« Ce que vous appelez -civilisation- » .(Poème de Victor Hugo).

Nature contre Pollution par xarok-design 

Même si elle atteint aujourd’hui des proportions terribles, la pollution ne date pas d’hier et Victor Hugo n’est pas le premier à dénoncer ses méfaits. Mais ce qui est plus terrible encore est cette confusion qui s’est installée dans nos têtes qui nous amène à croire que la dégradation des conditions naturelles de la vie est la même chose que la civilisation comme si la civilisation devait se confondre nécessairement avec la saleté, la laideur et la maladie.

Pour Victor Hugo une autre civilisation est possible et l’humanité ne peut pas se réduire à n’être que l’immonde parasite du monde. Par définition la civilisation est l’oeuvre de l’homme, la conséquence de ses choix libres. Un autre choix est donc possible et c’est un choix politique.

Mais pour faire un choix politique responsable, encore faut-il être un humain qui se respecte. Notre président n’a-t-il pas dit « Le respect est le minimum de la république ». Eh bien, nous nous contenterions du minimum si seulement il était mis en pratique pour sauver non seulement l’humain mais ce monde dans lequel l’humain et la conscience sont encore possibles.

C’est étrange comme la description que fait Victor Hugo de l’homme civilisé-polluant nous rappelle l' »homo liberalis macroniensis » courant dans nos contrées.

 

Ce que vous appelez dans votre obscur jargon :

-Civilisation- du Gange à l’Orégon,

Des Andes au Tibet, du Nil aux Cordillères,

Comment l’entendez vous, ô noires fourmilières ?

De toute votre terre interrogez l’écho.

Voyez Lima, Cuba, Sydney, San Francisco,

Melbourne. Vous croyez civiliser un monde

Lorsque vous l’enfiévrez de quelque fièvre immonde,

Quand vous troublez ses lacs, miroirs d’un lieu secret,

Lorsque vous violez sa vierge, la forêt ;

Quand vous chassez du bois, de l’antre, du rivage

Votre frère aux yeux pleins de lueurs, le sauvage,

Cet enfant du soleil plein de mille couleurs,

Espèce d’insensé des branches et des fleurs,

Et quand, jetant dehors cet Adam inutile,

Vous peuplez le désert d’un homme plus reptile,

Vautré dans la matière et la cupidité,

Dur, cynique, étalant une autre nudité,

Idolâtre du dieu dollar, fou qui palpite,

Non plus pour un soleil, mais pour une pépite,

Qui se dit libre, et montre au monde épouvanté

L’esclavage étonné servant la liberté !

Oui, vous dites :- voyez, nous remplaçons ces brutes ;

Nos monceaux de palais chassent leurs tas de huttes ;

Dans la pleine lumière humaine nous voguons ;

Voyez nos docks, nos ports, nos steamers, nos wagons,

Nos théâtres, nos parcs, nos hôtels, nos carrosses !-

Et vous vous contentez d’être autrement féroces !

Vous criez :- contemplez le progrès ! Admirez !-

Lorsque vous remplissez ces champs, ces monts sacrés,

Cette vieille nature âpre, hautaine, intègre,

D’âmes cherchant de l’or, de chiens chassant au nègre,

Quand à l’homme lion succède l’homme ver,

Et quand le tomahawk fait place au revolver !

 

Victor Hugo (1802-1885)

« Toute la Lyre » (posthume)

Albin Michel MCMXXXV

« Le 1 » (20 juin 2018)

Auteur: jefdelhaye

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2 commentaires

  1. Merci Jean-François pour avoir mis en lumière ce poème aussi actuel de Victor Hugo.
    Quels sont les intellectuels aujourd’hui qui nous donnent à penser pour agir ?
    Il y en a, c’est certain. Encore faut-il qu’il puissent arriver jusqu’à nous.
    Cela devrait alimenter toute une rubrique de librinfo.

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