« Chacun peut trouver sa place dans la solidarité »

Mauricette Charlet, est une militante qui, depuis dès sa jeunesse, a connu la lutte et la solidarité pour autrui.
Très tôt entrée dans le monde du travail, elle n’a cessé d’œuvrer pour la communauté.
Désormais elle s’active pour RESF. Une vie bien remplie au service de l’Homme.

 

                               Mauricette Charlet

« Depuis 15 ans je suis engagée dans le Réseau Éducation Sans Frontières car il ne doit pas y avoir une chaise vide à l’école. L’article 26 de la Ligue des Droits de l’Homme stipule la scolarité pour tous les enfants. Les jeunes migrants y ont le droit aussi. »

C’est ainsi que cette fille de mineur née dans le Pas-de-Calais au sortir de la guerre voit les choses, sans détour. L’éducation lui tient particulièrement à cœur. « Je n’avais pas pu rentrer au collège. C’était ma première frustration d’enfant. » Munie quand même de son certificat d’études, elle entre à 14 ans en usine. « On n’avait pas le choix : c’était soit la mine, soit la filature. » Elle occupe un poste de bobineuse, payée à la production.

 

« J’ai compris la condition ouvrière »

 

Elle va découvrir peu à peu le syndicalisme. « Il y avait des arrêts de travail, mais je ne comprenais rien. J’étais en porte-à-faux. » Les conditions de travail sont difficiles. Elle en prend conscience lors de sa seconde place en usine. Entre temps, elle est entrée à la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne). « J’ai découvert là la dignité de l’homme et l’importance du collectif. A ce moment, j’ai compris la condition ouvrière. »

Elle quitte l’usine pour devenir employée de maison. Elle a 18 ans. Elle exercera ce métier pendant trois ans. « Je travaillais dans des maisons bourgeoises. Normalement l’employée mangeait après les patrons. Eh bien moi, je mangeais avant. J’étais devenue responsable des employées de maison et je luttais contre le qualificatif de « bonne ».

Ses premiers combats.

Avec la JOC, Mauricette Charlet perçoit la déontologie, elle sait ce qu’on appelle être debout, refuser les abus, découvre l’action collective. « Cette prise de conscience m’a fait comprendre les réalités et changer de comportement. Je suis devenue militante suite à mes expériences vécues. Une réflexion s’engage. »

 

Un chemin altruiste et solidaire

 

Très vite, elle accède aux responsabilités au sein du mouvement et devient représentante régionale. « Des responsabilités me sont données par la vie. »

Le service à autrui la guide. Elle se forme comme travailleuse familiale. « L’esprit d’éducation populaire se développe. Je rencontre des personnes engagées ailleurs qu’en France, notamment en Espagne, dans l’association populaire des familles. Ma sensibilité internationale s’exerce. »

Son chemin altruiste et solidaire l’entraîne alors chez les religieuses séculières. Elle travaille à Paris dans une communauté et prononce des vœux. « Je vois des gens miséreux de toutes origines et cultures dans des quartiers populaires. » Nous sommes entre 1963 et 1973. Elle vit activement mai 68. « Il faut savoir s’adapter et respecter toutes les cultures. »

Son travail la passionne. Mais elle ne s’engage pas dans les vœux perpétuels. « Je n’étais pas suffisamment dans la joie pour vivre en célibat définitivement. »

Qu’à cela ne tienne. Mauricette quitte les religieuses pour suivre une formation de directrice de collectivité. Un poste se crée à Annecy au foyer d’accueil féminin qui n’existe plus. « Il s’agissait d’un foyer d’accueil de femmes en insertion. Il y avait douze lits. C’était ouvert 24h sur 24 ? Car à cette époque aucune femme ne devait rester dehors. » Mauricette débroussaille le fonctionnement des lieux. « Il n’y avait pas de convention collective, le prix de journée a été établi, une psychologue introduite. Le foyer a évolué et l’insertion améliorée. »

 

Du Secours populaire…

 

Et c’est à Annecy qu’elle rencontre son futur compagnon, Jacques Silberstein. « C’était au cours d’une sortie collective en montagne que Jacques encadrait. » Jacques a créé le Secours populaire haut-savoyard en 1977. Mauricette prend alors le relais et s’inscrit comme bénévole pour vingt années. Entre temps, ils ont un fils. Elle quitte le foyer d’insertion pour s’occuper de son enfant, elle qui n’avait pas eu d’affection suffisante dans son enfance.

