« Note sur la suppression générale des partis politiques »
« L’usage même des mots de démocratie et de république oblige à examiner avec une attention extrême les deux problèmes que voici :
Comment donner en fait aux hommes qui composent le peuple de France la possibilité d’exprimer parfois un jugement sur les grands problèmes de la vie publique ?
Comment empêcher, au moment où le peuple est interrogé, que circule à travers lui aucune espèce de passion(*) collective ?
Si on ne pense pas assez à ces deux points, il est inutile de parler de légitimité républicaine.
Des solutions ne sont pas faciles à concevoir. Mais il est évident, après examen attentif, que toute solution impliquerait d’abord la suppression des partis politiques.
Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels.
On peut en énumérer trois :
Un parti politique et une machine à fabriquer de la passion(*) collective.
Un parti politique et une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres.
La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.
Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent ne le sont pas moins que lui.
Ces trois caractères sont des vérités de fait évidentes à quiconque s’est approché de la vie des partis. »
Ce texte est extrait d’un article de Simone Weil écrit en 1943 et publié dans la revue « La table ronde » numéro 26 de février 1950.
Comme quoi les bonnes idées sont toujours d’actualité.
(*) Un synonyme de passion, ici, est « parti-pris » ou mauvaise foi.


