Que voulons-nous ?
« Tendre vers un maximum de richesses, un minimum de propriété. »
Dans un précédent article du 18 février 2014 intitulé : « Comment on devient citoyen sans le savoir et pourquoi il vaut mieux le savoir », nous posions le problème de l’association politique des hommes par le contrat social qui fonde l’État et nous évoquions la volonté générale qui donne à cette association son sens et son orientation.
Les hommes ne peuvent vivre correctement ensemble s’il ne partagent pas des désirs communs, s’ils n’envisagent pas d’un commun accord le bien qu’ils assignent comme but à leur vie collective.
La question se pose pour nous, Français, comme pour toutes les communautés nationales : avons-nous une volonté générale ?
Que voulons-nous ?
À cette question il est relativement facile de répondre. La population française comme toutes les autres veut la richesse et la possibilité d’en jouir.
La richesse est un but politique dans la mesure où elle est un moyen pour chaque individu de cultiver ses propres projets en toute liberté.
En effet, la richesse matérielle favorise la santé des hommes qui peuvent se nourrir et se soigner, elle permet de multiplier les moyens de s’instruire et de se cultiver, elle libère de l’inquiétude et, si elle est bien partagée, elle protège de l’envie, de la jalousie et évite ainsi les conflits internes.
Mais là est le problème.
En effet, la volonté générale, après la deuxième guerre mondiale s’est appliqué à faire croître la richesse dans le monde au point que celle-ci n’a jamais été aussi colossale dans toute l’histoire de l’humanité et que, répartie équitablement, elle suffirait à faire vivre confortablement tous les hommes de la planète.
Même chose à l’échelle de la nation. La France est un pays riche capable de subvenir facilement aux besoins de tous ses habitants.
Mais vous connaissez le paradoxe de notre époque : dans un monde de plus en plus riche il y a de plus en plus de pauvres.
Dans une France qui n’a jamais été aussi prospère (si l’on additionne les biens de tous ses habitants et les ressources naturelles) la majorité du peuple se serre la ceinture.
La cause de ce scandale est également bien connue : la propriété privée.
La propriété privée fait partie des biens les plus précieux au regard de la volonté générale. Il ne faut pas oublier que la révolution française l’a conquise sur la propriété féodale et que l’écroulement du mur de Berlin en 1989 a marqué son triomphe sur la propriété communiste considérée comme un épouvantail par beaucoup d’occidentaux.
La propriété privée est, en fait, l’objet d’un grave malentendu et la peur de la perdre relève du cauchemar avec en toile de fond les serfs du Moyen Âge, l’esclavage et le Goulag : on confond propriété privée et liberté privée, droit à disposer de son corps et de sa vie.
C’est au nom de ce droit à la vie privée que la propriété privée est devenue sacrée, intouchable (sacralisation qui culmine aux USA avec le droit de détenir librement des armes.)
Et c’est dans ce contexte paranoïaque qu’elle est devenue le droit d’accumuler au profit d’une personne les biens indispensables à l’entretien de la vie de millions d’autres personnes privées de ressources.
En fait, notre rapport à la propriété privée est devenu pathologique et la maladie, elle-même devenue endémique, rend notre monde politique littéralement monstrueux.
D’autant plus que cette maladie est devenue la norme et s’est emparée de la force et du droit pour se répandre et s’imposer partout.
Un individu sur 100 possède la moitié de la richesse. Les 99 autres se partagent l’autre moitié : et on ose parler de civilisation ?
Sans compter que, sous prétexte de protéger la propriété privée, la vie privée qui la justifiait est tout bonnement supprimée.
Chacun est aujourd’hui localisé, surveillé et manipulé sans la moindre vergogne par les pouvoirs économiques à la seule fin de mieux l’exploiter et de le déposséder de toute initiative personnelle.
La notion de « propriété privée » a perdu son sens et, avec elle, la notion de « propriété publique » ou tout simplement de bien commun.
Il serait bon d’en revenir à des idées plus claires afin de rendre à la volonté générale son sens originel : volonté de tous les individus vivant ensemble de rendre acceptable par tous la vie commune.


