Blocage massif et déterminé à Saint Laurent contre l’abattage des vaches d’Éric Forestier.

Mis à jour le 5 janvier à 11h42

Saint-Laurent 4 janvier 2022

Ils sont venus, ils sont tous là. Une majorité d’éleveurs de Saint Laurent et des alentours, représentants de la confédération paysanne, citoyens sympathisants, écologistes notoires… étaient rassemblés pour manifester leur solidarité à Éric Forestier, dont le troupeau sera abattu sur ordre du Préfet pour raison de Brucellose.

Alors que les ailes de la nuit ne s’étaient pas encore envolées, environ 200 manifestants étaient massés devant la maison des association de Saint Laurent. Les gendarmes étaient déjà en poste. De nombreux véhicules garés. Un poste avancé. Un dispositif imposant. Le Préfet n’avait pas fait dans la dentelle.

Sur ordre du ministre de l’agriculture les 224 bovins doivent prendre le chemin de l’abattoir de Bonneville.

 

 

Blocage des jeunes : une action pour frapper les esprits

Le Préfet ne s’attendait pas à une pareille résistance.

Campés au milieu de la route, face aux deux bétaillères, une cinquantaine de jeunes du monde agricole ont la ferme intention de les empêcher de monter. Pendant deux heures, malgré les demandes polies et insistantes des gendarmes, rien n’a ébranlé la détermination de ces jeunes révoltés par une décision inhumaines qu’ils ressentent comme un véritable camouflet. Souvent méprisés et sujets à des jugements condescendants, ils veulent ainsi s’affirmer en soutenant l’éleveur.

Soutenus par Baptiste Forestier, et son père Éric, ces jeunes veulent retarder le plus possible le chargement des vaches. Montrer au Préfet qu’il n’aura pas le dernier mot même si l’abattage des vaches est inéluctable.

 

Le plan du Préfet bousculé.

Alors que le préfet, grâce à la pression d’une cinquantaine de gendarmes, prévoyait l’arrivée des vaches en fin de matinée à l’abattoir de Bonneville,  Alain Espinasse a dû renoncer à sa conférence de presse prévue à 11H00 à la sous-préfecture de Bonneville. Une déconvenue imposée par les manifestants.

Ce n’est qu’à 16H30 que les bovins ont été « accueilli » à l’abattoir Bigard sous haute protection des gendarmes.

 

De nombreuses réflexions ont nourri cette journée de résistance

La vétérinaire Coralie Amar, proche de cet éleveur, dénonce cette décision prise par le gouvernement obéissant à la loi européenne imposant l’abattage du troupeau. Un gouvernement incapable de comprendre la réalité humaine d’une telle décision. En tant que médecin, elle ne sous-estime pas la dangerosité de cette bactérie, mais  la situation spécifique du troupeau d’Éric Forestier ne nécessitait pas l’abattage des bêtes. Le troupeau est sain, et la vache infectée a été aussitôt abattue. Pour éviter l’abattage du troupeau, Coralie Amar préconise des solutions alternatives à cette directives trop rigide « en procédant à des analyses et des système de surveillance qui permettent aux éleveurs de conserver leurs troupeaux » (…) « on ne peut pas éviter tous Les risques, on ne pas pas éradiquer toutes les bactéries »,

Aujourd’hui, le lait des vaches est consommable stérilisé, mais vendu à un prix bien inférieur que le lait cru nécessaire à la fabrication du reblochon. Ces vaches sont saines puisque leur viande est consommable.

 

Christophe  Convers, un éleveur ami de la famille Forestier, tient à leur manifester sa solidarité : « Cette famille traverse cette épreuve avec une souffrance énorme au préalable, une souffrance terrible aujourd’hui, et une souffrance atroce dès demain dès lors que l’étable sera vide ».

Cet éleveur tient les bouquetins du Bargy comme responsables de la contamination et demande leur éradication tout en souhaitant de reconstituer le troupeau avec des élément sains. Toutefois, il se demande si introduire de nouveaux bouquetins sur un terrain contaminé ne risque pas de les contaminer à nouveau.

