Par Sandra Stavo-Debauge
Après l’analyse des contributions pour la concertation préalable de la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) relative au projet de village olympique de Saint-Jean-de-Sixt, nous vous livrons celle de la consultation concernant « l’aménagement du site de biathlon du Grand-Bornand »[1] pour les Jeux Olympiques qui s’est déroulée du 1er juillet au 1er août, en pleine saison estivale, et n’a recueillie que 25 avis et 3 cahiers d’acteurs (personnes morales), alors que la première réunion publique d’information[2] organisée par la Mairie le 1er juillet en présence de la Solideo et du Cojop avait réuni près de 400 personnes à l’Espace Grand Bo, chiffre tombé à une cinquantaine de personnes le 7 juillet pour la réunion de la Solideo au même endroit..
Alors que jamais une Nation n’a eu aussi peu de temps pour organiser des Jeux Olympiques, la Société de livraison des ouvrages olympiques ne se presse pas de livrer le bilan de la concertation préalable qu’elle a initiée (avec un département dédié) — elle l’a annoncé pour le mois de novembre, alors que la concertation s’est achevée le 1er août ! Chez Librinfo74, nous sommes en mesure de vous livrer ce bilan, ayant scrupuleusement copié-collé les avis déposés en ligne avant qu’ils ne disparaissent afin de les analyser.
Comme pour Saint-Jean-de-Sixt, il est notable que malgré le fait d’avoir réuni environ 400 personnes à l’Espace Grand Bo lors de la réunion publique d’information du 1er juillet, la participation en ligne sur la plateforme de la Solideo a été particulièrement faible avec seulement 25 avis et 3 cahiers d’acteur, soit plus de moitié moins que la concertation pour le village Olympique de Saint-Jean-de-Sixt déjà faible
Lire l’article sur librinfo : « Une majorité d’avis défavorables pour le consultation du village olympique de Saint Jean-de-Sixt »
Comme pour le village olympique, le sentiment qui se dégage est que la consultation arrive trop tard les choix étant déjà faits et ne porte que sur des détails.

Le coût prévisionnel de l’opération annoncé dans le dossier de concertation est de 16,6 millions d’euros. « Il sera affiné au fur et à mesure de la consolidation des études et des arbitrages techniques.
Une participation très faible des citoyens
Sur les 24 contributions (environ) analysées[3] la tonalité est majoritairement critique, mais avec des nuances importantes. En effet, une partie des contributions ne porte pas sur le principe même des JOP — comme si, pour le public, les Jeux étaient faits, mais sur des points techniques précis de l’aménagement.
Nous reprenons le début des commentaires sur le consultation que vous trouverez en entier ci dessous

7 contributions clairement contre les JOP 2030
7 contributions rejettent explicitement les JOP, souvent pour des motifs climatiques et environnementaux — usage de l’eau pour la neige de culture, incompatibilité avec les Accords de Paris —, le gaspillage budgétaire, les doutes sur l’héritage annoncé pour un site à si basse altitude :
- « non à la compétition de ski de fond au gd bornand »
- « RÉSOLUMENT CONTRE ! »
- « CONTRE LES JO »
- « Contre ce projet d’une autre époque »
- « La montagne n’est pas le terrain des Jeux
- « Non aux JO »
- « Vous osez parler d’avenir pour le ski nordique… NON à ces JO écocides »
Nous reprenons le début des commentaires sur la consultation, commentaires que nous développons ci dessous
4 contributions favorables aux JOP, mais sous conditions
L’adhésion n’est pas inconditionnelle pour 4 particuliers qui assortissent d’exigences leur « Oui aux JO » :
- « Oui aux JO mais avec une préservation maxi de l’environnement… »
- « preserver notre village et son aspect traditionnel » (« ok pour les JO mais… »)
- « Préserver le caractère authentique du village… » (« peuvent être une chance à condition que… »)
- « Secteur du Terret / Des Jeux Olympiques au service d’un projet de territoire » — la contribution la plus structurée du dossier accepte le principe des Jeux comme accélérateur mais demande que l’héritage profite d’abord aux habitants.
Nous reprenons le début des commentaires sur la consultation, commentaires que nous développons ci dessous
8 contributions font des critiques ciblées ou émettent des réserves techniques. Ces avis portent sur le nombre d’ouvrages, la localisation des carrières à neige (snow farming), le sort de la crèche, le choix du site de para-biathlon avec une préférence pour Grand-Bornand déjà équipé plutôt que La Clusaz, l’altitude du site, plutôt que sur le principe des Jeux.
Un avis questionne l’objectif d’attractivité et demande des indicateurs publics pour évaluer après 2030 les bénéfices réels du projet et interroge l’absence de scénario plus sobre.
Un autre pointe les nuisances des 3 années de travaux, les limites de capacité (eau, circulation) et la pression de nouveaux logements.
Enfin, 5 contributions sont neutres. Elles posent des questions procédurales et/ou opérationnelles notamment sur l’avancement du choix du maître d’œuvre, le calendrier, la capacité du réseau électrique local (antécédent de coupure en 2018), la lisibilité du site de concertation.
Nous reprenons le début des commentaires sur la consultation, commentaires que nous développons ci dessous

