Primer mundo

Jeudi 12 mai c’est «Primer mundo», pièce écrite et mise en scène par Patricia Allios et Eléonore Weber, qui a ouvert le festival des «Extra» à Bonlieu Scène nationale, festival  qui se déroulera jusqu’au 28 mai  avec les thèmes communs de frontière et de migration.

Est-ce uniquement «la nécessité» qui pousse des gens à migrer ? L’homme occidental, réduit, lorsqu’il voyage, de façon inextricable, à n’être qu’un touriste, peut-il réellement se mettre dans la peau d’un «migrant» ? Et où peut-on situer la frontière entre réel et virtuel ?

Toutes ces questions, parmi bien d’ autres, sont posées de façon plus ou moins explicites par «Primer mundo». Inspirée d’une réalité ontologiquement et honteusement  insupportable ( la  «Carmina nocturna»), la pièce met en scène trois personnages, deux jeunes femmes ayant à leurs origines un rapport très différent et le touriste occidental sûr de lui et forcément un peu ridicule, qui fait part de son expérience de la « carmina nocturna » et dont la pensée à la fois confuse et parfois très précise fait ressortir  «l’obscénité du discours ambiant». La «Carmina nocturna» existe donc bien réellement; c’est un jeu pour touristes, inventé par des Mexicains «revenus» (sans doute dans les deux sens du terme) de l’American dream qui avait fait d’eux des migrants et des clandestins. Le principe ? Pour un touriste occidental, se retrouver quelques heures durant dans des conditions similaires à celles que vivent ceux qui tentent de passer la frontière illégalement. Naturellement, la réalité en moins…

Mélange de fraicheur, de spontanéité, d’impertinence ou de retenue (c’est selon) et de rancœur contenue dans le jeu des actrices (même si la répression «jouée» finit par éclater en colère sourde), contradictions et condescendance inconscientes qui percent le discours cynique du jeune homme «naif», utilisation d’un grand écran pour visionner le jeu vécu par le touriste, tels sont quelques ingrédients de réussite de cette mise en scène qui inverse habilement les rôles et pose effectivement la question de la frontière entre réel et virtuel. Quant à la possibilité, pour un occidental, de se «mettre à la place de l’autre», indéniablement celle-ci n’existe pas ; un pur leurre… Un jeu (de rôle).

Auteur: librinfo74

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