 

Jean Vulliet de la confédération paysanne, tient l’État responsable de la mauvaise gestion de la brucellose dans le troupeau du Bargy :  « Dès 2012, nous avions préconisé des abattages maîtrisés des animaux malades alors que la solution prise par l’État a été une catastrophe en décidant de tuer tous les mâles reproducteurs, ce qui permit aux jeunes mâles infectés de disséminer la maladie. » Aujourd’hui, la confédération paysanne demande à l’État de diminuer fortement le nombre de bouquetins. Elle attend toujours un nouveau protocole sur la gestion du troupeau que le Préfet s’était engagé à fournir. « L’État a décidé de conserver une harde. Il doit la maintenir la plus saine possible. »

 

Noémie Lachenal, porte parole de la confédération paysanne 74, n’arrive pas à communiquer avec l’État sur le sujet : « tout est verrouillé » (…) « Nous ne prenons pas les choses à la légère. En tant qu’éleveur, on manipule beaucoup de lait, on fabrique du fromage tous les jours, on a des compétences, des connaissances, de l’expérience,  mais on n’est jamais associés à ce genre de décisions qui nous sont imposées sans que l’on puisse donner notre point de vue ».

La confédération paysanne est très inquiète pour l’avenir car l’abattage des vaches d’Éric Forestier ne résoudra rien au niveau de la brucellose. Le syndicat agricole craint que de nouveaux cas de brucellose se déclarent dans l’avenir avec la même conséquence tragique pour les éleveurs.

 

Boris Avouac, maire de Saint Laurent

Une loi européenne inadaptée à nos régions de montagne

Boris Avouac, maire de Saint Laurent considère que cette loi qui exige que la France doit-être exempte de brucellose ne peut s’appliquer dans nos pays de montagne. : « Elle est faite de manière grossière, inapplicable ici et conduit à l’abattage de troupeaux entiers »

Fabienne Grebert, conseillère régionale

Un avis que partage Fabienne Grebert, conseillère régionale verte qui a rejoint un groupe de sympathisants présents dans le rassemblement : « Les normes sont conçues aujourd’hui autour du risque zéro, alors que l’on doit s’habituer à vivre avec cette bactérie qui existe depuis la nuit des temps ». La conseillère régionale estime que « ça ne sert à rien d’être dans des oppositions frontales. L’objectif est de se mettre tous autour de la table. (…) Préserver le vivant doit être une priorité dans les normes et mettre en place des mesures préventives. Les risques de transmission de la brucellose sont très faibles. La priorité est de préserver le troupeau et les conditions de vie des éleveurs, mais aussi les bouquetins dont les éléments infectés doivent être abattus. »

 

Un défilé au rythme d’un cortège funèbre

C’est seulement vers 11H00 que les manifestants prirent la route du Gaec du Pré-jourdan. Une marche à l’allure pesante d’un cortège funèbre, avec des haltes, tel un chemin de croix. L’éleveur a demandé que les marcheurs s’arrêtent à proximité de la ferme afin de grantir leur intimité, mais aussi pour respecter ses vaches qu’il aime tant.

 

Éric Forestier et son fils Sébastien

Éric Forestier au bord des larmes

Éric Forestier, accompagné de son fils Baptiste, devant ces manifestants venus le soutenir ne pu retenir ses larmes : « Vous allez nous piquer nos vaches, cela na va pas faire avancer le « schmilblick ». Je ne sais pas quoi dire »

À ses côtés, un éleveur ami a tenu à s’excuser après d’Éric Forestier, considérant que la profession a sa part de responsabilités dans le drame qui se joue : « C’est nous, agriculteurs, qui avons besoin que la France reste indemne du brucellose pour notre commerce, nos exportations. Nous devons trouver une voie différente. »

 

Pourvu qu’Éric ne fasse pas de bêtise

C’est la crainte exprimée par une amie proche d’Éric Forestier, infirmière psychiatrique retraitée : « Je connais la fragilité d’Éric, et j’ai peur pour lui. Pourvu qu’il ne fasse pas de bêtise. Je l’aime trop. »

Le drame de Saint-Laurent, l’opportunité d’une crise à saisir

Un avis partagé par l’ensemble des éleveurs présents. Demander au préfet, aux service de l’État, au ministre de l’agriculture de se mettre autour de la table pour trouver une solution ensemble

Un État a la capacité de défendre un intérêt national. À lui d’adapter la loi européenne aux conditions spécifiques de la production de fromages au lait cru dans nos montagnes

 

 

 

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