Au Secours populaire, elle devient responsable départementale, puis secrétaire nationale. Une dynamique solidaire s’instaure.

« Partant de rien, la solidarité peut exister quand on a de la curiosité, quand on fait preuve d’initiatives. Je me suis construite et essaie de construire autour de moi, de me soucier des autres. »

Les mots fraternité et solidarité reviennent souvent dans ses propos. La militante se fait forte de parler de sa rencontre avec cette philosophie communautaire du Secours populaire et se définit comme « Une chrétienne dans un esprit communautaire. »

 

… au Parti communiste

 

Sa vie la dirige peu à peu vers l’engagement politique. Elle devient conseillère municipale sous l’étiquette communiste entre 2000 et 2007, à Seynod, en compagnie d’André Genot. Le CCAS, la culture, les marchés publics l’occupent. « Avec André, on a initié le projet de DMJ (Dispositif musical de la Jonchère), lutté contre la privatisation de l’EHPAD du Pré Fornet, contre la main mise de Casino sur Périaz. Mes rapports avec Jacques Besson, maire, étaient constructifs, fermes mais ouverts. »

Et de partir dans un discours enflammé sur la précarité, la dignité, la culture, l’éducation, l’éradication de la délinquance. « Ces maux que je combattais à l’époque sont toujours hélas d’actualité. Ça n’a pas changé depuis trente ou quarante ans. C’est pour cela que, par exemple, les MJC sont importantes. Elles diffusent de l’éducation populaire. Novel et Les Teppes se battent pour ne pas disparaître. De manière générale, il faut des moyens pour réduire la fracture sociale qui s’agrandit. Je considère que la société civile (syndicats, associations) est médiatrice entre élus et citoyens. »

 

Sortir des luttes d’ego pour agir en commun

 

Un véritable discours politique d’une femme engagée. Mauricette adhère toujours au PC, mais ne participe plus. « Dans tous les groupes, y compris au Secours populaire, il y a des conflits de pouvoir. Il faut savoir se respecter les uns les autres, avec à l’esprit un seul but commun. L’homme doit être au cœur de nos préoccupations. Quant au PC, il ne s’est pas adapté. Il est sorti des quartiers défavorisés au profit du FN. »

Mauricette Charlet a également accompagné, après son long passage au Secours pop, des malades d’Alzheimer avec l’association Alzheimer 74. « J’ai connu la communication non verbale. C’est le corps qui parle. »

Il faut dire qu’elle se forme, insatiable, à l’écoute rogérienne, du nom de Carl Rogers. Le thérapeute établit une relation sans façade avec le client. Il y a congruence entre ce qu’il sent, pense et fait.

 

Qu’est-ce qu’il fait qu’elle cherche sans cesse ?

 

« Je bouge avec la vie. La vie bouge. Il faut se renouveler. C’est la dynamique de la vie. »

La femme battante, engagée, ne cherche surtout pas le pouvoir de l’ego. Le partage, oui.

Elle a traîné pendant dix ans son exaltation solidaire du côté du centre Georges Bonnet. Cette action l’a entraînée tout naturellement vers RESF. « On aide 90 jeunes depuis 2017. »

Un parrainage républicain a eu lieu à Cran Gevrier pour 60 jeunes mineurs et majeurs étrangers isolés, en partenariat avec la mairie. Des citoyens et des élus se sont engagés pour que ces jeunes vivent dignement dans la société française. Mauricette et Jacques accueillent des migrants. Un Albanais, un Polonais et d’autres ont bénéficié de leur hospitalité. « Ces jeunes nous réveillent Ils nous interpellent pour qu’on dépasse nos frontières personnelles et idéologiques. Trois-cents sont concernés en Haute-Savoie, » clame-t-elle avec cœur.

 

Dépasser nos frontières personnelles et idéologiques

 

Mauricette Charlet, dense personnalité, se dépeint comme un électron libre. « J’agis sans étiquette. Je suis solidaire avec tous ceux qui œuvrent. Je suis de la grande famille solidaire. Chrétienté et communisme ne sont pas contradictoires. »

Et de conclure avec foi :

« Est-ce qu’on fait le choix du vivant ou de l’accumulation des richesses ? »

Auteur: Loïc Quintin

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