A partir d’aujourd’hui et jusqu’à dimanche, les frontaliers et l’ensemble des habitants du bassin lémanique vont subir le calvaire des mesures sécuritaires drastiques décidées des deux côtés de la frontière pour la tenue du G7 à Evian ce weekend. Dans une opacité quasi-totale, les budgets s’envolent et ce sont les citoyens qui trinquent et qui payent. La comparaison avec le G8 qui s’était tenu au même endroit il y a 23 ans est particulièrement instructive. Mais un autre weekend est possible :
Ca y est ! Depuis hier soir minuit, la « bulle sécuritaire » est en place, comme on l’apprend dans le Dauphiné ce matin[1]. Frontières étanches, zones ultra filtrées, débarcadères fermés et bouchons dantesques en perspectives, etc. Evian, Genève, l’ensemble du Chablais comme tout le bassin lémanique et une majeure partie de la Haute-Savoie vont subir les conséquences des mesures de sécurité dantesques prises pour la tenue officielle du G7 2026 à Evian du 15 au 17 juin, sous égide d’Emmanuel Macron qui s’apprête à recevoir dans la cité lacustre les chefs d’Etat canadien, britannique, italien, japonais, allemand et … américain (Donald Trump lui-même).
Assignation à résidence et interdiction de manifester
Si ce sommet ne dure que trois jours, le calvaire des habitants s’étale lui sur plus d’une semaine. Le Léman, d’ordinaire espace de vie et d’échanges transfrontaliers plutôt fluides, est transformé en véritable frontière d’Ancien Régime : entre Genève et la France, le passage est interdit partout, sauf sur sept points névralgiques totalement saturés avec des contrôles stricts aux frontières entre le 10 et le 19 juin. Les travailleurs frontaliers vont ainsi perdre des heures dans les bouchons, avec la pollution supplémentaire prévisible dans ce type de situation. Le lac Léman lui, est bunkérisé du 12 au 18 juin, voyant la navigation de plaisance, la pêche et même les liaisons régulières de la CGN[2] drastiquement réduites ou interdites et sous surveillance militaire conjointe franco-suisse.

Les nuages s’amoncellent sur la rade de Genève ce 10 juin 2026 ©Camille Content
À Évian comme à Genève, les commerçants sont invités à baisser le rideau tandis que la liberté fondamentale de manifester est repoussée à des dizaines de kilomètres du centre des décisions. La crainte des « casseurs », héritée du G8 (la Russie en plus, à l’époque on parlait avec Poutine) qui s’était tenu au même endroit en 2003, sert de prétexte pour barricader les centres-villes.
De 2003 à 2026, une facture encore plus salée
En 2003, la facture globale du sommet du G8 avait frôlé le surréalisme. Côté français, des dizaines de millions d’euros avaient été engloutis pour transformer Évian en bunker. Côté suisse, l’addition avait atteint les 40 millions de francs pour trois jours, dont l’embauche surréaliste de 1 000 policiers allemands venus avec leurs canons à eau.
En 2026, l’inflation est passée par là, et les budgets s’envolent à nouveau dans l’opacité la plus totale. Pour cette édition, l’appareil sécuritaire s’est encore industrialisé : 4 000 à 5 000 militaires suisses sont mobilisés en service d’appui pour protéger l’espace aérien et le lac Léman. La Confédération suisse a dû voter en urgence des crédits complémentaires pour couvrir jusqu’à 80% des frais de sécurité extraordinaires des cantons de Genève, Vaud et du Valais. Côté français, entre la mobilisation de milliers de CRS, de gendarmes, la privatisation d’hôtels de luxe (comme l’Hôtel Royal d’Évian) et la logistique d’accueil, le contribuable finance une fois de plus une vitrine diplomatique, avec quelle retombée réelle pour le territoire ?[3]
De « l’argent magique » ?
Ces millions injectés dans des barrières de sécurité, des drones et des dispositifs militaires contrastent violemment avec les budgets d’austérité imposés par ailleurs aux services publics, locaux comme nationaux, de l’école aux hôpitaux en passant par la justice. Car si « comparaison n’est pas raison », l’argent consacré à ce G7 vient percuter de plein fouet l’actualité et le scandale du meurtre de la jeune Lyhanna : le sommet d’Évian va coûter à minima 50 millions d’euros pour trois jours de parade, alors que l’Etat ne dépense qu’environ 11 millions d’euros pour la protection judiciaire de la jeunesse[4] sur l’ensemble des pays de Savoie pour une année entière.
Le G7 va donc coûter au moins quatre fois plus cher que le budget annuel pour protéger et suivre tous les enfants en danger de Savoie et Haute-Savoie ! Visiblement de « l’argent magique » il y en a, tout dépend du choix que l’on en fait. Et côté français, on ne pourra même pas manifester contre ce scandale absolu[5]. Ce qui a fait réagir à nouveau le collectif No G7 France qui a organisé une conférence de presse à Annemasse, au parc Fantasia, le 5 juin dernier[6].

