Alternatiba Léman 2026 : penser d’urgence l’alternative à l’échelle transfrontalière

Alternatiba Léman vient de refermer ses portes ce samedi au Parc des Bastions, avec son traditionnel village des actions locales. Du 31 août au 5 septembre, la 12e édition de ce rendez-vous, devenu incontournable à Genève, a tenté comme à son habitude de fédérer et de mettre en avant les nombreuses initiatives locales en faveur des alternatives écologiques et sociales. Mais face à l’accélération de la crise climatique, aux tensions socio-économiques et au délitement démocratique observable partout, cette édition 2026 était marqué du sceau de l’urgence et de la nécessité d’une coopération transfrontalière renforcée :

Parc des Bastions, ce samedi 5 septembre en fin de matinée. Alors que le soleil réchauffe de plus en plus l’atmosphère et que pas un seul nuage ne pointe à l’horizon, rappelant que l’été caniculaire que l’on vient de subir n’a toujours pas dit son dernier mot, le public commence à arriver et à déambuler dans les allées du célèbre parc genevois. Les dizaines de stands des associations et organisations présentes peuvent heureusement compter sur ses arbres centenaires pour trouver un peu de fraicheur et pouvoir présenter sereinement les centaines d’alternatives locales existantes sur le territoire, à Genève bien sûr, mais également de l’autre coûté de la frontière.

Parc des Bastions samedi 5 septembre 2026 ©Benjamin Joyeux

Permanence et renouvellement

Depuis sa première édition en 2015, Alternatiba Léman s’est fixé comme principale mission de mettre en valeur les centaines d’initiatives locales en faveur de la transition écologique et sociale qui existent déjà sur le territoire, à Genève et au-delà. Au fil des années, l’association a profondément renouvelé tant son équipe que l’organisation de son festival, cherchant sans cesse à se réinventer, tout en maintenant son idée phare, celui du « plein de solutions ». C’est pourquoi chaque année, au sortir de l’été, Alternatiba Léman propose une semaine de débats se clôturant par son traditionnel village des alternatives toute la journée du samedi au Parc des Bastions, intitulé désormais « village des actions locales ».   

Cette année, comme l’année dernière[1], la semaine était resserrée autour de cinq grands débats du lundi soir au vendredi soir, plutôt que d’une multiplication des tables rondes comme cela avait pu être le cas par le passé.

Comme nous l’explique Blaise Thorens, co-président d’Alternatiba Léman, ce samedi : « Depuis l’année passée on a vraiment essayé, au lieu d’avoir beaucoup d’événements pendant la semaine qui risquent de disperser le public, d’avoir des soirées thématiques, donc une soirée chaque jour. »

Et les thèmes de l’édition 2026 tournaient autour de l’alimentation, du nucléaire, des nouveaux projets routiers, du droit de manifester et de l’engagement comme rempart démocratique[2].

Démocraties en danger

Pour cette dernière thématique du vendredi soir, Edwy Plenel en était l’invité d’honneur. Le célèbre journaliste et fondateur de Médiapart que l’on retrouve ce samedi déambulant entre les stands d’Alternatiba, venu également dédicacer son dernier ouvrage, La démocratie n’est pas l’élection. Entre deux signatures, nous arrivons à discuter très succinctement avec lui de l’élection présidentielle française qui l’inquiète sérieusement quant à la montée de l’extrême droite, et il n’est pas le seul. Car Genève comme l’ensemble de la Suisse ne sont pas non plus épargnées par les coups de boutoir permanents des extrêmes droites contre la démocratie. L’UDC[3] avait par exemple lancé une initiative, heureusement rejeté en juin dernier, d’un plafonnement de la population suisse à 10 millions d’habitants[4]. Et en ce mois de septembre, alors qu’une nouvelle votation aura lieu le 27 septembre prochain, l’extrême droite suisse défend un principe de neutralité extrêmement restrictif[5] et problématique en matière de collaboration internationale.

Edwy Plenel en pleine dédicace à Alternatiba Léman ©Benjamin Joyeux

Si les démocraties vacillent des deux côtés de la frontière, il semble donc plus nécessaire que jamais de penser et d’agir de façon transfrontalière, à l’échelle du Grand Genève et au-delà.

