Par notre envoyée spéciale des Aravis.
Le 23 février dernier, il y avait deux ambiances à Albertville. D’un côté, les fastes et l’apparat à la gloire des politiques avec l’arrivée du drapeau olympique dans la perspective des JOP d’hiver 2030 et une cérémonie pour le retour des médaillés des JO de Milan-Cortina. De l’autre, l’arrivée du drapeau Olympicsou, une contre-cérémonie portée par le Collectif Citoyen JOP 2030. Librinfo74 y était.

Ce lundi 23 février, sous un soleil plombant et une température quasi estivale (des records de chaleur sont encore tombés), Albertville, la ville olympique de 1992, s’apprête à recevoir le drapeau olympique en provenance des Jeux de Milan-Cortina en vue des prochains Jeux d’hiver en 2030.
Les Paralympiques n’ont pas encore débutés, c’est dire le peu de cas qui est fait de ces derniers. La ville est comme morte, quadrillée par les forces de l’ordre : le premier ministre est attendu à l’hôtel de ville pour le retour du drapeau aux alentours des 17h porté triomphalement par les LR Fabrice Pannekoucke et Renaud Muselier, présidents des Régions AURA et PACA. L’omnipotent Laurent Wauquiez sera aussi au premier rang pour la photo.
S’en suit une soirée son et lumière à la Halle Olympique pour célébrer les médaillé·es, faire-valoir des politiques. La Région AURA aura déboursé la bagatelle de 2,7 millions d’euros[1] pour cette fête de dernière minute, une subvention votée au débotté en urgence six jours plus tôt.

Une contre-cérémonie pour dénoncer les JOP Alpes 2030

Le fichage de la police à l’œuvre
En parallèle de ce grand raout, c’est l’arrivée d’un autre drapeau qui a fait converger des citoyens vers la gare d’Albertville sous les regards et les caméras des forces de l’ordre présentes en nombre : le drapeau Olympicsou porté par le collectif Citoyen JOP 2030 à l’initiative de cette contre-cérémonie.
La préfecture ayant refusé au collectif une prise de parole devant la vasque olympique, la contre-manifestation fut reléguée sur le parvis de la gare, loin des regards. Le parcours imposé faisait à peine un kilomètre. Il était circonscrit par presque autant de gendarmes que de manifestant·es.