NO G7 au parc Fantasia le 5 juin 2026 ©Camille Content
Néanmoins, il y aura bien une grande manifestation à Genève dimanche et d’ici là des rendez-vous à ne pas manquer des deux côtés de la frontière pour un autre weekend possible face au G7 et son monde.
Un autre weekend est possible !
Pour ne pas déprimer face à tout ce déploiement policier, plein d’évènements sont tout de même prévus. A Genève bien entendu en premier lieu, où la coalition No G7 ouvre les hostilités dès ce vendredi, avec des rencontres internationales prévues autour des luttes féministes, écologistes, anticoloniales et antiracistes[7]. Et le point d’orgue sera bien entendu la grande manifestation de dimanche, qui partira de la Perle du Lac à 15h, coïncidant qui plus est avec la « grève féministe » toujours très suivie à Genève[8].
Côté français, vendredi soir, rendez-vous aux Gets avec un « Gets 7 des paysans » organisé par la Confédération Paysanne pour une contre-soirée à partir de 18h, avec de la musique, des saynètes humoristiques et des concerts[9]. Et dimanche rendez-vous à l’Établi à Massongy à partir de 11h45 pour le grand procès populaire de l’A412, la fameuse autoroute du Chablais, autour de Gilles Perret, Thomas Braille ou encore Elisabeth Charmot[10]. Une autre manière de dire non au G7 et à son monde de fric et de béton.

L’ironie du sort a voulu que Jean Ziegler, le célèbre sociologue altermondialiste suisse, de tous les combats contre le G7, nous quitte hier à l’âge de 92 ans. « Pour un être humain persécuté, il ne saurait exister de traversée illégale d’une frontière », avait-il notamment écrit. Nul doute qu’il aurait été de toutes les manifestations de ce weekend contre ce G7 inique.
Camille Content
[1] Lire https://www.ledauphine.com/politique/2026/06/11/g7-d-evian-la-bulle-securitaire-est-en-place
[2] Compagnie générale de navigation, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_g%C3%A9n%C3%A9rale_de_navigation_sur_le_lac_L%C3%A9man
[3] Lire notamment https://www.ledauphine.com/defense-guerre-conflit/2026/06/08/17-000-hommes-mobilises-pour-le-sommet-du-g7-les-chiffres-vertigineux-du-dispositif-securitaire
[4] Lire notamment https://www.lemediasocial.fr/protection-judiciaire-de-la-jeunesse-des-credits-en-baisse-en-2026_V1VeRt
[5] Lire notre précédent article https://librinfo74.fr/sommet-du-g7-a-evian-territoire-sous-cloche-et-contestation-annulee-cote-francais/
[6] Voir notre dernier article et ses interviews https://librinfo74.fr/le-collectif-nog7-denonce-lobjectif-de-la-prefete-de-sopposer-a-une-expression-citoyenne-legitime/
[7] Voir le programme https://nog7ge.noblogs.org/2026/06/03/grille-horaire-des-rencontres-internationales-nog7/
[8] Lire https://grevefeministe-ge.ch/14-juin-2026/
[9] Voir https://www.facebook.com/ConfederationPaysannedeHauteSavoie/posts/pfbid02fn92uadDwKCSD3NGCdRvfQfs3Yy1nuaFm8aYw1ooVExsGqJdrTUDrpKg6xMsY1bl?locale=fr_FR


