PHILOSOPHIE. Du bonheur de vieillir.

On entend souvent parler de la tristesse des vieillards et de la joie de la jeunesse. Il me semble que c’est un lieu commun très discutable et qui, sans doute, provient de jeunes ignorants. Il est possible que la maladie rende la vieillesse pénible mais les jeunes malades ne sont pas très heureux non plus. Non ! Malgré cette mode idiote qui fait passer les jeunes gens, voire les enfants, pour des êtres achevés et qui n’ont rien à apprendre, il est certain que ceux-ci ne savent pas vivre et sont très mal à l’aise dans le monde. S’ils le nient, cela ne fait que renforcer leur inconfort.

Le propre de la jeunesse est de rire beaucoup, c’est ce qui la fait passer pour joyeuse, mais d’un rire souvent hystérique et superficiel qui est davantage une défense contre le ridicule qu’un véritable humour. Ce rire, plutôt ironique, est une arme et un instrument de socialisation, il faut rire avec les autres pour ne pas être la risée des autres et il faut se dépêcher de se moquer de ceux dont on craint qu’ils puissent se moquer de nous. C’est un rire dont on dit parfois qu’il est bête mais qui surtout est un peu contraint, souvent anxieux et parfois presque violent, un barrage contre la réflexion, une protection contre une éventuelle conscience de soi et de sa fragilité.

L’âge intériorise le sourire. Ou du moins il permet de le faire à ceux qui veulent avancer et qui ne restent pas paralysés dans les niaiseries de l’enfance par la terreur inspirée par la mort. Peu à peu le monde s’éclaircit, les autres se révèlent et on se connaît mieux soi-même. Les illusions, qui sont dans la jeunesse presque toujours angoissantes, se dissipent. On ne se sent plus obligé de faire ses preuves, d’être compétitif. On a moins peur d’être le plus nul ou, en tout cas, moins bons que les autres (souci majeur des jeunes gens.) Et chaque peur qui s’efface laisse sur les lèvres un vrai sourire.

Avec un peu de chance et beaucoup de persévérance l’homme âgé gagne sans cesse en lucidité et par là-même en liberté jusqu’à ce que le sourire éclaire toutes les croyances et les fasse disparaître comme des ombres au soleil. Jusqu’à ce que le sourire pénètre au cœur-même de son être et y prenne toute la place.

Quand le sourire a brûlé l’ego, quand il a fait disparaître cette dernière croyance en soi, cette dernière et mortelle illusion, on peut dire que la vie n’a pas perdu son temps et pour rien au monde on ne voudrait revenir en arrière.

Auteur: librinfo74

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