Face au consensus hypocrite… Un article de G. Alfonsi et M. Kiintz dans « Cerises ».
Face au consensus hypocrite, le sens de notre “Nous sommes Charlie”
Nous sommes encore dans la stupeur et dans l’accablement devant l’horreur du massacre terroriste, solidaires de la rédaction de Charlie Hebdo et des familles des victimes, auxquelles justice doit être rendue.
Notre cri “Je suis, Nous sommes Charlie” est un cri – plus ou moins consensuel – pour la liberté de la presse et la liberté d’expression. C’est aussi un cri – bien moins consensuel – contre les amalgames islamophobes et les instrumentalisations misérables qui, provisoirement tapies dans l’ombre, ne vont pas manquer d’advenir.
Notre cri est enfin un cri non consensuel en faveur d’une mobilisation de la société face aux dynamiques mortifères à l’œuvre. Toute une partie de la jeunesse est aujourd’hui abandonnée. Les habitants des quartiers populaires sont relégués et discriminés. Le spectacle du conflit israélo-palestinien ainsi que celui d’un monde toujours plus cynique et cruel sont devenus insupportables.
Qui ne voit pas que l’évènement n’est pas une “affaire de fous” mais un symptôme : le symptôme d’un système économique toujours plus inégalitaire ; le symptôme d’un système social discriminant ; le symptôme d’un système démocratique en ruine ?
Il ne suffit pas de titrer comme Le Figaro “La liberté assassinée” quand l’inégalité est devenue le talon d’Achille du Vivre ensemble et la fraternité lettre morte.
Il ne suffit pas de se référer à la République lorsque la réalité s’éloigne toujours davantage de sa devise : quelle liberté ? quelle égalité ? quelle fraternité ?
C’est ainsi que face à l’option de la surenchère sécuritaire, inefficace car elle ne s’attaque pas aux origines et aux causes des problèmes, il faut s’inscrire dans une autre logique.
Faute de cela, la fabrique de haine tourne à plein, livrant à des idéologues fanatiques leurs prochains pantins-criminels. Rien ne serait pire que d’ajouter à l’ignominie du crime du 7 janvier la cécité sur ce qui ne peut plus durer dans notre société.
Prenons garde : derrière le consensus hypocrite de l’unité nationale, il n’y a que le mauvais terreau sur lequel se dégrade rapidement l’idée même de société.


