Le Parlement ratifie le ceta. En Haute-Savoie, division chez les « marcheurs » et les « républicains »

Les députés viennent de ratifier le ceta à une courte majorité par 265 voix pour, 211 contre et 77 abstentions. Le plus remarquable est la fracture au sein de la majorité. 8 députés LREM ont voté contre et 54 se sont abstenus.

Chez les députés « marcheurs » de Haute-Savoie, le clivage entre Véronique Riotton, qui a voté pour, et l’abstentionniste Frédérique Lardet, vient essentiellement de la différence d’appréciation sur les effets néfastes du ceta sur la filière bovine, dont les éleveurs de la FNSEA et des Savoie se sont fait l’écho.

 


Le bœuf canadien dans le viseur

Dans un communiqué très combatif, la FDSEA et les jeunes agriculteurs ont demandé aux députés de Haute-Savoie de voter contre le Ceta :« Nous ne devons pas importer l’agriculture que nous refusons aux producteurs locaux » peut-on lire dans le texte signé par Bernard Mogenet, Raphaël Nantois et François Chamot. « Le Canada autorise les OGM, l’engraissement aux antibiotiques activateurs de croissance et 46 substances actives strictement interdites en Europe. »

Si la FDSEA, relais départemental de la FNSEA, réagit de cette façon, c’est pour défendre les intérêts de leurs adhérents. Le paradoxe, est que la FNSEA promeut une agriculture industrielle destinée à l’exportation, qui n’a rien à envier à celle développée au Canada. La France interdit la culture de soja OGM mais en importe des millions de tonnes.

En effet, selon Greepeace, « En France, tous les animaux peuvent être nourris avec des aliments contenant potentiellement des OGM… Et rien n’oblige légalement les industriels à en faire mention sur les étiquettes et emballages, alors qu’aujourd’hui, rien ne permet de prouver que les OGM sont sans danger ! 

 

Chez les Républicains, Virginie Duby-Muller vote contre. Martial Saddier met de l’eau dans son vin.

Virginie Duby-Muller a voté contre le Ceta à l’instar de l’écrasante majorité des députés républicains, (sur 104 membres, 96 ont voté contre, 5 se sont abstenus – dont Martial Saddier – et un seul a voté pour). On observe une convergence avec le syndicat agricole majoritaire.

Dans un communiqué, Virginie Duby-Muller  justifie son vote n expliquant que « cet accord n’est pas acceptable pour la filière bovine française (…) Le ceta ouvre la porte à des risques sanitaires et de traçabilité. »

Reprenant les arguments de la FDSEA, elle vilipende « les 46 produits phytosanitaires et les farines animales, produits autorisés au Canada et interdits en Europe. De même les antibiotiques et les hormones qui sont indétectables sur une carcasse. » Quant à la traçabilité de l’animal, « celle-ci est déterminée an France à la naissance alors qu’au Canada, c’est au moment où il quitte l’élevage. »

 

La majorité LREM rejette la demande des Républicains d’exclure la viande bovine du Ceta.

Virginie Duby-Muller déplore ce refus : « Il est aberrant d’aller chercher de la viande à 12 000km alors que nous la faisons sur notre territoire ».

 

Le républicain Martial Saddier très discret

Rien sur ses comptes Facebook et Twitter pour expliquer les raisons de son abstention. Nous l’avons à nouveau sollicité.

 

Riotton, Lardet, Roseren, Lenne, des députés « En marche » sur des chemins différents.

On peut identifier trois points de désaccord entre Véronique Riotton et les deux  abstentionnistes Dominique Lardet  et Xavier Roseren : les garanties de contrôle données par la ceta, la filière viande et le « véto climatique ». (Aucune information de la »marcheuse » abstentionniste Marion Lenne).

Pour Véronique Riotton, tout va bien.

Sur les points sensibles de la filière bovines, du véto climatique interdisant aux entreprises de contester des mesures environnementales au sein des tribunaux d’arbitrage, elle considère qu’elle a été totalement rassurée par le gouvernement. Pour la députée, l’accord qui vient d’être signé donne le pouvoir à la France « d’influencer à la hausse les normes environnementales dans une économie mondialisée ».  La députée est convaincue que grâce au CETA la France va pouvoir « tirer vers le haut » le Canada !

On peut rester dubitatif devant une telle affirmation, connaissant le pouvoir et l’influence des lobbys canadien de l’agro-alimentaire sur le gouvernement de Trudeau.Une garantie à laquelle Frédérique Lardetet Xavier Roseren ne croient pas, soupçonnant Véronique Riotton de naïveté alors que cette dernière, dans la préambule sur sa page facebook,  laisse entendre que celles et ceux qui ne votent pas pour le ceta sont favorables au « nationalisme » contre « le multilatéralisme », à « la loi de la jungle » plutôt qu’à « des accords équilibrés, à un « repli sur soi » plutôt « qu’au « partenariat ».

 

Des allusions que rejettent Xavier Roseren et Dominique Lardet.

Xavier Roseren justifie son abstention « en raison du flou persistant autour du mécanisme du véto climatique » qu’il considère  comme « non verrouillé « : « Nous n’avons pas de garanties suffisantes pour préserver la liberté des États d’élaborer des politiques environnementales et sociales ambitieuses ».

Une crainte qui semble justifiée puisque le ministère des affaires étrangères a refusé de répondre aux médias sur la façon dont « le veto climatique » a été « cimenté ».

Par contre, Xavier Roseren  se déclare favorable au traité et pense même que ces accords sont indispensables « si nous voulons avancer collectivement sur les autres sujets. »

 

Quant à Dominique Lardet, elle estime avoir été convaincue par des représentants de la FDSEA de Haute-Savoie . Si elle reconnaît que certaines filières ont pu bénéficier de l’ouverture du marché canadien (exportations de fromages en augmentation de 20% en 2018, elle explique que le ceta « crée une concurrence déloyale entre les éleveurs canadiens et français, et « craint que l’importation de produits ne correspondent pas à nos standards sanitaires et phytosanitaires »

 

Des arguments écartés d’un revers de la main par Véronique Riotton considérant que la France et l’Europe, grâce au Ceta, imposeront au Canada le respect des normes alimentaires européennes et françaises, ce qui obligera ce pays à devenir vertueux en matière sanitaire et de traçabilité.

Il suffira de croiser les doigts.

« Wait and see »

 

 

 

 

Auteur: gfumex

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4 commentaires

  1. Véronique Riotton déçoit de plus en plus

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  2. Excellente synthèse, merci beaucoup. Tout ceci ressemble plus à un marché aux bestiaux qu’une chambre des députés.

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  3. Bonjour
    Une erreur ?
    Chez les députés « marcheurs » de Haute-Savoie, le clivage entre Véronique Riotton, qui a voté contre, et l’abstentionniste Frédérique Lardet,
    Puis
    Des arguments écartés d’un revers de la main par Véronique Riotton considérant que la France et l’Europe, grâce au Ceta,
    Du coup, qui a voté quoi ??
    Cordialement

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    • Il me semble avoir donné l’information sur ce vote de ratification du ceta :
      LREM : Riotton : Pour
      Lardet : Abstention
      Lenne : Abstention
      Roseren : Abstention

      LR : Duby-Muller : Contre
      Saddier : Abstention

      Répondre

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