Texte et photo par notre envoyée spéciale des Aravis à Albertville
Lundi 23 février, jour de l’arrivée du drapeau Olympique à Albertville en vue des Jeux Olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises et de la cérémonie pour les médaillés de retour des JO de Milan-Cortina, des drapeaux de l’Association France Palestine Solidarité flottaient sur le parvis de la gare où s’est rassemblé le collectif de soutien au peuple palestinien d’Albertville et environs.

Les militants de France Palestine Solidarité rassemblés devant la gare d’Albertville
Ce dollectif dénonce le refus du Comité International Olympique d’écouter l’appel des Palestiniens demandant l’exclusion des athlètes israéliens des Jeux Olympiques de Milan-Cortina.
Le collectif a également dénoncé le discours du 1er ministre Lecornu prononcé trois jours auparavant lors d’un dîner au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), pendant lequel il nie le génocide en Palestine, assimile juifs et sionistes, soutient la demande de démission de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale pour les territoires palestiniens occupés, et promeut un projet de loi scélérat visant à criminaliser la dénonciation du génocide.
Muni des drapeaux de l’Association France Palestine Solidarité aux couleurs de la Palestine, ce collectif s’est rassemblé le 23 février à Albertville, jour de la venue du 1er ministre Lecornu pour le retour du drapeau olympique en provenance des Jeux de Milan-Cortina, 34 ans après les JO de 1992, et en vue des Jeux Alpes 2030.
Alors que d’un côté, on glorifie des athlètes pour leurs médailles olympiques, d’autres sont ostracisés et même assassinés. En effet, depuis octobre 2023, Israël a assassiné plus de 800 athlètes et responsables sportifs palestiniens et a détruit l’ensemble des infrastructures sportives à Gaza et il est en passe de faire de même en Cisjordanie. Des chiffres effroyables énoncés par le porte-parole du collectif de soutien au peuple palestinien d’Albertville et environs.
Deux poids, deux mesures… l’hypocrisie du CIO
Dans sa prise de parole, le collectif qui s’est présenté en tant que « défenseurs des droits des palestiniens » a dénoncé le refus du Comité International Olympique (CIO) d’entendre l’appel des palestiniens : « Dans le cadre de leur campagne boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) qui vise à affaiblir l’État responsable de l’occupation illégale et du génocide, les palestiniens appellent à bannir la participation des athlètes israéliens comme cela a été le cas pour les athlètes sud-africains du temps de l’apartheid. Pour cette demande de boycott, les palestiniens soulignent les multiples attaques dont sont victimes les athlètes et les structures sportives palestiniennes. Une génération entière de sportifs palestiniens a été décimée par Israël de façon sélective et continue à l’être dans le cadre du génocide. »
Le CIO n’a pas exhaussé cette demande de boycott ce qui était malheureusement prévisible. Le CIO n’a pas non plus sanctionné les athlètes israéliens glorifiant ouvertement le génocide et le racisme anti-arabe sur les réseaux, à l’image de Adam Edelman[1] de l’équipe israélienne de bobsleigh.
En revanche, l’athlète de bobsleigh ukrainien qui s’est présenté au départ de l’épreuve olympique avec un casque affichant les portraits de ses amis morts à la guerre s’est vu interdire de concourir par le CIO. Quelle hypocrisie !
La présence de Lecornu à Albertville dénoncée par le collectif
Mais la raison première du rassemblement du collectif à Albertville le 23 février était la dénonciation de la présence du Premier ministre français à la cérémonie olympique « trois jours après avoir fait un discours absolument inacceptable au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, le Crif ». Dîner du 20 février lors duquel, selon l’intervenant du collectif, le Premier ministre a « repris à son compte la demande de monsieur Barrot, ministre des Affaires étrangères, exigeant que madame Francesca Albanese, rapporteuse spéciale auprès du comité des droits de l’homme pour les territoires palestiniens occupés, soit démissionnée. Le premier ministre a également nié le génocide en cours en Palestine. »
Dans son discours au Crif le 1er ministre a tenu ces propos : « Il existe aujourd’hui une stratégie sémantique, celle qui consiste à retourner l’accusation, à déposséder les Juifs de leur histoire, les faire passer de victimes à bourreaux. Parler de génocide à Gaza, c’est leur arracher la mémoire de la Shoah pour relativiser, pour inverser. (…) Employez le mot génocide n’est pas neutre, dit-il encore. C’est une arme politique. La guerre des mots prépare la guerre contre les personnes. Elle désigne des cibles. Elle légitime l’hostilité envers tout sioniste, donc envers tout juif. »
L’intervenant a accusé l’ignorance crasse de Lecornu qui assimile juifs et sionistes, alimentant ainsi le danger pour la population juive, sioniste ou antisioniste, « en faisant croire à des millions de gens révulsés par ce génocide en direct que ce génocide est voulu par tous les juifs parce qu’ils sont juifs. » Il accuse aussi le premier ministre de soutenir le projet de loi « scélérate » porté par la députée Renaissance Caroline Yadan visant à criminaliser et bâillonner la dénonciation du génocide. Une loi que Lecornu veut s’empresser de faire voter dès le mois d’avril, a-t-il assuré au Crif.
Un rassemblement escorté par les forces de l’ordre
Le rassemblement du 23 février a été suivi d’une déambulation circonscrite aux abords de la gare et sous forte escorte de forces de l’ordre. Il n’aurait quand même pas fallu gâcher la fête olympique en déambulant en centre-ville face à l’hôtel de ville et vers la vasque olympique…
[1] Librinfo74 témoigne son soutien au journaliste de la RTS Stefan Renna qui a dénoncé à l’antenne le soutien du bobeur israélien à l’engagement militaire de son pays à Gaza. Le comité olympique d’Israël a demandé la mise à l’écart des Jeux Olympiques de Milan-Cortina du journaliste qui ne faisait que son métier d’information.


