Faites vos Jeux, rien ne va plus : quand l’unité de façade vole en éclat !

Texte, photos et vidéos par Sandra Stavo-Debauge
Impact financier, social et environnemental avec une empreinte carbone estimée à près d’un million de tonnes de CO2, dans un environnement particulièrement sensible que sont les Alpes françaises, les JOP « Alpes 2030 » avancent à marche forcée sans s’embarrasser de consultation citoyenne, ni de démocratie environnementale. Oui mais voilà, c’est contraire à la convention d’Aarhus des Nations Unies que la France a pourtant ratifiée et qui l’oblige.
Estimant que la France viole ses obligations internationales en matière de démocratie environnementale, une large coalition citoyenne a saisi l’ONU. Librinfo74 a suivi les requérants jusqu’aux Nations Unies pour leur audition en novembre 2025 devant le Comité d’Aarhus qui a jugé leur requête recevable le 19 novembre 2025.
Pour la première fois dans l’histoire des Jeux olympiques, l’ONU a été saisi par une large coalition citoyenne et associative : Collectif citoyen JOP2030, France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes, France Nature Environnement PACA, France Nature Environnement national, Mountain Wilderness, la Ligue des Droits de l’Homme et une dizaine de parlementaires LFI et EEVL. Cette coalition dénonce l’absence de participation du public dans le processus d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver « Alpes 2030 » et un déni démocratique. En effet, depuis l’annonce surprise de la candidature de la France à l’été 2023 jusqu’à ce jour, aucun mécanisme de participation du public n’a été mis en œuvre par les instigateurs de ces JOP.
18 novembre 2025 : audition devant le comité d’Aarhus aux Nations Unies à Genève
Les requérant·es ont été auditionnés[1] le 18 novembre aux Nations Unies à Genève devant le comité d’Aarhus, l’organe de contrôle onusien chargé de veiller au respect de la Convention d’Aarhus, ratifiée par la France. Cette convention impose la consultation du public dès le début des projets ayant un impact important sur l’environnement, les grands événements sportifs n’y faisant pas exception. Or les requérant·es pointent le fait qu’aucune véritable concertation ni consultation n’aient eu lieu concernant les JOP 2030, malgré des demandes répétées et la saisine de la Commission nationale du débat public (CNDP) par des associations de protection de l’environnement et des élus. Ils estiment que la France viole ses obligations internationales en matière de démocratie environnementale.
De leur côté, les deux représentants de l’État français ont jugé ces accusations infondées et prématurées, affirmant que les cadres juridiques existants seraient appliqués ultérieurement, comme pour Paris 2024. Une défense faible, approximative et souvent hors sujet qui n’a manifestement pas convaincu puisque le 19 novembre 2025, le comité Aarhus a jugé recevable la requête des plaignant·es.
L’État français dispose d’un délai de 5 mois (avril 2026) pour répondre sur le fond.
En sortant de l’audience, la juriste Delphine Larat, porte-voix du Collectif Citoyen JOP2030 confiait à Librinfo son étonnement : « On a pu intervenir et poser des questions devant le comité d’Aarhus, c’est la première fois qu’on avait voix au chapitre, mais la pauvreté des arguments des adversaires me chagrine. On a l’impression qu’on ne parlait pas de la même chose ! Nos requêtes ont l’air d’avoir suscité beaucoup d’intérêt de la part des membres du Comité d’Aarhus, mais n’ont pas soulevé les mêmes questionnements de la part des membres de l’État français et du gouvernement, ça nous étonne. »
Pour Maître Graefe, l’avocat des requérants : « Que le comité considère notre action comme recevable signifie qu’il considère que les violations qu’on a évoquées devant lui sont sérieuses. En conséquence, la France devrait réagir en prenant instamment des mesures qui visent à la transparence et à faire participer le public directement par l’organisation d’un débat public. » Ce qu’elle n’a toujours pas fait en cette fin décembre… Maître Graef poursuit : « Tout l’intérêt de la procédure Aarhus, c’est de mettre de la transparence car les réponses qu’apporteront la France sur le fond seront publiés sur le site du Comité. Il y aura une position officielle du gouvernement qui sera sue au vu de tous. Il sera forcé de répondre et d’apporter de la transparence là où il n’y en a pas aujourd’hui, le public se brisant face au mur de silence qui lui est opposé. »
La suite dans le volet 2 !
[1] Lien vers la procédure : PRE/ACCC/C/2025/219 France


