Assises des élus du Grand Genève : « transition » et « participation » sur toutes les lèvres

Après deux ans d’absence, les Assises transfrontalières des élus du Grand Genève se sont à nouveau réunies le 17 novembre à Saint-Julien-en-Genevois. Les mots « transition » et « participation » étaient sur toutes les lèvres, mais il y a encore loin des paroles aux actes, notamment de ce côté-ci de la frontière.

Le maire de Loos-en-Gohelle aux Assises @Camille Content

Ce jeudi 17 novembre, dès 17h30, les locaux de la salle de l’Arande à Saint-Julien en Genevois commencent doucement à se remplir. Des dizaines d’élus du territoire du Grand Genève (Parlementaires genevois, vaudois, français et élus locaux), à cheval entre la France et la Suisse, se retrouvent enfin « en présentiel » après deux ans d’absence pour cause de pandémie. Le thème de la soirée porte sur la transition et la démocratie, ou comment mobiliser l’ensemble de la population du territoire de l’agglomération du Grand Genève, qui compte tout de même un million d’habitants, autour des grands enjeux de la transition écologique.

 

Transports, ressource en eau, foncier, logements… les défis ne manquent pas sur un territoire qui concentre à la fois énormément de richesses et des inégalités abyssales, notamment entre salariés frontaliers et salariés français, ces derniers éprouvant de plus en plus de difficultés notamment à se loger à des prix abordables. Une bonne raison de multiplier les échanges entre les élus du territoire malgré la frontière qui les sépare, une frontière franchie chaque jour par quelques 100 000 travailleurs rien que sur le canton de Genève, attirés par les très bons salaires suisses[1].  

 

Des élus en nombre

 

Les débats de la soirée sont ouverts par la maire de Saint-Julien-en-Genevois Véronique Le Cauchois, qui consacre plusieurs minutes à décliner l’ensemble des fonctions politiques présentes dans la salle, selon la tradition républicaine, avant d’être applaudie pour la performance. Christian Dupessey, maire d’Annemasse et Président du Pôle métropolitain du Genevois français qui intervient ensuite, utilise lui l’expression suisse « Mesdames, Messieurs Chers invités en vos titres et fonctions », moins pompeuse mais bien plus rapide et pratique. Avant de laisser la place à Séverine Evéquoz, Présidente du Grand Conseil du Canton de Vaud, puis Céline Zuber-Roy, Vice-Présidente du Grand Conseil de la République et du Canton de Genève, toujours pour les mots d’accueil et de bienvenue.

 

Le défi du « Donut » du Grand Genève

 

Camille Gilloots, chercheuse au Centre de compétences en Durabilité de l’Université de Lausanne, commence par poser scientifiquement les termes du débat avec la grille de lecture de la « Théorie du Donut »[2]. Elaborée par l’économiste britannique Kate Raworth, cette théorie conjugue les limites planétaires définies par les sciences naturelles et les limites intérieures constituées par les droits humains et les besoins essentiels de chaque personne. Une économie de la transition réussie doit se situer entre les deux, et rappelle alors la forme du célèbre beignet américain. Or les chiffres actuels du Grand Genève dépassent les deux tiers des limites planétaires et ne remplit pas l’ensemble des besoins essentiels. Un donut encore peu digeste donc. C’est pourquoi le Président du Grand Genève et Conseiller d’Etat Antonio Hodgers intervient ensuite pour livrer sa recette : une agglomération du Grand Genève en transition qui se projette en 2050, avec la neutralité carbone enfin atteinte et un donut réussi. Pour lui, aucune transition ne peut réussir sans une participation la plus large possible et un projet désirable donnant une image positive de l’écologie, encore trop souvent synonyme de restrictions dans la tête du plus grand nombre.

 

Pas de transition sans participation

 

Le Grand témoin de la soirée est Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle dans le Pas-de-Calais et promoteur de la Fabrique des transitions. Son expérience réussie de la conduite de la transition dans une ancienne ville manière qui était alors ravagée par une double crise sociale et écologique s’avère très instructive pour l’ensemble des élus présents. Pour Jean-François Caron, l’implication concrète de l’ensemble des habitants est la condition sine qua non de la mise en œuvre d’une transition réussie. Mais attention, pas de participation sans « responsabilisation » sinon c’est un « piège à cons » : le maire de Loos-en-Gohelle se montre très critique sur la multiplication des expériences de « démocratie participative » sans projet concret derrière, qui ne font que créer de la consommation passive des décisions publiques, et par la même des frustrations de part et d’autre.

 

S’en suivent des témoignages sur la renaturation de la rivière L’aire, côté genevois et côté français avec notamment l’expérience d’Isabelle Rossat-Mignod, adjointe Transition Environnementale Citoyenne à la mairie de Saint-Julien-en-Genevois, qui porte ce projet participatif avec une équipe de citoyens et une compagnie théâtrale.  La soirée se conclut par une table ronde et des questions-réponses d’élus suisses et français, dont Virginie Duby-Muller, députée les Républicains, et Olga Givernet, la députée LREM de l’Ain.

 


Table ronde des parlementaires © Camille Content

 

Encore du chemin à parcourir, surtout côté français

 

Si tout le monde a bien les mots « transition » et « participation » à la bouche durant la soirée, force est de constater qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Certes côté suisse, la participation aux processus décisionnels est indéniable, la Confédération helvétique consultant régulièrement l’ensemble de ses concitoyens, en moyenne tous les trois mois. Mais en France on ne peut pas en dire autant, où la population n’est presque jamais consultée en dehors des élections. Et quand elle l’est, comme lors du référendum sur la constitution européenne en 2005 où avec la Convention citoyenne pour le climat suite aux Gilets Jaunes, son avis n’est pas ou peu pris en compte.

 

En matière de démocratie et de participation, il semble bien que la France de la 5e république peut s’inspirer utilement de sa voisine suisse. C’est sans doute une des principales leçons que l’on pouvait tirer de cette soirée où l’on parlait « participation citoyenne » principalement entre élus.

Camille Content

[1] Le salaire minimum dans le canton de Genève est de 4’033 CHF brut pour 40h semaine, soit 4090 euros, à comparer au Smic français de 1 678,95 € bruts.

[2] Lire https://www.oxfamfrance.org/actualite/la-theorie-du-donut-une-nouvelle-economie-est-possible/

Auteur: gfumex

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