Delphine Larat
Une trentaine de citoyen·nes sont descendu·es des montagnes du briançonnais, des Aravis, de Maurienne et du bassin grenoblois pour s’opposer aux JOP Alpes 2030. Ils ont manifesté dans le calme, après la prise de parole de l’inaltérable Delphine Larat, cofondatrice du Collectif Citoyen JOP 2030, et désormais autrice[2]. Dans son allocution de dix minutes la juriste et experte financière, a dénoncé ce projet de Jeux Olympiques dans les Alpes françaises en 2030 « très mal ficelé », qui s’est fait dans une grande opacité, « de manière extrêmement rapide entre une toute petite poignée de personnes qui ont décidé que c’était une bonne idée à l’heure de l’urgence environnementale et climatique actuelle d’organiser des Jeux Olympiques dans les Alpes françaises quand les glaciers sont tous en voie de disparition ! »
Une grosse confiscation d’argent public
Qualifiant ce projet qui va coûter extrêmement cher de « grosse confiscation d’argent public pour un événement qui ne va bénéficier qu’à très peu de monde et qu’on va se traîner comme un boulet », elle a souligné que le budget initial d’organisation des JO de 1,5 milliards d’euros a été réévalué à 2 milliards 132 millions d’euros, dont plus de 550 millions d’argent public. Sans compter qu’on trouve des entreprises d’État ou des entreprises semi-étatiques parmi les partenaires domestiques, autrement dit les sponsors, donc encore de l’argent public. Elle a également souligné qu’il faut remettre aux normes internationales les 95 % d’infrastructures déjà existantes et que le budget prévu pour la société de livraison des ouvrages olympiques (SOLIDEO) est de 1,4 milliard d’euros, dont 800 millions d’euros hors taxes d’argent public pour la réalisation des infrastructures, plus 10% d’aléas, plus les frais de fonctionnement, soit 950 millions d’argent public. Se rajoute le budget de mobilisation des services de l’État le CIO imposant, outre une exonération fiscale, de mettre à disposition gratuitement les services de santé, de transport, les forces de l’ordre. Pour exemple, la sécurisation des Jeux Olympiques de Paris a coûté plus de 2 milliards d’euros.
Les tribunaux donnent raison aux opposants
Elle a rappelé que différentes actions en justice ont été menées contre les JOP2030, projet anti-démocratique : « Quand des projets impactent durablement l’environnement, des conventions internationales et notre charte de l’environnement exigent une mesure d’information et de participation du public tant que des alternatives aux projets sont possibles, -c’est-à-dire au stade où on envisageait de déposer la candidature -, ce qui n’a pas été fait. » Le comité d’Aarhus a donc été saisi par les opposants (Cf. https://librinfo74.fr/le-comite-aarhus-de-lonu-conteste-la-legitimite-des-jeux-olympiques-dhiver-2030/). Ce comité onusien est chargé de vérifier que les dispositions de la convention d’Aarhus sont bien respectées par les États-membres, ce qui n’a pas été le cas. La France a jusqu’au 24 avril pour se justifier.
Des recours ont également été déposés devant les tribunaux administratifs de Lyon en annulation du contrat olympique « car il contient des clauses qui sont interdites par notre droit » et de Marseille pour demander à ce qu’un débat public puisse enfin avoir lieu sous l’égide de la Commission nationale du débat public. Le 16 janvier 2026, le tribunal administratif de Marseille a donné raison aux requérants et a ordonné à la SOLIDEO de procéder aux mesures obligatoires pour que la saisine de la Commission nationale du débat public puisse avoir lieu. SOLIDEO qui s’est d’ailleurs empressée de faire un recours devant le Conseil d’État… « Si la SOLIDEO n’était pas du tout dérangée par ce qu’a dit le tribunal administratif de Marseille, on voit mal pourquoi elle aurait pris la peine d’aller faire un recours devant le Conseil d’État ! Mais peu importe, comme on était sur une ordonnance de référé, les dispositions de l’ordonnance de référé doivent s’appliquer quel que soit le recours qui a été fait », précise Mme Larat.
L’histoire des JO bégaie
Contrairement au discours habituel des JO les plus sobres au niveau de l’environnement, les moins chers de toute l’histoire, les JO de Milan-Cortina n’étaient ni sobres au niveau financier, ni sobres au niveau de l’environnement : « Qui peut croire un seul moment que des Jeux Olympiques sous l’égide de Coca-Cola, plus gros pollueur plastique du monde, des Jeux qui font déplacer des dizaines de milliers de personnes, des Jeux qui vont bétonner la montagne et qui maltraitent les glaciers qui sont tous en train de disparaître, sont compatibles avec l’environnement ? Nous aimons le sport, nous aimons la montagne, et nous sommes réunis ici pour réaffirmer que nous ne voulons pas de ce qui n’est qu’un récit. Nous continuerons à affirmer haut et fort que non ce projet n’est pas démocratique parce qu’il est porté par des présidents de Région : ils n’ont jamais été élus sur le projet des Jeux Olympiques. Non la démocratie n’est pas seulement représentative, ce n’est pas parce qu’il y a des présidents de Région qui montent un projet que ce projet est légal, que ce projet est légitime et que ce projet est d’intérêt général. »
5 jours plus tard, ce samedi 28 février, lors d’une « grande assemblée alpine » qui a réuni environ 250 personnes à Briançon, cœur battant de la contestation, le collectif a dévoilé à Briançon sa mascotte, « Bouletta et Bouletto » contre ces JOP2030. « Des jeux qui vont constituer des boulets qu’on va se traîner pendant des années », dénonce le collectif Citoyen JOP qui appelle les élus à stopper ce projet la tête haute, le COJOP cumulant les obstacles avec la démission en cascade de ses cadres, dont son directeur général, Cyril Linette.
[1] Source mediapart https://www.mediapart.fr/journal/politique/270226/la-veille-des-municipales-la-cathedrale-du-fief-de-wauquiez-recoit-en-urgence-un-gros-cheque-de-la-regi6
[2] « Bienvenue à Olympicsou – JO 2030, les enjeux des Jeux », un court essai percutant aux éditions Inverse (notamment en vente à la Librairie des Aravis à Thônes)