L’agriculture angle mort du projet
En complément des contributions individuelles, trois cahiers d’acteur ont été déposés émanant de la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc, de l’association de protection de la montagne Mountain Wilderness France et du camping L’Escale, acteur économique local.
Tous font un même reproche à savoir un dossier de concertation qui traite peu des impacts indirects (agriculture, finances locales, activités touristiques riveraines) et une méthode de concertation jugée insuffisante.
La chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc qui avait également déposé une critique constructive pour le village olympique à Saint-Jean-de-Sixt dresse le même constat de l’agriculture grande absente du dossier, alors même qu’elle structure le territoire. Elle alerte sur la voie d’accès, l’ouvrage de franchissement du Borne (nouveau pont), l’extension de piste au secteur du Pessey (un projet abandonné par le passé car trop impactant) et la modernisation du réseau d’enneigement qui peuvent mobiliser du foncier agricole et fragmenter les exploitations, sans qu’aucune quantification ne soit fournie à ce stade. Autre alerte, commune à Saint-Jean-de-Sixt : aucune information sur la gestion des matériaux excavés des chantiers. Elle formule les mêmes demandes à savoir une étude d’impact agricole complète (directe et indirecte, à l’échelle de toute la Communauté de communes des Vallées de Thônes), des mesures d’évitement / réduction / compensation, l’indemnisation des exploitations touchées, la consultation formelle de la profession agricole, et la garantie que l’héritage des JO profite aussi au maintien de l’agriculture de montagne.
Mountain Wilderness France pointe des impacts lourds pour la commune et les nuisances de la phase pré-JOP
Clairement défavorable aux Jeux olympiques, l’association Mountain Wilderness France reconnue d’utilité publique dénonce l’absence de consultation nationale sur les JOP, une « loi Olympique » dérogatoire au droit commun (urbanisme, artificialisation des sols, sécurité des biens et des personnes, etc.), et juge l’événement inutile pour l’attractivité des Alpes déjà mondialement connues tout en pointant la perte de touristes pendant les années de travaux de préparation. Sur le choix du site, elle s’étonne que le Grand-Bornand (altitude modeste, recours régulier au transport de neige par camion coûteux et carboné) ait été préféré aux Saisies. Sur les finances communales, elle pointe un coût total de plus de 50 M€ (dont 15 M€ à la charge de la commune), un endettement déjà élevé, une fiscalité locale déjà au plafond de sa strate, et un développement qui profiterait surtout à une clientèle aisée (logements à plus de 7 000 €/m²). Sur la méthode, elle critique une concertation trop courte qu’elle juge destinée à valider le projet plutôt qu’à le questionner, et une absence d’études techniques et de prospectives environnementales sérieuses.
Inquiétudes du Camping L’Escale
Ouvert 10 mois par an, le camping caravaning historique (1965) accueille jusqu’à 500 personnes par semaine, avec 6 emplois permanents et 8 saisonniers. Rappelant les engagements de transparence pris par la Solideo lors des réunions publiques, il s’inquiète que la route longeant directement le camping puisse devenir l’itinéraire principal des poids lourds et engins de chantier pour les travaux du bâtiment de services, du stade, de la passerelle et du Pont de la Broderie, avec risques de nuisances sonores, poussière et sentiment d’insécurité pour la clientèle. Il demande de privilégier d’autres itinéraires de chantier moins pénalisants pour le camping. A défaut, de mettre en place des mesures d’atténuation (écran acoustique paysager, limitation de vitesse, sens unique, etc.).
Prochaine consultation : aménagement du site des Confins à La Clusaz
Notez que la concertation préalable concernant les aménagements du site des Confins[4] à La Clusaz pour les Jeux olympiques et paralympiques démarrera ce 27 août jusqu’au 8 octobre.
Elle se fera sur la plateforme en ligne de la Solideo, sous l’égide des garants de la Commission nationale du débat public (CNDP), le dossier « La Clusaz » étant jugé le plus « chaud » au niveau environnemental.
La réunion publique d’information pour les Confins se tiendra le mercredi 9 septembre de 18h30 à 20h30 au cinéma de La Clusaz, le Danay : https://participationcitoyenne.solideo-2030.com/informations-pratiques-5165
Trop de concertations tuent la concertation ?
Le fractionnement des concertations préalables pour chaque projet et la multiplication des réunions d’information alors que ces projets font partie d’un tout et se déroulent sur une même communauté de communes, semble lasser les citoyens et demande une assiduité et une disponibilité dont tout le monde ne dispose pas. Une seule réunion d’information de la Solideo pour les Aravis organisée à l’échelle du territoire n’aurait-elle pas suffi car l’ensemble du territoire sera impacté ? Une citoyenne de Thônes nous confiait ne plus rien comprendre à toutes ces concertations. In fine, l’on peut se demander si ce n’est pas le but recherché par les organisateurs des JO…
[1] https://participationcitoyenne.solideo-2030.com/site-de-competition-de-biathlon-au-grand-bornand-4456 Le coût prévisionnel de l’opération annoncé dans le dossier de concertation est de 16,6 millions d’euros. « Il sera affiné au fur et à mesure de la consolidation des études et des arbitrages techniques.
[2] Sur les réunions publiques du Grand-Bornand des 1er et 7 juillet lire notre reportage (LIEN ARTICLE)
[3] Sur les 25 contributions déposées en ligne, deux concernent plutôt la procédure et signalent un lien non fonctionnel ou la difficulté de joindre la Solideo.
[4] Vous pouvez télécharger le dossier https://participationcitoyenne.solideo-2030.com/amenagement-du-site-de-competition-de-ski-de-fond-a-la-clusaz-5162



