Quand les personnes en situation de handicap prennent du plaisir à cuisiner

Sur le site de Cluses de l’ADTP*, huit personnes, après une journée de formation par la Mutuelle de France unie, cuisinent régulièrement des menus équilibrés. Une valorisation personnelle évidente.

Sous la conduite de Jean Rosemont, éducateur spécialisé pour les projets personnalisés, coordinateur du S.A.S. (service annexe spécialisé à l’ESAT de l’Arve), les usagers confectionnent quotidiennement leurs menus, à la fois en individuel et en collectif.

L’ADTP, association loi 1901 créée sur Cran-Gevrier, a la mission de l’emploi et de la qualification professionnelle de personnes en situation de handicap, au sein d’activités industrielles et de services. Les différents sites sont situés à Cran-Gevrier, en lien avec la SNR, Téfal, à Ville-la-Grand pour l’électronique, et à Cluses en sous-traitance pour le décolletage. ADTP emploie 600 personnes dont 75% sont en situation de handicap.
« Il s’agit de maintenir ces personnes en situation de handicap dans un travail au quotidien, avec un accompagnement au départ à la retraite, » explique Jean Rosemont.

L’ESAT de Cluses (établissement ou service d’aide par le travail) comprend 37 usagers, dont 8 personnes au SAS. « Le projet est adapté aux besoins de chacun. »
Cet atelier de cuisine a été mis en place car les usagers éprouvent des difficultés au niveau de l’alimentation. « Ils ne prenaient pas le temps pour la cuisine, avec le risque d’une mauvaise alimentation, ne s’attardaient pas sur les prix, ce qui peut générer des difficultés pour le budget. Cette activité répond donc à leurs demandes. »

 

 

Autonomie dans la découverte de soi

Ainsi, une fois par mois, les huit personnes composent le menu de A à Z. Elles regroupent les aliments, établissent un menu équilibré. Un travail de recherche de recettes est effectué sur Internet.

Le budget alloué est de 40€ par semaine, financé par le Conseil départemental. Ensuite, ce menu est imprimé. « Ils vont faire leur courses tous ensemble au supermarché de Cluses ou de Sallanches. Sur place, ils établissent le prix au kilo grâce à une petite calculatrice, une façon de les rendre autonomes, notamment pour le paiement en caisse, formés auparavant pour le comptage de la monnaie. »

Robert, un des huit usagers – seules cinq personnes sont présentes dans la cuisine (les autres sont Maria, Vanessa, Laetitia, Caroline, Virginie et Michel) – a plaisir à raconter ses tâches. « Chacun prépare un ingrédient, mais c’est aussi un travail d’équipe. C’est très plaisant dans une bonne ambiance. » Maria s’enthousiasme : « Je n’achète plus de congelé depuis que je fais la cuisine. Je me découvre dans cette activité et constate que ce n’est pas dur de faire la cuisine. »

 

Une formation à l’alimentation organisée par la Mutuelle de France Unie

La formation dispensée en octobre dernier par la Mutuelle de France unie les a aidés.

Témoin encore Vanessa qui a cuisiné des crêpes au jambon avec épinards et fromage râpé, et également un crumble aux fruits. « Avant, je chauffais souvent au micro-ondes. »

On sent qu’ils sont fiers, heureux de raconter leur nouvelle expérience culinaire. « Tout le monde agit, précise l’éducateur. Le mode opératoire et les consignes sont respectées, dont les normes d’hygiène. »
Et le chœur de proclamer : « On mange mieux, des légumes, de la salade, de la viande mais moins souvent qu’avant.» Ces plats confectionnés à l’ESAT sont repris par les pensionnaires dans leurs hébergements personnels.

Outre la cuisine, les usagers ont pas mal d’activités. La musicothérapie, la relaxation, la parole en groupe, la musique. Autant d’occupations qui leur font partager la vie citoyenne. D’ailleurs, ils montent une exposition prévue à la médiathèque de Cluses sur la destruction d’un foyer de jeunes travailleurs.

 

Plaisir et motivation

Les usagers payent 2,50€ la demi-journée et reçoivent un salaire en fonction de leur temps de travail, complément de leur allocation d’adulte handicapé.

Certains sont hébergés en foyer, d’autres vivent en famille ou ont leur propre domicile en appartement de soutien.

Sous curateur, ils gèrent leur budget.
Sur ce dernier point, Robert achète des produits chez Lidl. « Tous les produits ne sont pas de qualité, mais il y en a. Il y a aussi des idées reçues. Il y a du choix. » Sa manière de cuisiner a changé. « Avant, je prenais pas mal de surgelés, des plats préparés. Maintenant, je vois que l’équilibre du menu favorise la santé. Je ne prends plus de desserts avec des additifs, par exemple. » Cela leur a ouvert les yeux sur la protection de l’environnement. Par exemple, Maria va à pied « quand je peux pour faire les courses. »

 

Gérer le coût de son repas

Ici, dans la gestion de l’atelier cuisine, un repas revient à 7€, contre 10€ chez soi annonce Robert.
La formation de la mutuelle leur a fait découvrir la nutrition.

Mona raconte : « On a appris à préparer à manger en excluant les conserves et les surgelés. C’est plus compliqué de faire des repas équilibrés. Cinq fruits et légumes par jour, pourquoi pas, mais c’est cher. »

 

Et le bio, y ont-ils goûté ?

« Oui, un peu, pour le pain, les légumes, les fruits, et aussi pour les œufs à l’atelier. » Mais les prix les font hésiter.

Leatitia qui a deux enfants de cinq et douze ans avoue faire la cuisine quand elle a le temps. « J’achète du frais. Je regarde sur Internet pour avoir des idées, car au bout d’un moment je ne sais plus quoi cuisiner, alors je chauffe du congelé. C’est plus le week-end que je prends le temps et j’apprends aux petits à manger plus sain, sans crème par exemple. »
« Moi, enchaîne Maria, je vais une fois par mois manger un kebab. »

Mona, elle fait attention, depuis la formation, au sucré.

Maria : « J’ai perdu quatre kilos avec la cuisine équilibrée. »

Tous sont d’accord pour affirmer que faire son menu c’est un apport personnel.

 

Une activité durable

Sans jusqu’à aller ouvrir leur propre restaurant – d’aucuns y songent parfois -, ils ont déjà confectionné des apéritifs dînatoires au lac aux Dames à Samoëns et pour l’Esat. « On va aussi faire la cuisine dans d’autres SAS. On crée du lien, » complète Jean Rosemont.

L’atelier cuisine entend bien durer. Tout comme les usagers qui se complaisent dans ce lieu accueillant. Robert est présent depuis 1982. Mais ce n’est pas le plus ancien.

C’est Michel qui détient la palme puisqu’il a été le premier à rentrer à l’ADTP. Bientôt la retraite ! Vanessa est là depuis 28 ans, Laetitia, 16 ans, Caroline, 24 ans, Maria, 5 ans, et Mona, 3 ans.

‘ADTP* Association Départementale des Travailleurs Protégés

Auteur: Loïc Quintin

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