Nécessaire coopération transfrontalière

Les conférences et ateliers participatifs d’Alternatiba Léman ont insisté sur la nécessité de créer des passerelles solides entre les acteurs genevois et leurs voisins haut-savoyards et aindinois. Alimentation durable, gestion de l’eau, souveraineté énergétique et surtout mobilités transfrontalières, les sujets ne manquent pas. Et il y a bien sûr le projet du futur collisionneur du Cern, le FCC, dont le chantier titanesque, s’il se fait, aura des impacts écologiques, économiques et énergétiques énormes des deux côtés de la frontière. Les militant-es du collectif Co-CERNés ont donc répondu présent-es ce samedi aux côtés des associations genevoises.

Les Co-CERNés à Alternatiba Léman 2026 ©Benjamin Joyeux

Et un sujet particulièrement mis en exergue cette année est celui des nouveaux projets routiers, toujours en cours. Il y a l’A412 dans le Chablais côté français évidemment, mais pas que… Anna Gomez et Blaise Thorens, du comité d’Alternatiba Léman, nous expliquent :

« Nous avions l’A412 en point de mire et en préparant les conférences, on s’est rendu compte que côté suisse comme français il y a plein de choses : l’élargissement de l’autoroute entre Genève et Lausanne, l’élargissement de l’autoroute de contournement de Genève, la construction de nouvelles sorties, etc. Pour notre table ronde sur les nouveaux projets routiers[6], il y avait dix associations[7] qui se sont mises ensemble des deux côtés de la frontière et ça a bien fonctionné. »

Anna Gomez et Blaise Thorens le 05.09.2026 ©Benjamin Joyeux

Un sujet on ne peut plus d’actualité alors que la préfecture de Haute-Savoie vient de donner son feu vert au lancement des travaux de l’A412 et que quelques dizaines d’opposant-es tentaient ce lundi à Brenthonne[8] de retarder les premiers abattages d’arbres sur le futur tracé. Ils auront bien besoin rapidement de l’aide des militant-es genevois pour tenter de stopper ce projet du siècle dernier.

Après un été apocalyptique, alors que le contexte tant local que national et international ne prête pas vraiment à l’optimisme, faire le « plein de solutions » ce samedi à Alternatiba Léman pouvait ainsi constituer une modeste parenthèse enchantée.

Comme le déclarait en novembre 2023 Antonio Guterres, encore Secrétaire Général de l’ONU jusqu’à la fin de l’année : « Nous sommes sur l’autoroute vers l’enfer climatique, avec le pied toujours sur l’accélérateur ». Pour l’A412 comme pour le reste, on ne saurait mieux dire, n’est-ce-pas monsieur le Préfet Bonet ?

Benjamin Joyeux   

[1] Lire notre précédent article : https://librinfo74.fr/alternatiba-leman-2025-faire-converger-les-alternatives-malgre-tout/

[2] Voir https://alternatibaleman.org/evenements-de-la-semaine-2026/

[3] Pour comprendre ce qu’est l’UDC : https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_démocratique_du_centre

[4] Lire https://www.rts.ch/info/suisse/2026/article/l-initiative-udc-pas-de-suisse-a-10-millions-rejetee-a-54-5-29273820.html

[5] Lire https://www.rts.ch/info/suisse/2026/article/votation-tous-les-partis-sauf-l-udc-rejettent-l-initiative-29330443.html

[6] Voir programme du mercredi 2 septembre : https://alternatibaleman.org/evenements-de-la-semaine-2026/

[7] France Nature Environnement Haute-Savoie, Pro Natura et WWF Genève, Association de Concertation et de Proposition pour l’Aménagement et les Transports (ACPAT), Collectif Affluent, L’Association Transports et Environnement (ATE), Actif-TrafiC, AG!SSONS, La Confédération paysanne, Les Grands-parents pour le climat – Genève et Les Soulèvement de la Terre.

[8] Lire https://reporterre.net/Autoroute-A412-les-travaux-ont-commence-en-Haute-Savoie-des-opposants-veulent-paralyser-l

Auteur: librinfo74

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