Le « capitalisme populaire » et la bouillie pour chats.

Dans son discours devant le congrès à Versailles, hier, le président de la république a utilisé une expression qui mérite notre attention : il a parlé du « capitalisme populaire ».

Cette expression n’est pas nouvelle, elle faisait partie du vocabulaire politique du Front National aux élections présidentielles de 2012. Marine Le Pen préconisait qu’un certain nombre d’actions soient réservées aux employés des entreprises pourvu que celui-ci ne dépasse pas 10 % et ne s’accompagnent pas du droit de vote dans les conseils d’administration.

Elle avait d’ailleurs elle-même emprunté l’idée à un certain Michel de Poncins qui, en 1981, avait fondé un Parti Capitaliste Populaire dont le manifeste était très clair : « tous capitalistes ». L’extrême droite en raffolait.

Dans la bouche d’Emmanuel Macron, il s’agit, non seulement de faire allégeance au système néolibéral, mais de continuer à faire du langage qui, à l’origine, doit servir à nommer les choses et les concepts afin de pouvoir les distinguer les uns des autres, une bouillie pour chats où tout se mélange, où on peut appeler un chat un chien, une réforme rétrograde un plan de modernisation, la gauche la droite, etc…

Le principe de ce langage est que rien n’est le contraire de rien et finalement qu’on peut dire n’importe quoi pourvu qu’on fasse ce qu’il faut pour faire comme avant, encore mieux qu’avant, c’est-à-dire servir la soupe aux dominants tout en prétendant changer complètement de politique.

Dans un langage cohérent on appelle « capitalisme » le système politique dans lequel le capital, c’est-à-dire la terre, les ressources naturelles, les usines, les machines, l’ensemble des moyens de production est possédé par un petit nombre de propriétaires privés qui en tirent profit aux dépens de ceux qui travaillent.

L’enjeu est la. On pourrait éventuellement parler de « capitalisme populaire » s’il s’agissait de désigner la propriété publique des moyens de production ou, au moins, la propriété collective comme c’est le cas, par exemple, dans les coopératives.

Mais dans le discours d’Emmanuel Macron l’association de ces deux mots : « capitalisme » et « populaire » est une vraie supercherie. La classe dominante a toujours essayé de faire croire à la classe dominée qu’elle était associée à la domination ou, en tout cas, consentante voire partisane de cette domination.

C’est un vieux procédé, simpliste mais parfois efficace qui consiste à persuader les esclaves qu’ils sont volontairement esclaves comme on peut prétendre que les femmes battues aiment se faire battre, que les chômeurs ont choisi de ne pas trouver d’emploi, que les malades ont préféré ne pas être en bonne santé et, bien sûr, que les pauvres ont horreur de la richesse.

Ce serait tellement plus simple si, en effet,  le capitalisme devenait populaire, entendez si le peuple, la multitude devenait partisane de la propriété privée du capital par un petit nombre d’individus dont le but avoué est de les spolier de leurs droits et de leurs biens.

Ou alors voulait-il dire que la multitude pourrait devenir capitaliste au sens où chacun pourrait exploiter tous les autres ? Oui, ce pourrait être le sens qu’Emmanuel Macron donne à son propos : « que tout le monde exploite tout le monde ! » Et allons donc ! C’est tellement n’importe quoi qu’il y a peut-être une majorité pour le croire.

On se demande quelquefois comment on peut être décomplexé à ce point dans le mépris des autres pour oser leur tenir un tel langage. Le néolibéralisme triomphant n’a rien à envier aux colonialismes d’autrefois et de toujours. À moins que… Oui, à moins que prendre les gens pour des imbéciles soit vraiment une façon de les considérer comme des égaux (?).

Auteur: jefdelhaye

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