« La violence des riches ».

A l’occasion du rassemblement des Glières, organisée par le comité des résistants d’hier et d’aujourd’hui (CRHA), le samedi 2 juin à Thorens-Glières, le couple de sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot a exposé le résultat de ses recherches dans le milieu de ce qu’ils appellent « la confrérie des riches » ou « la caste des dominants » (refusant d’utiliser le mot « élite » pour les qualifier car ce terme est trop élogieux pour eux.)

Il s’agit d’une aristocratie qui se reproduit par héritage et constitue des dynasties d’individus à l’abri de tout souci matériel et de toute nécessité de gagner leur vie par le travail puisqu’ils disposent, du simple fait de leur naissance, de propriétés suffisantes pour pouvoir être assurés de la satisfaction de leurs besoins et de leurs désirs (dans la mesure où l’objet de ces désirs peut s’acheter).

C’est la classe dont Waren Buffet disait : « C’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner. » Faisant allusion, non pas à la lutte des classes marxiste mais bien à la « guerre » entre les classes qui caractérise le système néolibéral et dont Monique Pinçon-Charlot disait qu’elle était une guerre d’extermination.

Car, aux yeux des nantis qui possèdent la majorité des richesses du monde, la terre est aujourd’hui surpeuplée et une grande partie de la population doit être considérée comme surnuméraire et parasitaire. Sa destruction ne serait pas une mauvaise chose.

C’est la raison pour laquelle la pollution de la planète n’est pas un souci majeur pour la classe dominante. Il faut bien entendre que l’idéologie de cette confrérie reconnaît (entre soi, bien entendu) que la conservation de la vie humaine n’est pas l’objectif qui mesure la valeur des actes et des comportements. C’est avec un sourire de connivence et d’intimité familière entre eux qu’ils avouent en secret que le seul objectif qui justifie la pratique est la conservation de leur hégémonie, la fructification de leurs privilèges.

Dans la « guerre des classes », l’autre classe est l’ennemie. L’ennemi ne peut être que détruit ou soumis, supprimé ou exploité.

La majorité dont nous faisons partie est, certes, loin d’imaginer le cynisme dont font preuves les membres de la classe dominante en voie de gagner la guerre. La plus grande partie d’entre nous est trop civilisée pour concevoir la violence de ce qui est en train de nous écraser. Nous sommes trop moraux, trop « bons » pour croire même à ce qui nous menace.

Il ne s’agit pas ici de révéler un complot mais d’observer scientifiquement un processus historique.

Et si, comme le mentionnait un auditeur de la conférence, nous pouvons, nous, habitants des pays du Nord, nous considérer comme relativement épargnés (encore) par la machine de guerre, il suffit de tourner le regard vers d’autres régions du monde, d’autres peuples, pour prendre conscience qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie ou d’un simple phénomène superficiel. Demandez aux Syriens, aux Irakiens, aux Palestiniens, aux Yéménites, regardez ce qui se passe en Afrique, dans certains pays d’Amérique du Sud, voyez, plus près de nous, la Grèce et, encore plus près, la misère qui avance…

Tout ce qui fait obstacle à l’armée du capitalisme doit être anéanti. Tout ce qui ne la sert pas peut-être détruit. Tout ce qui reste doit se soumettre et s’estimer heureux de survivre. La classe populaire doit se contenter du minimum, tous ses membres, en trop grand nombre, sont facilement remplaçables. Le ruissellement sera réduit autant que possible : « austérité, austérité, vous coûtez trop cher, on ne pourra pas vous garder. Votre travail est trop coûteux, on utilisera des robots. Les aides sociales sont trop nombreuses, trop importantes, il faut diminuer les APL, supprimer la sécurité sociale. Ceux qui ne pourront pas payer ne pourront plus se soigner, seuls pourront payer ceux qui nous serviront, ceux qui nous sont utiles et que nous récompenserons. Obéissez ou crevez ! »

La classe dominante ne peut évidemment mener sa guerre économique et militaire que dans la mesure où elle peut s’offrir le personnel politique pour relayer sa volonté. Elle met au pouvoir qui elle veut presque partout sur le globe, les tyrans africains, par exemple, qui trahissent leur peuple et les dépouillent des richesses naturelles de leur pays. Et quand un Thomas Sankara veut émanciper le Burkina Faso, on l’assassine et on met un Blaise Compaoré à sa place.

Chez nous, ce n’est pas la peine, aucun homme politique ne peut venir au pouvoir s’il ne fait partie du sérail ou s’il n’est pas manipulé par la caste. Et ce n’est même plus la peine de prendre des gants, de nous laisser des illusions ou de justifier LEURS choix : c’est Macron et on ne discute pas. Avec lui, aucune inquiétude, c’est un super fidèle, complètement conditionné à servir ses maîtres. Sans eux, il n’existe pas et il ignore totalement ce que pourrait être une démocratie. Quand on essaie de lui expliquer, il rit.

Des gens ont voté pour lui, des inconscients, des ignorants, des croyants qui ont entendu Margareth Thatcher dire qu’il n’y a pas d’alternative et qui, par conséquent, tentent de se faire une place et de survivre dans ce système qui est pour eux forcément le meilleur puisqu’ils sont incapables d’en concevoir un autre.

Terrible manque d’imagination.

L’imagination, c’est vrai, est notre unique force dans ce monde dont nous sommes dépossédés et c’est pourquoi nous ne cesserons pas de nous battre et de résister malgré la bataille perdue : un autre monde est possible. C’est ce que nous rappelaient Monique et Michel Pinçon-Charlot.

Notre imagination n’est pas vaincue, le peuple nourrit encore des poètes. Tant que nous serons capables d’imaginer un monde juste, un monde humain, ils n’auront pas gagné.

 

La violence des riches.

Auteur: jefdelhaye

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