choisies arbitrairement. Des expériences ont également été faites avec le jugement majoritaire et c’est Jean Luc Mélenchon qui aurait été élu. On a constaté aussi un score intéressant de Philippe Poutou qui a souffert du « vote utile ».Même si l’échantillon des personnes votantes était « représentatif », il était malgré tout aléatoire. Mais il est très intéressant d’étudier les analyses des scores des candidats pour se rendre compte également du caractère arbitraire du scrutin uninominal majoritaire qui est loin d’exprimer l’opinion de la majorité des français.

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