Expliquer, est-ce déjà vouloir un peu excuser ?

valls

En matière de terrorisme, Manuel Valls ferait-il un déni de savoir  ? Voilà trois fois qu’il s’en prend à tous ceux, sociologues et chercheurs, qui tentent de comprendre les violences contemporaines. Samedi, lors de la commémoration de ­l’attaque contre l’Hyper Cacher, le Premier ministre a de nouveau rejeté toute tentative d’explication à la fabrique de jihadistes. «Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille  ; car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser Au Sénat, le 26 novembre, il avait déjà porté la charge : «J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses et des explications culturelles ou sociologiques à ce qu’il s’est passé.» Et la veille, le 25 novembre, devant les députés  : «Aucune excuse ne doit être cherchée, aucune excuse sociale, sociologique et culturelle.» (Libération)

 

 « excuser » et « expliquer.

Excuser quelqu’un, c’est affirmer qu’il n’est pas responsable d’un acte qui a fait du tort à quelqu’un d’autre. C’est le dispenser de la culpabilité ou considérer qu’il n’avait pas l’intention de faire du mal.

Nous nous plaçons dans le domaine de la morale.

L’excuse est un jugement qui évite la condamnation.

 

Expliquer quelque chose (un acte), c’est montrer sa cause ou l’ensemble des relations de cause à effet qui l’a produit.

Nous nous plaçons dans le domaine de la connaissance intellectuelle.

Expliquer permet de comprendre.

On ne peut pas expliquer quelqu’un, on peut expliquer ses actes. On dira, à ce moment-là, que l’on comprend la personne qui a agi dans la mesure où l’on imagine qu’à sa place on aurait agi comme elle par ce qu’on aurait été déterminé par les mêmes causes.

Comprendre évite de juger (et, par là-même de haïr).

On Juge donc surtout lorsqu’on ne comprend pas.

Soit parce qu’on ne connaît pas les causes de l’acte, soit parce qu’on ne les admet pas comme déterminantes.

On pose alors que l’acte ne dépend pas des circonstances qui l’ont précédé mais relève de la libre décision de la personne qui l’a commis (et qui aurait pu décider, aussi bien, de ne pas le commettre).

Nous projetons pour cela sur l’auteur de l’acte une illusion que nous entretenons sur nous-mêmes : à savoir que, lorsque nous faisons un choix, nous prenons une décision purement arbitraire qui n’est pas déterminée par notre passé et l’ensemble des événements qui, nous ayons fait ce que nous sommes, nous fait choisir ce que nous choisissons.

Certes, moralement parlant, le devoir de chacun de nous est d’assumer la responsabilité de ses actes, d’en revendiquer le mérite ou d’en porter la culpabilité. Mais il est clair que la morale que chacun de nous à intériorisée et qui lui fait partager les valeurs du groupe social auquel il appartient, participe de l’ensemble des causes qui le déterminent.

La liberté n’est pas une absence de détermination, mais le sentiment de liberté ou de dépendance est l’état plus ou moins agréable ou pénible que chacun ressent selon qu’il pose des actes conformes à sa morale et avec l’assentiment du groupe social dans lequel il est intégré ou, au contraire, avec le sentiment d’une hostilité de la part de ceux qui partagent ses valeurs.

Le djihadiste étant glorifié par ceux qui l’entourent, il peut se sentir libre de son choix comme n’importe quel individu agissant dans le milieu qui le favorise.

Le poisson est libre dans le l’eau, non hors de l’eau, et tous ses actes sont déterminés par l’interaction entre le monde aquatique et son organisme même s’il croit être à l’origine de ceux-ci.

Mais, dans le monde humain, il existe une grande diversité de milieux et il est clair que chaque individu et chaque groupe d’individus lutte pour l’extension du milieu qui lui est favorable (dans lequel il est justifié et reconnu).

Cette lutte peut-être idéologique, économique ou militaire.

Reste à savoir comment l’homme peut se sentir le plus libre sur la terre qui est son monde et avec tous les autres hommes (s’il y a une morale valable universellement.)

En tout cas, il est clair que chacun, dans la sphère qui est la sienne, peut comprendre tout autre humain (rien de ce qui est humain ne nous est étranger) et même que cette compréhension est indispensable non seulement pour respecter l’autre mais aussi pour pouvoir éventuellement s’attaquer aux causes de son agressivité s’il cherche à nous détruire.

Comprendre n’est pas juger mais ce n’est pas non plus accepter et il n’est pas nécessaire de haïr pour se battre.

 

 

 

Auteur: librinfo74

Partager cet article :

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.